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27/09/2020 13:03

DIJON : Les jeunes grévistes pour le climat font leur vélorution

À l'occasion de la cinquième grève mondiale pour le climat, Youth for Climate Dijon a souhaité varier en appelant à manifester à vélo ce vendredi 25 septembre. Un rassemblement marqué par une faible participation. Pour autant, les porte-paroles considèrent que «la crise climatique est beaucoup plus dangereuse que la crise du Covid».

Se revendiquant «apartisan et non-violent», le mouvement Youth for Climate [la jeunesse pour le climat] appelait ce vendredi 25 septembre 2020 à «une mobilisation non-violente mondiale de la jeunesse face à la catastrophe climatique et environnementale en cours» au mot d'ordre «Dijon, vélorution».

Il s'agissait de la cinquième grève mondiale pour le climat depuis le mouvement lancé par la jeune suédoise Greta Thunberg le vendredi 20 août 2018.  Vendredi dernier, environ 80 personnes se sont rassemblées place Wilson à Dijon.

La rentrée de Youth for Climate Dijon


La dernière marche, prévue en mars 2020 à la veille du premier tour des élections municipales, avait été annulée par les organisateurs puisque se situant juste au début de la crise sanitaire menant au confinement (lire le communiqué). Auparavant, la grève pour le climat du 15 mars 2019 avait rassemblé entre deux et trois mille participants dans les rues dijonnaises. En ce début d'automne, il s'agissait donc d'une rentrée pour Youth for Climate Dijon afin de faire savoir que la mobilisation reprend.
Au programme de cette manifestation déclarée auprès de la préfecture et sécurisée par des policiers, non pas une marche comme lors des rendez-vous précédents mais une «vélorution», c'est à dire une déambulation révolutionnaire à vélo. Trottinettes, skate-boards ou encore rollers, bref tout ce qui roule sans moteur, étaient donc les bienvenus.

La pratique du vélo facilitant de facto la distanciation, les organisateurs prenaient ainsi en compte la situation sanitaire et recommandaient même le port du masque de protection tout au long du parcours.

«On n'a pas envie de devenir de nouveau des chasseurs-cueilleurs»


Le mouvement Youth for Climate rassemble des collégiens, des lycéens et des étudiants sensibles aux enjeux environnementaux. Porte-paroles dijonnais, Arthur et Reuben expliquent ce qui motive leur engagement afin de se démarquer des caricatures faites à l'encontre des jeunes écologistes.

Le rassemblement du jour a pour objectif «de raviver cette flamme de l'écologie» après la canicule estivale qui a contribué «à éveiller les consciences» indiquent les porte-paroles. «Les canicules, c'est une partie majoritaire de ce qui fait changer la mentalité» analyse Reuben, du fait que «l'on se sent personnellement en danger, pour les personnes qui sont plus âgées, une canicule c'est entre la vie et la mort».

«Partout autour de la terre, il y a plein d'endroits qui brûlent» indique Arthur en faisant référence à l'Amazonie, la Californie, l'Australie, la Sibérie ou encore au Pantanal (Brésil) et à l'augmentation en intensité des ouragans.

D'autres facteurs auraient contribué à la réflexion, comme l'épanouissement de la nature en ville durant le confinement : «les gens ont pu voir se dérouler la nature comme elle se doit, les oiseaux qui chantent quand il n'y a plus de voitures» souligne Reuben en prenant aussi l'exemple de retour de dauphins à Venise (Italie). En Bourgogne, «les animaux ont eu deux à quatre fois plus d'enfants que les années précédentes» ajoute-t-il.

«L'écologie, ce n'est pas une lutte pour que la nature prédomine» prend soin de préciser Arthur, «on n'a pas envie de devenir de nouveau des chasseurs-cueilleurs. Les écolos ne se battent pas pour la nature mais pour l'être humain grâce à l'environnement parce qu'on est né dans cet écosystème, on a évolué là-dedans et sans cet écosystème, nous on meurt donc on se bat pour que cet écosystème soit restauré, soit conservé pour qu'on puisse continuer à vivre de manière décente».

