
Reports des voix des Écologistes et des Insoumis vers Nathalie Koenders, plafonnement d'Emmanuel Bichot et érosion de Thierry Coudert... Les leçons du second tour à Dijon sont riches d'enseignement en vue de l'élection présidentielle.

Un duel droite-gauche. Dijon a rejoué un classique duel droite-gauche digne du XXème siècle lors de cette élection municipale, à peine modifié par l'émergence des partis populistes.
Après que François Rebsamen (FP) lui a transmis l'écharpe de maire fin 2024, la socialiste Nathalie Koenders (PS) s'est ainsi vue confirmée par le suffrage universel lors du second tour, ce dimanche 22 mars 2026.
La socialiste arrive loin devant son principal concurrent, Emmanuel Bichot (LR), opposant conservateur issu de la mandature qui s'achève. Nouveau venu, le candidat d'extrême-droite Thierry Coudert (UDR) parvient à entrer dans l'assemblée municipale.
Des similitudes avec 2014
Dans les grandes lignes, la participation ressort à 50,53 % (44.940 votants). Nathalie Koenders (Dijon écologique, sociale, attractive) arrive en tête avec 58,41 % des suffrages exprimés (25.456 voix), Emmanuel Bichot (Agir pour Dijon) récolte 30,67 % (13.368 voix) et Thierry Coudert (Le Rassemblement dijonnais) 10,92 % (4.761 voix).
Si le premier tour ressemblait aux européennes de 2024 par l'ampleur du choix proposé aux électeurs, le résultat final présente bien des similitudes avec second tour de l'élection municipale de 2014 : participation de 56,13 % (48.668 votants), victoire de François Rebsamen (alors PS) avec 52,84 % (24.646 voix), suivi d'Alain Houpert (LR) avec 34,02 % (15.871 voix) et d'Édouard Cavin (FN) avec 13,13 % (6.124 voix).
D'excellents reports de voix
La raison de la large victoire de Nathalie Koenders est simple : la candidate a bénéficié d'excellents reports de voix. Contrairement à ce que nous avions envisagé (
lire notre article), parmi ceux qui se sont déplacés au premier tour, même les Insoumis sont venus nourrir le score de la socialiste.
À peine ajustée par une moindre présence de soutiens affichés d'Emmanuel Macron, Nathalie Koenders a reconduit le périmètre de la coalition initiée par François Rebsamen : le Parti socialiste comme socle, l'appui du Modem (allié depuis 2008 à Dijon malgré un positionnement au centre-droit de ce parti hériter de la démocratie chrétienne), le renfort du radicalisme et le soutien d'un pôle écologiste modéré (composé de membres de Génération écologie principalement ainsi que de transfuges des Écologistes).
L'ensemble a attiré 18.078 électeurs au premier tour. Le second tour a vu 7.378 votants supplémentaires s'ajouter.
Au premier tour, la liste de Michel Haberstrau (LE) – soutenue par Les Écologistes, le Parti communistes français ainsi que les écosocialistes de Générations et de L'Après – avait récolté 3.955 voix. La liste d'Olivier Minard (LFI) soutenue par La France insoumise avait attiré 3.573 électeurs.
Au gré des consignes de vote plus ou moins claires pour le second tour, le résultat est sans appel : la discipline républicaine des premiers a fonctionné et la critique de l'«incarnation locale de la politique néolibérale menée par Emmanuel Macron» par les Insoumis n'a pas empêché la mobilisation de leurs électeurs, potentiellement pour «faire barrage» aux rivaux de Nathalie Koenders.
Le score de Nathalie Koenders au premier tour est supérieur à celui d'Emmanuel Bichot au second tour
Notons que même sans ces apports de voix, Nathalie Koenders l'aurait emporté : son résultat du premier tour est supérieur à celui d'Emmanuel Bichot au second tour. La socialiste a donc toute liberté pour intégrer ou non les préoccupations spécifiques à ces électeurs supplémentaires.
Sauf désistement, les composantes de la liste de Nathalie Koenders devraient être ainsi représentées au conseil municipal parmi les 47 colistiers validés par les urnes : 20 élus pour le Parti socialiste, 8 pour le Modem, 6 pour le pôle écologiste, 2 pour la Fédération progressiste, 2 pour Place publique et 2 pour le pôle radical. Sept élus représenteraient la «société civile».
À Dijon, les stratégies nationales des Écologistes et des Insoumis n'ont pas fonctionné
Ce report des voix ne fait que souligner l'absence de représentants des partis ayant soutenu la liste Dijon change d'ère au prochain conseil municipal. Là où les Verts avaient six élus en 2020, ils n'en ont plus aucun. Le constat devrait alerter les responsables nationaux des Écologistes sur l'effet de leur stratégie radicale – incarnée par Marine Tondelier (LE) qui voulait écarter le Modem (
lire notre article) – dans cette «métropole à taille humaine» qu'est Dijon.
De la même façon, les responsables de La France insoumise peuvent remarquer que la stratégie – défendue par Éric Coquerel (LFI) en particulier (
lire notre article) – de tenter d'isoler le Parti socialiste ne fonctionne pas à Dijon.
L'angle de Bruno Retailleau ne convainc pas
Du côté des concurrents de la maire de Dijon sortante, Emmanuel Bichot et Thierry Coudert ont continué la campagne du second tour sur la lancée du premier tour en rabâchant les mêmes thèmes et en s'écharpant en direct lors du débat télévisé organisé par France 3 et Ici Bourgogne.
