
Le Zénith de Dijon accueillera le show le 16 décembre. Critiquant un événement qui «n'est même pas féministe», l'écologiste Stéphanie Modde a fait réagir, ce lundi 25 septembre, François Rebsamen : «Miss France, c'est de la culture populaire !»
Le 3 juillet dernier, Nathalie Koenders (PS) annonçait que le show Miss France 2024 serait diffusé en direct par TF1 depuis le Zénith de Dijon, le 16 décembre prochain (
lire notre article).
Ce lundi 25 septembre 2023, la première adjointe au maire de Dijon a présenté en conseil municipal le rapport concernant le partenariat avec la société Miss France.
Cinq minutes de promotion de Dijon en prime time sur TF1
D'emblée, en prenant la parole, Nathalie Koenders met en avant que ce show présente «un intérêt pour la ville où il se déroule, au regard de la mise en valeur de sa notoriété et de la promotion de son territoire».
Si la première chaîne a connu deux années de baisse de l'audience depuis 2020, la dernière retransmission, le 17 décembre 2022, a tout de même réuni en moyenne 6,72 millions de téléspectateurs, selon Médiamétrie, avec un pic à 8,1 millions personnes en simultanée, selon TF1.
Dans le cadre du partenariat avec la société Miss France, la Ville de Dijon s'engage à mettre à disposition des locaux et équipements pour préparer la cérémonie, à prendre en charge l'hébergement et la restauration des candidates et des encadrants ainsi que la communication localement autour de l'événement.
En contrepartie, la municipalité bénéficie de «garanties» concernant la promotion de son image et de son territoire durant 5 minutes au moment de la la retransmission du show – selon Nathalie Koenders, un spot de pub en
prime time sur TF1 coûte près de 1,5 million d'euros – ainsi que du produit de la vente de 3.300 places au Zénith avec un tarif unique à 80 euros.
«C'est une somme importante», concède la socialiste mais «tous les ans, les places sont vendues en 30 minutes».
«Il faut être pragmatique : le concours de Miss France existe et il aura lieu quoiqu'il arrive donc autant qu'il ait lieu à Dijon cette année car il profitera à notre ville en termes d'images et d'animation», déclare Nathalie Koenders en anticipant les critiques à venir.
Du côté de l'activité économique, sont attendues «plus de 2.000 nuitées pour les hôtels» pour loger les candidates, leur entourage, les encadrants ainsi que les journalistes.
Présentes à Dijon en amont du show, la participation des candidates à des animations organisées par la commune est envisagée.
«On peut s'interroger par rapport à l'image de la femme», reconnaît la socialiste, «c'est un concours qui a bien évolué ces dernières années» et «à Dijon, nous sommes plutôt exemplaires en matière d'égalité femme-homme». «On n'a pas de leçon à recevoir en interne.»
Selon Stéphanie Modde, «l'utilisation de l'image de la femme par cette entreprise pose vraiment question»
«C'est une bonne nouvelle pour notre ville», réagit Laurence Gerbet (NC), depuis le groupe d’opposition Agir pour Dijon, «cela génère de l'activité hôtelière dans une période plutôt creuse et contribue à la visibilité de notre ville».
«Je salue les efforts louables de la première adjointe pour défendre cette manifestation qui n'est même pas féministe, loin s'en faut», ironise à son tour Stéphanie Modde (EELV), présidente du groupe d'opposition des Écologistes et citoyens. «L'utilisation de l'image de la femme par cette entreprise pose vraiment question. (…) C'est quand même pas quelque chose d'extrêmement représentatif de la féminité d'aujourd'hui.»
«Ce qui pose vraiment souci dans ce rapport, c'est que l'on a absolument aucune idée du coût global de cette manifestation», s'agace l'écologiste. «80 euros pour participer à cette manifestation, ce n'est pas populaire, ce n'est vraiment pas pour les classes populaires. Avec 300.000 euros, Dijon pourrait accueillir d'autres manifestations plus intéressantes», enchaîne-t-elle vivement.
«La société Miss France fait des efforts», souligne Kildine Bataille
La pique était attendue. Défendant l'égalité femme-homme au sein de la majorité, Kildine Bataille (REN) monte au créneau après s'être concertée avec deux élues à la fibre écologiste, Ludmila Monteiro (Modem) et Karine Savina (GE).
«Le spectacle des Miss France, effectivement, perpétue une image encore assez sexiste des femmes», esquisse-t-elle avant d'insister sur le «mais» : «mais la société Miss France fait des efforts». Et de lister les évolutions concernant la culture générale, les études, les projets de vie des candidates ainsi que l'ouverture des critères aux femmes mariées avec enfant, aux femmes tatouées et femmes transgenres.
La centriste souligne alors la potentielle «stratégie d'affirmation» des candidates : «le concours Miss France est un moyen d'atteindre leurs objectifs, souvent loin d'être futiles, de se frayer un chemin dans les dédales d'un une société sexiste en utilisant ses rouages à leur avantage».
«Nous sommes des élus responsables, soucieux de l'attractivité de notre ville, nous voterons pour ce rapport parce qu'il en va de la promotion de notre ville à travers un programme populaire regardé par des millions de téléspectateurs, c'est un phénomène de société, une tradition populaire», conclut Kildine Bataille se redisant «vigilante et engagée pour les droits des femmes».
Un coût avoisinant 80.000 euros pour la Ville de Dijon
Reprenant la parole avec gravité, Nathalie Koenders choisit de paraphraser l'emblématique directeur du Tour de France Christian Prud'homme : «s'en prendre à ce qui est populaire, ce n'est pas une erreur, c'est une faute, (…) vous commettez une faute».
Venant finalement au bilan financier estimé, entre les dépenses, évaluées autour de 430.000 euros, notamment pour les coûts d'hébergement, et les recettes attendues autour de 380.000 euros, notamment pour la billetterie et le mécénat, Nathalie Koenders indique que coût à la charge de la Ville de Dijon pourrait osciller entre 60.000 et 80.000 euros.
«Miss France, cela va accroître la notoriété de la ville», avance François Rebsamen
«Miss France, c'est de la culture populaire ! Ceux qui n'en veulent pas, ce sont ceux qui n'ont aucune connaissance de la culture populaire», réagit alors vertement François Rebsamen qui patientait jusque là. Et de citer en exemple l'entrée à Disneyland tarifée à «81 euros par jour».
«S'il y a 8-10 millions de personnes qui regarde ça à la télévision, c'est qu'il y a quelque chose, c'est un phénomène, on ne peut pas faire comme si cela n'existait pas», avance le maire de Dijon, «c'est un événement qui marque, cela va accroître la notoriété de la ville».
Malgré l'opposition des trois élus Verts, le rapport sur le partenariat entre la Ville de Dijon et la société Miss France est très largement adopté par l'assemblée municipale.
Jean-Christophe Tardivon
Défilé final de l'élection de Miss Bourgogne 2021, à Chevigny-Saint-Sauveur, le 26 septembre 2021 (image d'archives JC Tardivon)