
Des premiers pas de l'intercommunalité à son extension potentielle à l'avenir, un débat a traité de l'histoire politique de la Métropole de Dijon, ce vendredi 4 septembre, à Dijon. «Il faut imaginer ce qu'était le pouvoir avant 2001», a lancé François Rebsamen. «Je n'ai pas envie que Saint-Apollinaire soit un quartier de Dijon», a nuancé Rémi Delatte.
Du district à la Métropole, l'intercommunalité dijonnaise fête ses 50 ans. Créée le 15 septembre 1976, autour de 5 communes fondatrice – Ahuy, Chenôve, Dijon, Plombières-lès-Dijon et Saint-Apollinaire –, l'entité administre désormais un bassin de 260.000 habitants.
Pour marquer cet anniversaire, la collectivité a organisé, ce vendredi 4 septembre 2026, à Dijon, une cérémonie de lancement de «travaux de modernisation» de son unité de valorisation énergétique des déchets non-recyclables (
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Après un hommage au sénateur François Patriat (
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Plaidoyer pour la décentralisation
Depuis un an en particulier, François Rebsamen, actuel candidat aux sénatoriales (
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«La bonne nouvelle est que les citoyens aspirent à beaucoup plus de décentralisation», déclarait-il, le 6 septembre 2025, en recevant Clément Beaune, Haut-Commissaire au Plan (
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Tout juste réélu président de la Métropole de Dijon, le 16 avril dernier, il revendiquait une intercommunalité comme «pilier d'une République qui puise sa force dans une action publique décentralisée» (
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District en 1976, Métropole en 2017
À sa création, le tout premier district fut présidé par le Docteur Jean Royer (RPR), premier adjoint du maire de Dijon Robert Poujade (RPR). Le sénateur Maurice Lombard (RPR) reprendra le flambeau en 1982.
C'était avant les lois de décentralisation initiées par François Mitterrand, les communes étaient particulièrement attentives à la préservation de leurs prérogatives.
Les premiers intérêts communs se sont focalisés sur les transports urbains, la gestion des déchets, l'aménagement du territoire, le logement et le développement économique sous la forme de zones industrielles.
L'intercommunalité est devenue communauté d'agglomération – le Grand Dijon – en 1999, le socialiste Lionel Jospin étant alors Premier ministre, puis Métropole en 2017, dans le mouvement de la fusion des conseils régionaux voulue par le président de la République François Hollande.
«Le district, c'est les prémices d'une communauté de destin»
«Des hommes et des femmes ont réussi à mettre l'intérêt général et le territoire au-dessus, dans l'intérêt des habitants et des habitantes», considère a posteriori Nathalie Koenders. «C'étaient les cinq premières communes avec des visions politiques peut-être différentes au niveau national.»
«Le district, c'est les prémices d'une communauté de destin», analyse Véronique Vacher, «c'est la première brique politique d'une conscience d'appartenance à un territoire, à un avenir qui est lié face aux mêmes défis et aux mêmes enjeux».
En 1976, les stratégies de Robert Poujade, Maurice Lombard et Roland Carraz
Selon François Rebsamen, la création du district constituait «un accord vraiment révolutionnaire» qui correspondait à «l'équilibre politique de l'époque» : «il y avait deux grands partis, un de gauche, un de droite. La Ville de Dijon était dirigée par la droite, par Robert Poujade, et l'autre grande ville, Chenôve, était dirigée par un socialiste, Roland Carraz. Au milieu, il y avait un sage qui était un sénateur, Maurice Lombard. Tout à la fois par son passé de résistant, également par le fait que et Robert Poujade et Roland Carraz étaient assez heureux de ce partage qui laissait un territoire à l'un et un territoire à l'autre, tout naturellement, le sénateur Lombard – devenu plus tard président du district – a fait l'accord de développement».
