
Deux recommandations de la CRC ont été particulièrement contestées, ce lundi 7 juillet. «La situation financière de la Ville est tout à fait excellente», a commenté François Rebsamen. Par ailleurs, Nathalie Koenders a fait une annonce concernant la ZAD des Lentillères.
Un collège de magistrats financiers indépendants de la Chambre régionale des comptes (CRC) s'est penché durant un an sur les finances de la Ville de Dijon portant sur la période de 2018 à 2024. À l'issue, huit recommandations ont été faites.
Ce lundi 7 juillet 2025, en présence de son prédécesseur François Rebsamen (FP), Nathalie Koenders (PS), maire de Dijon, a commenté le rapport de la CRC et indiqué les recommandations qui seront prises en compte et celles qui étaient contestées, notamment concernant la Cité de la gastronomie et la prime de fin d'année des agents municipaux.
«La situation financière de la Ville de Dijon est jugée très satisfaisante»
En préambule, Nathalie Koenders salue un travail «rigoureux et exigeant» de la part de la CRC auquel la municipalité a répondu avec «sérieux, transparence et engagement».
Les magistrats ont examiné «la régularité, la sincérité, la soutenabilité et la cohérence de la gestion publique de la collectivité». Ils ont rendu leur rapport définitif le 16 juin dernier.
«Le constat posé par la Chambre est sans ambiguïté : la situation financière de la Ville de Dijon est jugée très satisfaisante», se félicite la maire de Dijon. «Nous avons un très bon rapport sur la gestion de notre patrimoine, contrairement à ce que laisse entendre notre opposition.»
«La Chambre pointe aussi des axes d'amélioration», relève la première édile, «certains sont déjà engagés, notamment sur les régies, sur le suivi des subventions et d'autres le seront dans les mois qui viennent».
«Nous avions hérité d'une dette extrêmement importante»
«La situation financière de la Ville est tout à fait excellente», abonde François Rebsamen qui voit là un satisfecit concernant sa gestion depuis 2001. «Il y a une qualité globale de la tenue des comptes qui peut être soulignée. Tout ça a été fait avec une dotation globale de financement qui est une des plus faibles de France pour les communes de sa strate, (…) moitié moindre que Le Havre et Angers. (…) On a donc un handicap supplémentaire pour investir.»
«Nous avions hérité d'une dette extrêmement importante», complète l'ancien maire de Dijon, «en 2001, la dette de la Ville était supérieure à 100% du budget». «Elle est montée jusqu'à 235 millions d'euros en 2008 et, depuis, elle est en diminution et c'est la plus faible de la strate, de l'ordre de 100 millions d'euros. (…) La Chambre ajoute que la qualité de ce dernier mandat, c'est l'investissement.»
La municipalité met en avant «une dette historiquement basse» à fin 2024, représentant 679 euros par habitant contre une moyenne de la strate de 939 euros par habitant.
«La Chambre ajoute également que le taux d'imposition est élevé mais s'il est élevé, c'est parce que nous avons hérité d'un taux départemental très élevé», justifie-t-il. «Par compensation, pendant huit ans, nous n'avons pas augmenté les impôts», souligne-t-il sans indiquer que le taux métropolitain, qui s'applique aux propriétaires à Dijon, a, lui, été fortement réévalué, le 24 mars 2022 (
lire notre article).
Reconnaissance de «la qualité» de la Cité de la gastronomie
Concernant le dossier de la Cité internationale de la gastronomie et du vin, François Rebsamen a rappelé le risque qu'il y avait de connaître «une friche hospitalière au centre-ville» suite au déménagement de l'hôpital général. «La Chambre reconnaît que c'était un projet gigantesque ! (…) Elle reconnaît la qualité du projet. (…) Le choix que nous avons fait excluait de faire porter le risque par la Ville de Dijon. Nous avons décidé d'un appel à manifestation d'intérêt et non pas un permis d'aménager traditionnel.»
«Aujourd'hui, on a les Lentillères, ça aurait pu être un deuxième site occupé», glisse Nathalie Koenders.
