
Le Rassemblement national et La France insoumise ressortent comme les partis ayant le plus perdu depuis les européennes de 2024. Si Emmanuel Bichot a remporté son pari au premier tour, Nathalie Koenders apparaît pourtant comme la favorite du second tour.
Le principal enseignement des européennes de 2024 avait été que le Rassemblement national était «contenu» à Dijon, selon l'expression de François Rebsamen (FP), alors maire de la ville et toujours président de la Métropole.
La participation était de 54,74 %, guère supérieure au taux relevé lors de ce premier tour des municipales, le 15 mars dernier, avec 52,98 %. Il apparaît donc pertinent de comparer les deux scrutins, bien plus que les municipales de 2026 et de 2020 – compte-tenu du contexte de crise sanitaire en 2020 –, d'autant plus que les électeurs dijonnais avaient le choix parmi un large panel de huit listes.
Ce dimanche, le taux de participation oscillait entre 28,37% à la Fontaine d'Ouche et 63,49% dans le quartier des Coteaux du Suzon. Globalement, les quartiers populaires se sont relativement peu mobilisés tandis que le quartier Eiffel a beaucoup participé ainsi que Montchapet. Le quartier Victor Hugo était dans la moyenne.
Rappel des européennes à Dijon
Aux européennes de 2024, à Dijon, les partis identitaire, national-populiste et conservateur totalisaient 34,06%. Les sociaux-libéraux 15,85 % avec Valérie Hayer (REN) et les partis social-démocrate, de gauche radicale et écologiste 38,69%. Environ 10% des suffrages s'étaient répartis entre le Parti animaliste, les communistes, les écologistes du centre ou encore Lutte ouvrière (
lire notre article).
La fuite des électeurs du Rassemblement national
En 2024, Jordan Bardella (RN) récoltait 21,19% des voix. Ce dimanche, Thierry Coudert (UDR), soutenu par le parti à la flamme, a obtenu 12,70%.
Mettre la photo des figures du Rassemblement national sur l'affiche de campagne n'a donc pas suffi à endiguer ce qui représente une fuite de 4.100 électeurs.
La liste Le Rassemblement dijonnais a réalisé ses résultats les moins bons – avec un plus bas à 5,98% – dans les quartiers Chevreul, Grésilles, Tivoli, République, Victor Hugo. Des scores moyens ou variés dans les quartiers Montchapet, centre-ville, Maladière, Voltaire, Junot, Grésilles.
Les scores les plus élèves sont réalisés dans les quartiers Bourroches, Kennedy, Fontaine d'Ouche, Coteaux du Suzon, Château de Pouilly, Joffre – avec un plus haut à 37,25%, 14 points de plus que le second plus haut à 22,94%.
Le pari réussi d'Emmanuel Bichot
Avec 25,83% des voix, Emmanuel Bichot (LR, AD) réussit son pari du rassemblement malgré une candidature validée
in extremis par Les Républicains. Avec 11.933 voix, le leader d'Agir pour Dijon fait nettement mieux que les 3.592 voix de François-Xavier Bellamy (LR).
On peut donc supposer qu'Emmanuel Bichot a su se faire entendre des électeurs de Reconquête (2,81% et 2.456 voix, en 2024), restés fidèles à Éric Zemmour (REC) – qui soutient la liste – plutôt qu'à Marion Maréchal (ex-REC, désormais IDL) dont le référent régional est sur la liste de Thierry Coudert.
Pour autant, cela ne suffit pas à expliquer l'écart. Cela implique qu'Emmanuel Bichot a bel et bien vampirisé les voix de Jordan Bardella, un risque anticipé par Thierry Coudert qui a multiplié les offensives sur le thème de la «vraie droite».
Sans cette candidature d'extrême-droite – en tenant compte d'une déperdition des éléments les plus radicaux –, la liste d'Emmanuel Bichot aurait été quand même en seconde position mais très proche de celle de Nathalie Koenders, en nombre de voix, au soir du premier tour.
La liste étant soutenue également par Horizons et l'UDI, l'apport de ces partis apparaît plus décisif en guise de caution morale humaniste qu'en termes de nombre de voix au regard de leur implantation relativement faible à Dijon.
La liste Agir pour Dijon a réalisé ses moins bons scores dans les quartiers Grésilles – avec un plus bas à 8,74% –, Fontaine d'Ouche, Chevreul, Junot, Stalingrad, Mansart, Montmuzard. Des scores moyens ou variés dans les quartiers Jean Jaurès, Bourroches, centre-ville, Greuze, Eiffel.