«Un point de réussite a été l'attitude de Robert Poujade et de sa municipalité», abonde Rémi Delatte, «Robert Poujade n'était pas le président du district». «Il a eu surtout la belle idée d'une communauté de partage. Le fait d'associer Roland Carraz a été quelque chose de tout à fait puissant puisque l'aspect politique passait en deuxième plan». «Il était important que l'on ne fasse pas peur aux petites communes.»
«Tout le monde savait que c'était dans le bureau du maire de Dijon que se prenaient les grandes décisions même si c'était le président Lombard qui était à la tête du district», nuance Michel Bachelard. «Robert Poujade et Roland Carraz ont bien su, chacun à leur place, quel intérêt ils pouvaient tirer de cette situation au district. Roland Carraz était, de fait, le chef de file de la gauche, alors que c'était beaucoup plus compliqué que ça. Ça lui permettait d'avoir un lien privilégier avec le maire de Dijon Robert Poujade pour pouvoir avancer.»
Les avantages pour les petites communes
«Pour Quetigny, l'agence d'urbanisme était un outil formidable», se souvient Michel Bachelard, «à part Dijon et Chenôve, peu de communes avaient les moyens en termes d'urbanisme». «C'est le premier avantage qu'on a vu, au-delà du suivi des transports urbains et des déchets.»
«Saint-Apollinaire était une petite commune à l'époque», rappelle Rémi Delatte, «il a fallu convaincre les élus». «Alors les moyens des petits communes ne permettait pas d'assurer un aménagement pour attirer les grandes entreprises. Aujourd'hui, personne n'imaginerait qu'on ne s'inscrive pas dans un parcours de coopération. Au début, Saint-Apollinaire avait une zone d'activité économique importante, c'était un choix qui avait été fait par les municipalités précédents. La gestion n'était pas facile.»
«La communauté d'agglomération, c'est la deuxième évolution»
«À l'époque, l'opposition n'existait pas dans la commune, il n'y avait pas de droit à l'information de l'opposition», poursuit François Rebsamen qui insiste sur l'organisation politique, «c'est la loi de 83, voulue par les socialistes, qui a fait qu'aller siéger dans l'opposition – droite ou gauche, ce n'est pas le sujet – des élus qui était en opposition». «Vous ne vous rappelez peut-être pas des combats que la droite a mené contre l'entrée des minorités dans les communes.»
«La communauté d'agglomération, c'est la deuxième évolution», historicise Michel Bachelard, «Robert Poujade, le grand stratège, avait imaginé une forte réticence. La taxe professionnelle a été le sujet pour pouvoir faire adhérer les communes, de gauche ou de droite, à la communauté d'agglomération. [NDLR : Robert Poujade a instauré un reversement de la taxe professionnelle aux communes sur lequel reviendra par la suite François Rebsamen]»
«On oublie Jean-Pierre Chevènement [NDLR : alors ministre de l'Intérieur de Lionel Jospin] qui est à l'origine de l'agglomération», glisse François Rebsamen, «le premier à percevoir l'agglomération comme un outil de développement». «Les élus fonctionnent avec la carotte et le bâton. Il fallait une carotte. C'est Jean-Pierre Chevènement qui a dit que les communes qui allaient se regrouper en fiscalité propre allait avoir un immense bonus. Le débat a pesé sur Roland Carraz pour qui s'était difficile de dire non à Jean-Pierre Chevènement parce qu'ils étaient très amis.»
«Pour rassembler, il faut être fort»
«En 2001, le contexte est très différend», enchaîne François Rebsamen en évoquant l'année où élu maire de Dijon, il prend également la président de l'intercommunalité. «Mon challenger Jean-François Bazin, président de la Région, était sur la ligne ''quelqu'un sera président de [l'agglomération] et je serai maire de Dijon''. J'ai pris la position inverse, qui me semblait aller de soi : pour avancer, il faut rassembler et pour rassembler, il faut être fort.»
