
L'unanimité sur le sujet des violences conjugales a rapidement laissé la place à des accusations venant du groupe d'opposition conduit par Emmanuel Bichot. «On est dans une démarche de légalisation en respectant la loi», a réagi Nathalie Koenders à propos de la ZAD des Lentillères.

Si le débat d'orientations budgétaires constituait l'élément prépondérant du conseil municipal du lundi 24 novembre 2025, d'autres sujets ont marqué la session avec, de plus en plus, la campagne électorale en filigrane.
Présidé par Nathalie Koenders (PS), l'exécutif a obtenu deux votes importants à l'unanimité sur le sujet des violences conjugales mais a dû subir la charge du groupe d'opposition Agir pour Dijon concernant la Cité de la gastronomie et la ZAD des Lentillères.
Des changements parmi les groupes municipaux
À quelques semaines du terme de la mandature, un groupe municipal d'opposition supplémentaire s'est constitué : Une nouvelle énergie pour Dijon. Il est composé de Bruno David (LR, NE), qui en est le président, et de Céline Renaud (NE). Tous les deux sont adhérents de Nouvelle Énergie, le mouvement d'inspiration libérale fondé par David Lisnard.
Les deux opposants avaient été élus en 2020 sur la liste d'Emmanuel Bichot (LR, AD) avant de rompre avec lui. Aujourd'hui, les deux mêmes annoncent le soutenir en vue de l'élection municipale (
lire le communiqué).
Un subtil changement dans la géographie des opposants a accompagné cette création : Céline Renaud a permuté de place avec Axel Sibert (LR). Celui-ci, élu non-inscrit, ne siège plus au voisinage d'Emmanuel Bichot mais à côté de Henri-Bénigne de Vregille (HOR).
À noter que, du côté de la majorité cette fois, en septembre dernier, Stéphane Chevalier et Claire Vuillemin ont quitté discrètement le parti Horizons, fondé par Édouard Philippe.
Ils sont désormais élus sans étiquette, ce qui a conduit à modifier le nom du groupe auquel ils appartiennent : Horizons et indépendants est devenu Indépendants et citoyens. Autre membre, Caroline Jacquemard reste sans étiquette.
Stabilité du nombre de victimes de violences conjugales en France
Selon une note Interstats datant du mois d’octobre 2025 du Service statistique ministériel de la sécurité intérieure, en France, en 2024, les services de sécurité ont enregistré 272.400 victimes de violences commises par leur partenaire ou ex-partenaire.
Le niveau est quasi stable par rapport à 2023 (+0,4%) alors qu’il avait doublé entre 2016 et 2023 dans un contexte de libération de la parole et d’amélioration des conditions d’accueil des victimes par les services de police et de gendarmerie.
La part de victimes rapportant des faits antérieurs à leur année d’enregistrement reste stable par rapport à 2023 (30 %).
Les deux tiers des violences conjugales consistent en des violences physiques ; la grande majorité des victimes sont des femmes (84 %) alors que les mis en cause sont le plus souvent des hommes (85 %).
La Ville de Dijon et son CCAS sont «mobilisés» contre les violences conjugales
La Ville de Dijon s'associe, aux côtés d'autres communes, au protocole départemental de prévention et de lutte contre les violences conjugales, signé le 25 novembre, date de la Journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes (
lire notre article). Ce protocole encadre la participation de policiers municipaux à l'éviction d'un conjoint violent.
«C'est un combat qui m'est cher», indique Nathalie Koenders, «les violences conjugales constituent une atteinte grave aux droits fondamentaux et à la dignité humaine». «Elles touchent toutes les catégories sociales et s'exercent sous de multiples formes, qu'elles soient physiques, psychologiques, sexuelles, économiques, numériques.»
«La Ville de Dijon et son CCAS sont pleinement mobilisés», souligne la première édile. La municipalité finance la présence d'intervenants sociaux au commissariat de police de la commune, une coordination municipale est dédiée à la lutte contre les violences intrafamiliales, un guide contre les violences intrafamiliales et des actions de sensibilisation notamment auprès d'élèves.
De plus, la municipalité passe une convention de partenariat avec l’association Solidarité femmes 21 qui vise à «mettre en place une solution d’accueil d’urgence en crèche pour les enfants des femmes victimes de violences conjugales, afin de leur offrir un temps de répit et de reconstruction» (
lire le communiqué).
«Les violences intrafamiliales constituent un véritable fléau pour notre société», constate Laurent Bourguignat
Durant les débats, Kildine Bataille (REN) revendique dans la signature du protocole départemental «un acte essentiel». «Ces violences conjugales et intrafamiliales ne sont pas un fait divers, ce sont des drames humains, répétés et systémique. C'est pourquoi la prévention est un pilier absolument central de notre action municipale.»
«Les violences intrafamiliales constituent un véritable fléau pour notre société», constate Laurent Bourguignat (LR) même s'«il reste encore beaucoup à faire». «Nous soutenons toutes les initiatives qui permettent de repérer les situations de danger, de faciliter les signalements, d'améliorer la prise en charge des et la protection des victimes, de favoriser leur reconstruction, leur réinsertion et, si nécessaire, leur accompagnement vers leur nouvelle vie.»
Olivier Muller (LE) relève que «les politiques de lutte contre les violences sexistes et sexuelles ont progressé depuis 2017» mais que «le chemin reste long pour sortir d'une culture marquée par la domination masculine dans les rapports sociaux».
«On continuera à subventionner», réagit Nathalie Koenders, interrogée par l'opposant sur le budget allouée à cette politique publique. «Il y a le financement de la Ville et aussi toutes les subventions qu'on donne aux associations qui, elles, font vraiment du travail de dentelle avec chaque situation.»
