
«Cette date marque une victoire emblématique pour les droits humains et l'émancipation des femmes», a déclaré la maire de Dijon, ce vendredi 29 novembre, cinquante ans après le vote de la loi dépénalisant le recours à l'interruption volontaire de grossesse.

Pour faire cesser «le désordre» des interruptions volontaires de grossesse clandestines et «l'injustice» faite aux femmes conduites à cette extrémité, Simone Veil (UDF puis UDI) s'engagea pour la dépénalisation de l'IVG. Après un discours historique de celle qui était ministre de la Santé durant la présidence de Valéry Giscard d'Estaing, la «loi Veil» a été votée par l'Assemblée nationale, le 29 novembre 1974.
Cinquante ans plus, ce vendredi 29 novembre 2024, Nathalie Koenders (PS), maire de Dijon, a souhaité rendre hommage à Simone Veil dans la cour d'honneur du palais des ducs de Bourgogne, en présence d'une cinquantaine de personnes dont Catherine Hervieu (LE), députée de la Côte-d'Or, et de plusieurs élus de la majorité municipale.
Après la plantation du dernier arbre de la végétalisation de la place Bossuet, il s'agissait du deuxième geste symbolique de la semaine pour celle qui a été élue par le conseil municipal, le 25 novembre dernier.
La loi Veil a été adoptée à l'Assemblée nationale grâce au centre et à la gauche
Seule sur l'estrade, Nathalie Koenders a rappelé que «face à une Assemblée nationale presque exclusivement composée d'hommes», Simone Veil a connu des débats marqués par «une grande violence verbale», dans «un climat de tension exacerbée». «À l'extérieur du palais Bourbon, des associations d'extrême-droite et des groupes anti-avortement exerçaient une pression sur les parlementaires et l'opinion publique.»
Si une partie des députés de la droite a voté pour cette dépénalisation, c'est l'ensemble des voix du centre et de l'opposition de gauche qui a permis l’adoption du texte à l'Assemblée nationale avec 284 pour et 189 contre. Texte ensuite approuvé par le Sénat, puis promulgué «à titre expérimental», le 17 janvier 1975, et, enfin, entériné, le 31 décembre 1979.
«Le combat de Simone Veil a fait avancer nos droits à toutes»
«J'ai symboliquement choisi cette date pour rendre hommage à cette femme remarquable qui, par son combat, à fait avancer nos droits à toutes», a déclaré avec gravité Nathalie Koenders, «cette date marque, en effet, une victoire emblématique pour les droits humains et l'émancipation des femmes puisque la loi Veil met fin à plusieurs siècles de répression brutale de l'avortement en France».
Rappelant les débats qui ont précédé la promesse faite par Valéry Giscard d'Estaing durant la campagne pour la présidentielle de 1974, la socialiste a souligné les engagements de Simone de Beauvoir et de Gisèle Halimi notamment.
«La loi Veil est une rupture majeure, un pas de géant pour les droits des femmes», a analysé Nathalie Koenders, «elle rompt avec cette longue tradition de criminalisation de l'avortement pour en faire un droit tout en reconnaissant aux femmes la liberté de disposer de leur corps».
La France est le premier pays à constitutionnaliser le recours à l'IVG
La maire de Dijon a ensuite salué la constitutionnalisation de la liberté de recourir à l'interruption volontaire de grossesse, voulue par Emmanuel Macron et votée par le parlement réuni en congrès, le 8 mars dernier (780 voix pour, 72 contre et 50 abstentions). La France est ainsi le premier pays au monde à inscrire la possibilité du recours à l'IVG dans sa Constitution.
Cette démarche s'est faite en réaction à une décision de la Cour suprême des États-Unis qui, le 24 juin 2022, est revenue sur le droit à recourir à l'IVG au niveau fédéral, ouvrant la porte à des interdictions au niveau des États.
«Je pense plus largement à toutes celles qui, à travers le monde doivent se battre pour leurs droits», a enchaîné Nathalie Koenders. La socialiste a alors évoqué, pêle-mêle, les situations en Afghanistan ou en Iran mais aussi en France, en dénonçant le «fléau insupportable» des meurtres sur conjoint, concubin ou partenaire et en saluant le «combat admirable» de Gisèle Pélicot.
«L'Europe doit être un rempart face à la montée des populismes»
«Plus que jamais, l'œuvre de Simone Veil doit nous guider», a poursuivi la maire de Dijon pour aborder le sujet de «la construction européenne», autre engagement de Simone Veil, première femme présidente du Parlement européen, de 1978 à 1982.
«Elle a plaidé inlassablement pour une Europe unie, porteuse de paix et de solidarité», a relevé la socialiste, «plus que jamais l'Europe doit être un rempart face à la montée des populismes dont les femmes sont systématiquement les premières victimes».
Le «devoir» d'aider les familles monoparentales
«Bien des combats restent à mener», a rappelé Nathalie Koenders, «comme maire, j'entends y prendre ma part». La première édile dijonnaise a renouvelé son engagement, fait dès le soir de son élection, à proposer prochainement un «accompagnement» aux familles monoparentales en s'appuyant sur «l'expertise des associations» : «nous devons les aider, c'est notre devoir».
La cérémonie s'est terminée par un geste paraphrasant celui de François Mitterrand au Panthéon, le soir de son investiture, le 21 mai 1981. Une rose à la main, blanche cette fois, Nathalie Koenders a parcouru l'espace séparant l'estrade d'un chevalet maintenant un grand portrait de Simone Veil pour, au coin de la photo, glisser solennellement la fleur dans un ruban tricolore.
Jean-Christophe Tardivon