«Peu de temps après la création la de l'agglomération et mon élection à la présidence, les communes de Quetigny et Saint-Apollinaire ont créé une solidarité qui a épaté les autres avec des espaces dédiés au développement économique de la métropole. C'est le début de notre communauté de destin, c'est là que s'est enclenchée cette dynamique», rappelle François Rebsamen. «Il faillait un maître d’œuvre, c'était moi !»
«Le coup de tonnerre politique, c'est la victoire politique socialiste à Dijon», appuie François Rebsamen, «ce qui change la vie politique dans ce département, c'est la victoire politique de la gauche – du PS – à Dijon». «C'est ça qui bascule tout.»
«À ce moment-là, la question que je me pose est ''comment je vais arriver à rassembler ?''» développe-t-il, «on est rassembleur ou diviseur. Par nature, je suis rassembleur». «Le RPR est fort et a une histoire dans cette ville. (…) Je m'appuie sur les amis socialistes et j'appelle le trésorier du RPR à l'époque, Patrick Chapuis, pour prendre un poste de responsabilité : si tu construis sur ta commune 500 logements sociaux, tu seras vice-président et tu auras tes pleins pouvoirs. (…) C'est en faisant ce rassemblement gauche-droite qu'on a créé le mouvement. Ça s'est poursuivi, ça devient de plus en plus nécessaire.»
«En 2001, certains maires n'étaient pas au bureau de la communauté d'agglomération et j'ai suggéré de créer la conférence des maires», rappelle Rémi Delatte, concernant cette proposition validée par François Rebsamen. «C'est un élément tout à fait important de la gouvernance de la Métropole.»
«Il faut imaginer ce qu'était le pouvoir avant 2001 !»
«Dans quel état on a trouvé la métropole en 2001», lance François Rebsamen, très en verve sur ces sujets d'histoire politique. «La Saône était polluée sur 30km parce que l'Ouche polluait. Tous les maires le long de l'Ouche vivait ça difficilement. Il faut imaginer ce qu'était le pouvoir avant 2001 !»
«Nous avons fait disparaître la peur d'entreprendre, d'oser faire respecter les lois», développe le président de la Métropole de Dijon, «quand un parti politique – le RPR – a la main mise sur une collectivité, la peur se répand ; aucun des maires qui aurait pu poursuivre l’agglomération de l'époque pour pollution n'osait le faire».
«Aujourd'hui, on voit que c'est du gagnant-gagnant»
«Il y a une spécificité sur cette métropole, c'est que la population de Dijon représente 63%», relève Nathalie Koenders, «être supérieure en population ne veut pas dire être dominante». «Pour la Ville de Dijon, avoir la Métropole c'est important. La Ville de Dijon qui a les charges de centralité apporte aux autres communes de la Métropole. S'il y avait des réticences, au début, aujourd'hui, on voit que c'est du gagnant-gagnant. On est une équipe pour faire avancer l'intérêt général et le territoire.»
«C'est ça aujourd'hui l'intercommunalité», s'enthousiasme Rémi Delatte, «c'est être capable de mettre en commun des projets que les communes n'auraient jamais pu porter seules». «C'est ce qui a permis de développer l’attractivité et la notoriété de la métropole. On peut être très fier, c'est une belle réalisation de notre action intercommunale.»
Pour ou contre une élection directe à la présidence d'intercommunalité
Les débats autour d'une éventuelle élection du président de l'intercommunalité au suffrage universel direct font s'interroger Nathalie Koenders : «je suis élue depuis 2008, j'ai vécu la communauté d'agglomération avec que les majorités des conseils municipaux». «On était là pour faire avancer le territoire. Après, j'ai connu l'arrivée de nos propres oppositions dans la Métropole avec, de fait, la Ville de Dijon qui a plus de conseillers métropolitains. On a vu une assemblée qui se politisait non pas pour l'avancée du territoire : on refaisait le conseil municipal de la Ville de Dijon.»
«Je crains que si on met cette élection au suffrage universel direct qu'après, on n'arrive plus à travailler entre les différents maires», a-t-elle envisagé car «l'intérêt du territoire ne sera plus mis en avant».