Les plus hauts scores ont été atteints dans les quartiers Drapeaux, Greuze, Coteaux du Suzon, Château de Pouilly, Fontaine d'Ouche, Voltaire, Victor Hugo – avec un plus haut à 40,76%.
Michel Haberstrau fidélise Les Écologistes
Aux européennes, Raphaël Glucksmann (PP), soutenu par le Parti socialiste, avait surperformé avec 17,80%, de même que Manon Aubry (LFI) avec 13,11% et Marie Toussaint (LE) avec 7,78%.
Avec les 8,56% de Michel Haberstrau (LE), Les Écologistes sont en phase avec leur résultat des européennes. Les apports des communistes (1,87% en 2024), des écosocialistes de L'Après et de Générations ont contribué à consolider la dynamique de 2024, mise à mal à l'échelle nationale depuis.
Cette consolidation permet d'envisager les prochaines échéances électorales avec un matelas de voix fidèles.
La liste Dijon change d'ère réalise ses moins bons résultats dans les quartiers Fontaine d'Ouche, Stalingrad, Grésilles, Château de Pouilly. Des scores moyens dans les quartiers centre-ville, Victor Hugo, Greuze, Voltaire, Bourroches.
Ses meilleurs scores se retrouvent dans les quartiers Drapeau – à proximité du projet immobilier Garden State –, Mansart, Jean Jaurès, Montchapet, Chevreul – avec un plus haut à 14,88%.
Plongeon des Insoumis
Avec 7,73%, les colistiers d'Olivier Minard (LFI) sont tombés de haut par rapport au score de Manon Aubry alors que le parti de Jean-Luc Mélenchon (LFI) a fait de véritables percées dans les grandes métropoles lors de ces municipales. En valeur absolue, le plongeon atteint près de 2.600 voix.
Les Insoumis ont pâti d'une campagne brouillonne, tardive et marquée par un changement de tête de liste. Même la venue d’Éric Coquerel (LFI) n'a pas suffi à galvaniser ceux qui avaient voté pour Manon Aubry.
La liste Dijon populaire réalise ses plus faibles scores dans les quartiers Château de Pouilly, Fontaine d'Ouche, Eiffel, Drapeau, Victor Hugo, Jean Jaurès – avec un plus bas à 2,89 % à Marie Noël. Des scores moyens dans les quartiers centre-ville, Grésilles, Montchapet, Voltaire, Bourroches. Des scores élevés dans les quartiers Tivoli, République, Chevreul, Jean Jaurès, Grésilles – avec un plus haut à 15,51%, à York.
Les très bons résultats de Manon Aubry dans les quartiers populaires en 2024 ne se retrouvent pas systématiquement, signe que Nathalie Koenders a su s'adresser à leurs habitants de par son ancrage local, ce qui ne présage rien des stratégies pour de prochaines échéances nationales.
Rémi Goguel siphonne les voix des Insoumis
Si Michel Haberstrau nourrit des regrets au regard des 4,47% et 2.064 voix obtenus par Rémi Goguel (sans étiquette), on peut supposer que cette attente de radicalité de la part d'une frange des électeurs dijonnais – qui s'exprimait déjà aux européennes – n'aurait pas vu un report automatique des voix vers le parti historique de l'écologie politique.
C'est plutôt l'électorat d'Olivier Minard que le candidat de Dijon avenir a siphonné avec un discours de campagne très proche de celui de la gauche radicale.
La liste Dijon avenir fait des scores oscillant entre faibles et moyens dans les quartiers populaires des Grésilles, de Stalingrad ou encore de la Fontaine-d'Ouche. Des résultats moyens à élevés se retrouvent aux abords des Lentillères alors que le candidat soutient les zadistes.
Les résultats les plus élevés se retrouvent dans les quartiers Arsenal, Bourroches, Mansart, Montchapet, Junot, Drapeau – à proximité du projet immobilier Garden State – Greuze, Maladière, Arquebuse jusqu'à un plus haut à 8,20% dans le quartier Eiffel où un récent projet de construction a fait l'objet de contestation par des riverains avant son abandon.