La participation de la Ville de Dijon au protocole départemental renouvelé et la convention avec Solidarités femmes 21 sont adoptées à l'unanimité.
Changements de certains tarifs à la Cité de la gastronomie
Le pôle culturel de la Cité internationale de la gastronomie et du vin (CIGV) étant géré en régie publique, chaque changement tarifaire doit être examiné en conseil municipal.
Notamment, le tarif du passe annuel est abaissé de 25 à 19 euros. Ce passe permet un accès illimité aux expositions permanentes et temporaires ainsi qu'une réduction de 10% à la boutique du pôle culturel.
Laurence Gerbet accuse l'exécutif de «préparer le renflouement massif des actionnaires privés» du Village gastronomique
«Arrêtons l'hémorragie financière pour le pôle public de la CIGV», lance Laurence Gerbet (NC), au nom du groupe d'opposition Agir pour Dijon, avant de poursuivre brièvement sur la situation économique du Village gastronomique : «nous refusons le renflouement massif des actionnaires privés après les élections que vous préparez déjà».
À son tour, Laurent Bourguignat reproche à l'exécutif de «bidouiller les tarifs» des expositions et animations de la CIGV. Pour l'opposant, l'installation d'un marché, le dimanche matin, est «une mauvaise idée», défendant plutôt le principe d'une telle nouveauté autour des Halles centrales.
L'élu gaulliste appelle à «une étude sérieuse, très approfondie, sur le devenir de la Cité de la gastronomie ; ne rien faire, c'est la condamner». «Le pôle culturel n'atteint pas ses objectifs de fréquentation : on est, à peu près, 120.000 visiteurs par an alors qu'on en attendait 250.000.»
Pour sa part, Olivier Muller déplore de ne pas avoir «de réelle visibilité sur la fréquentation» de l'équipement touristique et culturel et demande «plus de transparence d'information». Et de demander ce qui se passerait si «demain, les investisseurs privés, constatant l'échec commercial, décidaient de se retirer ?»
François Deseille défend le pôle culturel de la Cité de la gastronomie au regard du «gouffre» de l'Auditorium
«Depuis que les expositions permanentes sont gratuites, on a pris +40% de fréquentation des expositions depuis le mois de juillet, (…) on approchera peut-être les 180.000. (…) Le chiffre d'affaire de la boutique culturelle : +66% en août. Il y a un transfert qui se fait vers la boutique», réagit François Deseille (Modem) sans aborder la situation du Village gastronomique.
«Si je compara avec des équipements culturels de Côte-d'Or – je ne veux pas citer de nom –, ils tournent à 30.000, à 15.000, à 20.000 et, nous, ça va. (…) [Fait par le maire Robert Poujade], l'Auditorium a coûté un gouffre à Dijon : 60 millions d'euros et c'est presque 7 millions d'euros tous les ans. Le seul pôle culturel a coûté 15,5 millions d'euros, il y a le conseil régional qui a donné et l’État qui a donné, nous on a donné 5-6 millions [d'euros]», déclare l'adjoint chargé du dossier.
Emmanuel Bichot accuse Nathalie Koenders de «négocier l'attribution gratuite de 7 hectares de terres aux zadistes» des Lentillères
Sur proposition de riverains, la maison de services publics du Jardin des maraîchers s'appellera Le Trait d'union. Jean-Patrick Masson (écologiste indépendant) présente son aménagement. Initialement estimé à hauteur de 325.000 euros, le coût des travaux est porté à 389.000 euros.
Après cette brève présentation, Emmanuel Bichot lance la charge : «ce quartier est un bel exemple de densification excessive avec un objectif qui est passé de 750 à 1.300 logements en cours de route ; aucun commerce, aucune école et une desserte par les transports en commun qui laisse à désirer».
«Il fait face au Quartier libre des Lentillères, surplombé d'un magnifique drapeau palestinien», ironise l'élu conservateur, «il semblerait, Madame le maire, que vous soyez en train de négocier, à la veille des élections municipales, l'attribution gratuite de 7 hectares de terres aux zadistes». «Nous refusons catégoriquement cet arrangement infondé, nous demandons le classement en zone naturelle et maraîchère de la totalité des 9 hectares et l'égalité de traitement de tous les Dijonnais par rapport à l'attribution et à l'usage futur de ces terrains.»
«On est dans une démarche de légalisation en respectant la loi», réagit la maire de Dijon
Nathalie Koenders réagit calmement aux accusations : «ce n'est pas bien de critiquer ce quartier, (…) il est magnifique à l'intérieur».
«Sur le jardin des Lentillères, vous êtes vraiment dans la caricature, dans l'excès», poursuit la maire de Dijon, «j'ai fait ce que j'ai dit dans cette instance». «Cette situation ne pouvait pas durer donc je demandais qu'il y ait une légalisation et que ce parc – qui restera un parc boisé et végétalisé – puisse être ouvert à tous les habitants. Il y a des problèmes de sécurité actuellement. (…) On est dans une démarche de légalisation en respectant la loi.»
Dijon, ville où il fait bon étudier
En toute fin de séance, la première édile annonce que Dijon a progressé dans le classement des Villes où il fait bon étudier, établi par le magazine «L'Étudiant». Avec 92% de taux de recommandation par les étudiants, elle se situe à la quatrième place.
Selon le magazine, la forte densité d'offres de formation, la vie étudiante, l'attractivité et l'emploi constituent les points forts de la commune.
Jean-Christophe Tardivon



