François Rebsamen prône un «fédéralisme à la française»
«On n'échappera pas à répondre à cette interrogation», enchaîne François Rebsamen, «il y a de plus en plus de pouvoir, de financements, d'argent». «Le principe du contrôle par l'élection reste important.»
«Ça pose comme question l'organisation territoriale de notre République», considère l'élu progressiste. «A-t-on besoin de communes avec une compétence générale ? A-t-on besoin des pays, portés par Dominique Voynet en 1995 ? Plus personne ne sait ce que c'est. Autre couche qui pose question, le Département. Une autre couche qui s'impose ensuite à tout le monde, les [schémas de cohérence territoriales (SCOT)]. On a un empilement de structures qui fait qu'il faudra quand même clarifier.»
«On a un état central tenu par des inspecteurs des finances qui savent tout mieux que tout le monde, a fortiori de Bercy», proteste l'ancien ministre, «c'est un handicap quand on regarde les autres pays européen ; plus il y a de fédéralisme et mieux ça fonctionne». «Il faudra aller vers une sorte de fédéralisme à la française pour déconcentrer, décoincer ce pays. (…) Il suffit de lire [l'historien] Braudel et on comprendre. La France est une et indivisible mais variée.»
«J'espère qu'on ne reviendra pas sur la commune», réagit aussitôt Rémi Delatte, «je n'ai pas envie que Saint-Apollinaire soit un quartier de Dijon». «Entre le Département et la Région, il y a sans doute des choses à faire», ajoute-t-il en évoquant implicitement le conseiller territorial porté en son temps par Nicolas Sarkozy.
L'extension de la Métropole de Dijon en question
«Des communes qui devraient être dans la Métropole n'y sont pas, tout simplement pour des raisons politiques, (…) ce qui fait qu'on n'a pas l'unité d'un bassin de vie», regrette François Rebsamen qui souhaite que les prochaines mandatures permettent d'élargir le périmètre métropolitain en songeant à Asnières-lès-Dijon et à Messigny-et-Vantoux.
«Il faudrait que les élus puissent arriver à faire mieux coller la réalité du bassin de vin avec les contours de la réalité administrative de la Métropole», ajoute-t-il.
«Dans le prochain débat présidentiel, il faut qu'on puisse porter l'idée que les communautés de communes puissent intervenir géographiquement plus loin que leurs propres critères administratifs», précise-t-il en songeant notamment aux services express régionaux métropolitains.
«La Métropole est là pour répondre aux besoins vitaux des habitants – se loger et se déplacer – (…) et répondre aux enjeux de l'adaptation au réchauffement climatique», réagit Nathalie Koenders qui se demande : «s'agrandir pour faire quoi avec qui ?» Et la maire de Dijon d'envisager d'abord des «contrats de coopération».
Pour sa part, Michel Bachelard appelle à «faire attention à ce que la Métropole ne soit pas considéré comme un point-service» car «il faut que l'adhésion soit volontaire». «Pour la deuxième couronne il faudra engager la conversation avec François Sauvadet», ajoute-t-il.
«Confortons ce qu'on a et essayons d'aller au-delà et de tendre vers une logique de bassin de vie», synthétise Rémi Delatte qui, en ce jour de lancement de travaux au niveau de l'UVE, adresse «un coup de chapeau» à l'ancien vice-président Jean-Patrick Masson (écologiste indépendant) qui «a apporté une culture nouvelle et nous a fait prendre conscience de la dimension importante de la transition écologique et énergétique».
L'événement s'est terminé par le geste inaugural de l'exposition «Dijon Métropole, 50 ans d'histoire commune», affichée sous la verrière du siège de la collectivité et qui sera complétée par la circulation d'une rame de tramway décorée avec ce thème historique.
Jean-Christophe Tardivon