Crise climatique et crise sanitaire


«La crise climatique est beaucoup plus dangereuse que la crise du Covid et, si on revient aux origines, quelque part causée par la crise climatique, c'est du braconnage et après, c'est la mondialisation qui a fait que ça s'est développé aussi vite alors que les mouvements écolos prônent un ralentissement de la mondialisation, une décroissance pour essayer d'arrêter de toujours consommer» explique Arthur.

Si «la nature a pu reprendre ses droits pendant le confinement» mais, ensuite, «le contrecoup a été énorme : les gens se sont rués dans les magasins de vêtements, des commandes en ligne ont explosé alors que c'est un secteur très polluant et socialement pas très juste non plus, il y a beaucoup de précarité» insiste Arthur.

«En Occident, on a la chance de pouvoir se nourrir et d'avoir tout nos apports nutritifs sans forcément consommer de viande alors que c'est un des secteurs les plus polluants au monde» analyse Arthur qui se revendique «flexitarien» cherchant à «se tourner vers une viande plus locale qui ne pollue pas énormément». Reuben rebondit sur le sujet en mettant l'accent sur l'importance de l'origine de l'alimentation pour les élevages. «On sait que c'est très difficile pour les agriculteurs locaux» renchérit Arthur qui appelle la population «à chercher la solution» avec eux.

Localement, les jeunes manifestants entendent dénoncer «la bétonnisation de Dijon» en soulignant leur soutien au jardin de l'Engrenage, installé illégalement sur un terrain en attente de construction au 63 de l'avenue du Drapeau (lire notre article). Ils demandent aussi une «diminution de la place de la publicité et interdiction des panneaux numériques dans l’agglomération dijonnaise» ainsi qu'«une amélioration des infrastructures liées à la mobilité douce, notamment les pistes cyclables et autres garages à vélo, pour encourager les Dijonnais à préférer un mode de transport non-polluant».

«La jeunesse refuse de se soumettre à la morosité de ce futur incertain»


«Si nous roulons aujourd'hui dans le rues de Dijon, c'est pour éveiller les consciences sur les dangers qu'encourt la planète, l'environnement et sur les répercussions dramatiques que cela aura sur notre avenir» lance Arthur au mégaphone rappelant notamment que «sept millions de personnes meurent chaque année de la pollution de l'air».

«Nous vivons aujourd'hui la déchéance d'une société basée entièrement sur la consommation et l'appât du gain. La crise de la pandémie nous a dévoilé la faille de ce système en arrêtant la machine» a-t-il déclaré en déplorant que «l'on relance la machine et on fait comme si de rien n'était, on saccage l'environnement et notre culture en tout connaissance de cause».

«La jeunesse refuse de se soumettre à la morosité de ce futur incertain» scande alors Reuben, «nous voulons faire bouger les choses, nous voulons faire changer le système, nous voulons repenser la société pour qu'elle respecte la justice climatique et sociale, nous voulons un futur heureux et épanoui. (…) Dijon, vélorution !». Un concert de sonnettes accompagne cette harangue.

Les sonnettes de la vélorution


Après l'intervention d'un représentant de l'association EVAD (Ensemble à Vélo dans l'Agglomération Dijonnaise) regrettant l'accroissement du recours à la voiture individuelle après le confinement, les manifestants se mettent en route. Qui sur son vélo, qui sur son skate. On voit même passer une rosalie artisanale.

Les premiers slogans fusent «et un, et deux, et trois degrés, c'est un crime contre l'humanité» ou encore «pollue, consomme et ferme ta gueule». Les sonnettes tintent à tout va. En revanche, les habituelles pancartes des manifestations sont rares, la déambulation à vélo étant peu propice à cela.

Depuis la place Wilson, les vélorutionnaires prennent alors la direction de la place du Trente-Octobre où ils multiplieront les tours avant de se diriger vers la place de la République puis le rond-pond de la Nation. Là, ils feront une halte pour marquer leur soutien au jardin de l'Engrenage avant de revenir par l'avenue du Drapeau et le boulevard de Brosses pour une arrivée place Darcy où se fera la dispersion dans le calme.

Jean-Christophe Tardivon