Nathalie Koenders convertit les voix des socialistes jusqu'aux sociaux-libéraux
Avec 39,13% des voix, Nathalie Koenders (PS) a largement converti les suffrages des électorats socialistes, sociaux-démocrates et sociaux-libéraux tout en aspirant des éléments de l'ensemble des autres bords approuvant le bilan de l'exécutif sortant à l'issue de la mandature.
A posteriori, cela tend à indiquer d'une candidature soutenue par Les Républicains et Renaissance n'aurait trouvé qu'un faible espace politique entre les sociaux-démocrates et les conservateurs.
La liste Dijon écologique, sociale, attractive réalise ses moins bons résultats – avec un plus bas déjà à 31,59 % – dans les quartiers Château de Pouilly, Stalingrad, Bourroches, Eiffel, Mansart, Victor Hugo. Des scores moyens ou variés dans les quartiers Montchapet, Maladière, Chevreul.
Ses scores les plus élevés se retrouvent dans les quartiers Montmuzard, Clémenceau, Stalingrad, centre-ville, Fontaine d'Ouche, Grésilles – avec un plus haut à 66,43% à l'école Flammarion. La socialiste est arrivée en tête dans 90 des 95 bureaux de vote.
Un manque de cohésion sociale dans certains quartiers
Certaines listes peuvent avoir des plus hauts et plus bas dans un même quartier car son tissu urbain peut être composé de différents habitats et donc différentes sociologies.
Le phénomène déjà constaté lors des européennes que, dans une même école, deux bureaux de vote présentent des résultats très sensiblement différents – en fonction de quel côté de la rue séparant les habitats l'électeur se trouve – s'est manifesté de façon atténuée lors de ce premier tour des municipales.
Cet effet symbolise un manque de cohésion sociale qui reste sensible aux abords des quartiers populaires.
Nathalie Koenders favorite du second tour
Si le second tour, ce dimanche 22 mars, se déroule dans un contexte similaire au premier tour en termes de participation et d'informations concernant les listes, on peut projeter des votes cohérents.
Concernant les consignes de vote, Rémi Goguel n'en a donné aucune (
lire le communiqué). La radicalité du propos peut laisser supposer une relative désaffection pour le second tour.
Olivier Minard a appelé à n'apporter «aucune voix» pour Emmanuel Bichot ou Thierry Coudert tout en critiquant sèchement la politique de la maire de Dijon sortante (
lire le communiqué). Cela laisse à penser qu'une partie de ses électeurs aura un réflexe de front républicain tandis qu'une autre partie s’abstiendra.
Actualisé le 23 mars 2026 : Dans les faits, au soir du second tour, le report des voix des électeurs de la liste Dijon populaire vers Nathalie Koenders apparaît important.
«Aucune voix ne doit aller à la droite extrême ni à l’extrême droite», a également déclaré Michel Haberstrau (
lire le communiqué). La tradition républicaine des partis qui le soutiennent permet d'envisager un large report des voix sur la liste de Nathalie Koenders.
Abordant le second tour en favorite, le plus grand danger pour la maire sortante consiste en une éventuelle démobilisation de son propre camp,
d'où une reprise de la campagne, dès ce lundi, pour «aller chercher» les
abstentionnistes (
lire notre article).
Les réserves de voix apparaissent donc faibles pour Emmanuel Bichot qui devra convaincre les électeurs de Thierry Coudert de changer de stratégie (
lire notre article) – et ce dernier aura à faire en sorte qu'ils confirment leur suffrage – tout en captant des abstentionnistes du premier tour (
lire le communiqué).
Cap sur 2027
En vue de la prochaine présidentielle, ce premier tour des municipales rappelle la sensibilité des électeurs dijonnais à l'incarnation d'une orientation politique.
Les résultats permettent d'envisager une continuité en raison de convictions bien ancrées avec : une attente de radicalité d'un nombre non négligeable de Dijonnais, la capacité d'un candidat conservateur à drainer une part des voix du Rassemblement national et la possibilité des soutiens d'Emmanuel Macron de se projeter dans une candidature social-démocrate.
Jean-Christophe Tardivon
Listes qui se présentent pour le second tour à Dijon (nom de la tête de liste)
6. Le Rassemblement dijonnais (Thierry Coudert)
7. Agir pour Dijon (Emmanuel Bichot)
8. Dijon écologique, sociale, attractive (Nathalie Koenders)
Sur les panneaux électoraux, les affiches des listes qui se présentent au second tour (image d'archives JC Tardivon)