
«McPhy a fourni un électrolyseur qui ne fonctionne pas», a déploré le président de la collectivité, ce jeudi 18 décembre, à Dijon, ce qui entraîne la «faillite» de Dijon Métropole Smart EnergHy. Toutefois, François Rebsamen a indiqué qu'«en 2028, on aura besoin de bus électriques qu'on complétera par des bus à biocarburant».
Les déboires de la filière hydrogène se répercutent sur les utilisateurs. Après la faillite de Van Hool et la liquidation judiciaire de McPhy, la Métropole de Dijon doit adapter sa façon d'intégrer l'hydrogène à ses objectifs de décarbonation.
Ce jeudi 18 décembre 2025, en amont d'une session du conseil métropolitain, François Rebsamen (FP), président de la collectivité, a annoncé les «révisions profondes» concernant le renouvellement de la flotte de 172 bus et l'approvisionnement des bennes à ordures ménagères.
«On a subi beaucoup de contrecoups»
«On abandonne l'hydrogène [pour les bus]», a indiqué François Rebsamen, «cette nouvelle perspective écologique n'a pas rencontré son équilibre économique». «On a subi beaucoup de contrecoups, notamment la liquidation de Van Hool auprès duquel on avait commandé 27 premiers bus à hydrogène au coût [unitaire] d'1,25 million d'euros.»
«Nous avions fait une avance de 800.000 euros sur notre commande», a précisé le président de la Métropole de Dijon, «nous sommes en pourparlers avec le liquidateur pour récupérer évidemment nos 800.000 euros».
Le constructeur belge Van Hool a fait faillite en avril 2024, principalement en raison des conséquences de la crise sanitaire et de la guerre en Ukraine, auxquelles s'est ajoutée une querelle au sein de la famille ayant fondé l'entreprise.
Acquisition de bus à moteur électrique
«En 2028, on aura besoin de bus électriques qu'on complétera par des bus à biocarburant», a précisé François Rebsamen.
Comme envisagé en juin 2024 (
lire notre article), l'exécutif prévoit donc d'acquérir 117 bus électriques au coût unitaire oscillant entre 600 et 800.000 euros, en fonction de la capacité de transport.
Pour autant, la technologie ne permet pas d'assurer l'ensemble des besoins du territoire métropolitain notamment en termes de durée de service quotidien et de dénivelé de certaines collines.
«D'ici 2029, grâce à la gigafactory de batteries de Verkor, qui a été mise en place sur Dunkerque par le président de la République, les batteries augmenteront leur capacité», a anticipé l'élu progressiste, «ce sont des enjeux majeurs d'indépendance énergétique». «Sinon, on achètera nos batteries en Chine.»
Non plus des bus à hydrogène mais des bus hybrides fonctionnant avec un agrocarburant
La collectivité envisage désormais de compléter la flotte non plus avec des bus à hydrogène mais grâce à des bus hybrides fonctionnant avec un carburant de synthèse, le HVO qui est fabriqué à partir d’huiles végétales, résiduelles ou de déchets. Cet agrocarburant répond aux critères de la directive sur les énergies renouvelables de l'Union Européenne. Le coût unitaire d'un tel bus avoisine 350.000 euros.
Ces 55 bus à HVO seraient privilégiés pour les circuits les plus longs ou rencontrant les pentes les plus importantes.
Dans les deux cas, cela entraînera des aménagements spécifiques au sein du centre de maintenance pour accueillir les nouveaux équipements.
«Faillite» de Dijon Métropole Smart EnergHy
En revanche, l'exécutif métropolitain maintient son objectif de faire rouler des bennes à ordures ménagères (BOM) à hydrogène. Néanmoins, il se heurte à la difficulté de la production d'hydrogène.
Pourtant abondamment soutenue par les pouvoirs publics, l'entreprise française McPhy Energy a été placée en liquidation judiciaire en mai dernier. En juillet, le tribunal de commerce de Belfort a désigné le fabricant belge d'électrolyseurs John Cockerill Hydrogen comme repreneur de McPhy.
«McPhy a fourni un électrolyseur qui ne fonctionne pas», a déploré François Rebsamen. La situation de McPhy ne permet donc pas de remplacer le matériel, ce qui a entraîné la «faillite» de Dijon Métropole Smart EnergHy (DMSE) – ainsi que l'a annoncé François Rebsamen en session, précisant que cela n'arrivait «pas qu'à Dijon» –, la co-entreprise détenue par Engie solutions (40,55%), Inthy (25,22%), Dijon Métropole (24,23%) et ADEME Investissement (10%) pour exploiter la station hydrogène. De facto, cela remet également en cause le projet d'implantation d'un site de production au sud de Dijon.
«Nos bennes à ordures ménagères fonctionneront à l'hydrogène»
«Ce sont des événements industriels qui arrivent dans une nouvelle
technologie qui cherche sa voie», a commenté le président de la
Métropole de Dijon, «tout ce qu'on a installé sur la station hydrogène
fonctionnera mais nous allons nous faire servir en hydrogène et ce sera
comme une station-service d'hydrogène mais ce ne sera pas de la
production locale d'hydrogène comme c'était prévu».
«Se développeront, petit à petit, des voitures à hydrogène, des bus à hydrogène, des camions à hydrogène», a poursuivi François Rebsamen, tout à son exercice d'anticipation, «ils pourront venir faire le plein là». Des filiales d'Air liquide ou d'EDF sont sur les rangs pour alimenter l'équipement reconfiguré.
«Au cours du premier semestre 2026, nos bennes à ordures ménagères fonctionneront à l'hydrogène et serviront de démonstrateur», a insisté l'élu progressiste.
En cette fin d'année, la Métropole de Dijon dispose d'un parc de huit bennes à ordures ménagères fonctionnant à l'hydrogène : quatre fournies par E-Trucks, quatre fournies par Hyundai, pour un coût unitaire d'environ de près de 700.000 euros.
Au total, la collectivité avait prévu d'acquérir 32 nouvelles BOM, 22 à hydrogène, 10 électriques. Les achats sont désormais suspendus.
Adaptation des autorisations de programme
Dans le cadre du budget primitif 2026, l'exécutif métropolitain a revu les échéanciers des deux autorisations de programme, votées en juin 2024, ayant trait à la décarbonation des bus et des bennes à ordures ménagères.
Parmi les crédits d'investissement relevant du budget primitif 2026, sont fléchés 10,3 millions d'euros pour l'achat d'une partie des bus électriques, 515.600 euros pour l'adaptation du centre de maintenance des bus et 364.000 euros pour la maintenance des batteries des BOM.
Les autorisations de programme elles-mêmes pourront éventuellement être revues par l'exécutif sorti des urnes à la suite des prochaines élections municipales.
Jean-Christophe Tardivon