Tous les deux ont jeté aux orties le principe de rassembler son camp au premier tour avant d'élargir ensuite au second. Pour éviter de sombrer dans les explications psychologiques individuelles à cela, une analyse politique peut apparaître : l'enjeu de la préparation de l'élection présidentielle.
Adoubé par Bruno Retailleau (LR), Emmanuel Bichot a amplifié à l'envie les thèmes sécuritaires comme l'avait fait le président des Républicains durant sa campagne pour prendre le parti. La stratégie de Bruno Retailleau consistant à développer cet axe pour éviter la fuite de militants des Républicains chez l'UDR d'Éric Ciotti ou pour attirer des électeurs du Rassemblement national n'a pas convaincu les Dijonnais.
Après avoir réussi son pari de s'imposer dans son propre camp au premier tour, Emmanuel Bichot a toutefois atteint un plafond au second tour : il perd 16 % des voix d'Alain Houpert et, pire, se retrouve avec neuf entrants au conseil municipal soit un de moins qu'en 2020. En particulier, parmi les sortants, sauf désistement, Céline Renaud (NE) ne serait pas réélue.
Les soutiens d'Agir à Dijon devront se contenter d'une représentation
a minima : Axel Sibert (LR), Henri-Bénigne de Vregille (HOR), Franck Ayache (UDI), Bruno David (LR, NE) et Laurence Gerbet (NC).
En tenant compte des adhésions croisées, le microparti Agir pour Dijon comptera 5 représentants et Les Républicains 3, ce qui ne manquera pas d'alerter les responsables de la fédération de la Côte-d'Or du parti héritier du gaullisme.
Les électeurs boudent l'alliance UDR-RN
Le résultat est en demi-teinte du côté du Rassemblement dijonnais. Certes, le camp national fait son retour dans l'assemblée municipale, au même niveau que 2014, mais en perdant des plumes : Thierry Coudert reçoit 22% de voix de moins que d'Édouard Cavin.
La stratégie de Thierry Coudert a été de se focaliser sur la dénonciation répétée
ad libitum de l'absence de fusion entre sa liste et celle d'Agir pour Dijon. Le candidat ayant perdu des voix entre le premier et le second tour, les électeurs ont ainsi exprimé leur désapprobation d'une telle démarche.
D'autant plus que la déperdition en voix du Rassemblement dijonnais correspond à ce que la liste Agir pour Dijon a gagné entre le premier et le second tour. Les électeurs ont ainsi donné la prime du «vote utile» à cette dernière liste, ce qui a amené Emmanuel Bichot à qualifier de «voix inutiles» les suffrages apportés à Thierry Coudert (
lire notre article).
Pourtant, ce dernier gagne une tribune ainsi que chacune des trois partis qui soutenaient le Rassemblement dijonnais. Sauf désistement, entrent dans l'assemblée municipale Thierry Coudert (UDR), Mélanie Fortier (RN) et Antoine Camus (IDL). En particulier, Thierry Coudert pourra prolonger la stratégie d'Éric Ciotti consistant à saper les arguments des Républicains pour favoriser un rapprochement avec le Rassemblement national ; de son côté, Antoine Camus portera la voix singulière de Marion Maréchal (
lire notre article).
Alors que le populisme «ni droite-ni gauche» de Marine Le Pen est érodé par la stratégie de «rassemblement des patriotes» de Jordan Bardella, les électeurs dijonnais ont tranché : près de 10.000 voix pour le RN aux européennes de 2024, moitié moins pour la liste UDR-RN au second tour de cette élection municipale.
Actualisé le 23 mars 2026 : Thierry Coudert a commenté les résultats du second tour en pointant «l'échec de la droite dijonnaise» (
lire le communiqué). Le nouvel élu poursuit ainsi la stratégie élaboré durant la campagne et donne le ton de ses futurs propos en conseil municipal.
Les sursauts de participation profitent à Nathalie Koenders
Le détail des suffrages par bureaux de vote confirme les tendances apparues au premier tour. Globalement, les électeurs des quartiers populaires ne se sont pas plus mobilisés. Certains bureaux de vote connaissent un petit sursaut de participation, d'autres diminuent sensiblement. Quand la participation augmente, elle profite surtout à Nathalie Koenders.
Mise à part une égalité à Victor-Hugo, la maire de sortante arrive en tête dans tous les bureaux de vote de la commune. Emmanuel Bichot conserve des scores élevés dans les quartiers Victor-Hugo, Voltaire, Eiffel, Château de Pouilly, Coteaux du Suzon ou encore ponctuellement dans des quartiers populaires comme à Marie-Noël à la Fontaine d'Ouche.
Même dans certains bureaux pourtant relativement favorables au Rassemblement national, la liste de Thierry Coudert a perdu des voix entre le premier tour et le second tour – parfois de façon très marquée et même en cas de hausse de la participation –, la plupart du temps au profit d'Emmanuel Bichot.
Cap sur 2027
Dès la célébration de sa victoire, Nathalie Koenders s'est exprimée de façon unanime avec François Rebsamen, président de la Métropole de Dijon sortant, et Michel Neugnot (PS), vice-président de la Région Bourgogne-Franche-Comté et premier secrétaire de la fédération de la Côte-d'Or du Parti socialiste (
lire notre article).
Tous ont vanté la «méthode politique» de la socialiste et ont prôné un objectif de «clarté» et de «rassemblement» autour d'une candidature «centrale» – portée préférentiellement à leurs yeux par un social-démocrate – en vue de l'élection présidentielle de 2027.
Jean-Christophe Tardivon