
«Il n'y a pas du tout de conflit d'intérêt avec un élu municipal», a réagi la maire de Dijon, ce jeudi 5 février. «On ne croit pas tellement aux promesses de Nathalie Koenders», protestent Rémi Goguel et Mathilde Mouchet, colistiers de Dijon avenir.
Le passage du Pont Arnaud ou le treige de la discorde. Le 24 novembre dernier, le conseil municipal approuvait à une large majorité la cession de 25m² d'espaces verts situés en plein centre-ville de Dijon à une personne domiciliée à Gilly-lès-Cîteaux après une estimation du Pôle d'évaluation domaniale à 55 euros/m².
Ce passage – ou «treige» en patois bourguignon – relie le 65ter de la rue Condorcet au 90 de la rue Monge. Côté Condorcet, l'endroit est sinistre, faisant penser à une entrée de garage. Côté Monge, l'ouverture est discrète entre deux commerces.
Enclavé et sombre, le passage est pavé et arboré. Les arrières d'immeubles donnent sur la voie et, au dos de l'arrière-boutique, est implanté un appentis. Les 25m² concernés jouxtent cette construction.
Nathalie Koenders : «On a l'assurance que cela reste un petit espace vert»
En présentant le rapport, Jean-Patrick Masson (écologiste indépendant) avait souligné une contrainte : «celle de ne pouvoir faire construction de quelque nature qu'elle soit pendant une durée de 40 ans et l'obligation d'un entretien des arbres pour garantir leur conservation».
«On a l'assurance que cela reste un petit espace vert qu'elle va entretenir», avait insisté Nathalie Koenders (PS), maire de Dijon, désormais candidate à sa succession.
Lors de la session, des élus d'opposition – eux aussi engagés dans les municipales – avaient contesté cette vente.
Frédéric Faverjon : «Tous les espaces verts disponibles doivent être préservés dans l'espace public pour atténuer les pics de chaleur»
Ainsi, Frédéric Faverjon (LE) revendiquait que «tous les espaces verts disponibles doivent être préservés dans l'espace public pour atténuer les pics de chaleur, en particulier au centre-ville où ces pics de chaleur se font de plus en plus ressentir».
Au-delà des effets du changement climatique, l'élu écologiste brandissait l'argument du patrimoine : «le passage du Pont-Arnaud constitue une treige – c'est à dire un passage discret entre deux rues –, trace du passé médiéval de la ville». «Ce sont des vestiges méconnus de notre ville qui méritent d'être mieux connus.»
Faute de «protection pérenne» de l'espace vert en question – pouvant être apportée par un classement en partie boisée au sein du Plan de sauvegarde et de mise en valeur du centre historique –, les trois élus du groupe d'opposition Écologistes et solidaires ont voté contre.
«On va réviser le [Plan de sauvegarde et de mise en valeur], je m'engage à classer cette zone en zone boisée», a toutefois annoncé la maire de Dijon, «on a a 40 ans devant nous mais on va le faire rapidement».
Laurence Gerbet : «C'est un passage qui est vraiment très agréable l'été»
«Cet espace pourra être clôturé», avait pointé Laurence Gerbet (NC, AD), au nom du groupe d'opposition Agir pour Dijon qui a voté défavorablement. «C'est un passage qui est vraiment très agréable l'été ; c'est un vrai petit poumon vert.»
«Chaque espace vert public du centre-ville doit être conservé», estimait à son tour l'élue centriste. «Il contribue à lutter contre le réchauffement climatique.»
Ironisant sur «une prise de conscience soudaine» des enjeux du développement durable, Nathalie Koenders a rappelé que «le passage restera ouvert» et a fait approuver la vente, ne comptant que six votes contre et quatre abstentions.
Selon Dijon avenir, «la maire brade les espaces verts publics»
Pourtant, la veille de la session, le mouvement Dijon avenir avait écrit aux conseillers municipaux : «votez contre la privatisation de l’îlot de fraîcheur du passage du Pont Arnaud».
«La maire brade les espaces verts publics», considéraient déjà les militants engagés, eux aussi, dans les municipales, en mettant en avant que l'acheteur, membre d'une copropriété attenante, était «un propriétaire-bailleur, qui n’est pas domicilié à Dijon».
«Cette cession est justifiée par le fait que son maintien dans le patrimoine communal ''ne présente pas d'intérêt particulier pour la Ville''... argument lunaire, occultant totalement l’intérêt d’un tel espace vert», développaient les militants dans un communiqué avant d'engager un recours gracieux, le 21 janvier dernier, auprès de la Ville de Dijon.
Dijon avenir relève «l’homonymie entre une élue de la Ville de Dijon et la bénéficiaire de la cession»
Désormais représentés officiellement par Rémi Goguel (sans étiquette), tête de liste, et Mathilde Mouchet (sans étiquette), en deuxième position (
lire le communiqué), les colistiers de Dijon avenir sont de nouveau intervenus sur le sujet.
«La maire de Dijon va renoncer à la vente», avançaient-ils dans un communiqué du 5 février dernier, en faisant référence à une récente rencontre entre des copropriétaires et Nathalie Koenders et se targuant des effets de «la mobilisation» des habitants du quartier lors d'une action d'«inauguration» de l'espace vert, assortie d'une pétition ayant rassemblé plus de 900 signatures.
«L’homonymie entre une élue de la Ville de Dijon et la bénéficiaire de la cession décidée par le conseil municipal, associée à des informations reçues, nous amène à poser simplement la question d’une possible existence d’un lien familial entre ces deux personnes», ajoutaient-ils pour évoquer un potentiel conflit d'intérêt.
«La délibération de cession du terrain ayant été adoptée par le conseil municipal, juridiquement la maire-candidate peut seulement refuser de signer l'acte de vente, mais n’a pas le pouvoir d’annuler la décision de vendre», précisaient-ils.
«C'est un dossier qui est en sommeil», annonce Nathalie Koenders
«Il n'y a pas du tout de conflit d'intérêt avec un élu municipal», a réagi Nathalie Koenders, le 5 février dernier, interrogée par
Infos Dijon. «Il y a des homonymes, il y a beaucoup de personnes qui ont le même nom donc je ne sais pas ce que c'est cette affabulation.»
«C'est un dossier qui est en sommeil», a annoncé la maire de Dijon, «on verra». «Je crois même que la personne qui voulait acheter ne veut plus acheter donc je pense qu'il n'y a même plus de sujet».
«On ne croit pas tellement aux promesses de Nathalie Koenders», protestent Rémi Goguel et Mathilde Mouchet
Ce samedi 7 février 2026, Rémi Goguel et Mathilde Mouchet ont confirmé leurs dires : «Nathalie Koenders est allée au Pont Arnaud mi-décembre et a fait mine de découvrir le lieu (…) et elle a dit aux riverains ''c'est annulé''». « Étonnant : un des trois treiges historiques de Dijon et elle fait croire qu'elle ne connaît pas.»
«On ne croit pas tellement aux promesses de Nathalie Koenders, on veut des actes. On dit à Nathalie Koenders : ''si vous voulez vraiment être créditée, dans le cadre de cette élection, de l'abandon de ce bête projet de la vente d'un espace collectif à un particulier, alors dites-le publiquement''. ''En sommeil'', ce n'est pas ce qu'elle a dit aux riverains, elle a dit ''c'est annulé, faites-le savoir''.»
Les deux colistiers continuent donc de revendiquer l'organisation d'une session exceptionnelle avant le premier tour des municipales pour traiter le dossier.
Jean-Christophe Tardivon







Le passage du Pont Arnaud, le 7 février 2026 (photographies JC Tardivon)