Nouveau report de la date butoir donnée aux occupants des Lentillères
Concernant la ZAD des Lentillères, contrairement à ce qu'avait annoncé son prédécesseur, la maire de Dijon indique qu'«il n'y aura pas de référendum sur la bande de 1,14 hectare parce que c'est une bande déjà artificialisée». «On va construire sur ces 1,14 hectare pour finir le mail Guynemer. On peut bien sûr faire des résidences sociales avec des écoconditionnalités.»
«J'ai rencontré les représentants des Lentillères pour voir ensemble comment on peut régulariser», explique la responsable de l'exécutif municipal, «trouvons les moyens pour légaliser et ouvrir à la population cette zone qui représente 7,5 millions d'euros de manque à gagner. (…) Est-ce que c'est des baux ? Est-ce que c'est une association ? En tant que maire de Dijon, je ne peux pas me permettre d'avoir une friche. Il a failli y avoir un drame. (…) Il y a des personnes, à l'intérieur, qui peuvent bénéficier d'aides sociales». «Le PLUi-HD qui sera révisé ira dans ce sens-là. (…) Je suis même prête à adapter le PLUi-HD pour qu'il puisse y avoir quelques constructions comme leur grange.»
«Je ne veux plus une zone de non-droit avec des branchements d'électricité et d'eau illégaux, accessoirement payés par les autres», assène la première édile. «Je leur ai donné jusqu'en octobre. En octobre, j'engage une procédure judiciaire. (…) Ça ne sera pas immédiat, ça prend du temps une procédure.»
Un «effort exceptionnel» pour le patrimoine
«Sur le patrimoine, la Chambre dit qu'on a fait un effort exceptionnel pendant vingt ans, le plus bel exemple étant le musée des Beaux-Arts», relaie François Rebsamen, «c'est 15 ans de travaux, 60 millions d'euros d'investissement réalisé». «On a la chance d'avoir un patrimoine exceptionnel !»
«Il y a de grands chantiers devant nous, notamment Notre-Dame et Saint-Philibert», complète Nathalie Koenders. «Pour les 150 ans des Halles, on a lancé une procédure d'assistance à maîtrise d'ouvrage ; un organisme extérieur va faire des préconisations pour pouvoir faire des travaux en site occupé.»
«Il vaut mieux avoir une gestion prudente et avoir une bonne surprise»
Si les magistrats invalident les critiques notamment d'Emmanuel Bichot (LR, AD), président du groupe d'opposition Agir pour Dijon, en matière de gestion patrimoniale, ils valident les remarques de l'élu conservateur concernant la préparation des budgets primitifs.
«On nous reproche parfois d'être prudent dans les recettes et peut-être prudent aussi dans les dépenses», relaie Nathalie Koenders. «Il vaut mieux avoir une gestion prudente et avoir une bonne surprise», justifie la socialiste au regard des excédents de résultat. «C'est complètement démago de dire qu'il faudrait baisser les impôts !»
Les recommandations de la chambre régionale des comptes
Les huit recommandations :
- établir un plan pluriannuel concernant les projets d'investissement,
- constituer des provisions pour l'ensemble des risques juridiques,
- élaborer un plan de contrôle des régies municipales,
- soumettre à l'approbation du conseil municipal la décision de confier à l'office de tourisme de Dijon Métropole l'encaissement des recettes relevant de la commune au sein de la Cité de la gastronomie,
- respecter les règles de déclaration de publicité du recrutement des contractuels,
- mettre fin au versement de l’État de la prime de fin d'année,
- respecter les dispositions réglementaires relatives à l’indemnisation des heures supplémentaires en se dotant d'un outil automatisé de suivi automatisé du temps de travail
- et recouvrer la subvention de 200.000 euros versée à la société 1001 Nuits – soutenant le cinéma Eldorado – pour le projet de cinéma d'art et d'essai à la Cité de la gastronomie qui n'a pas vu le jour.
La prime de fin d'année sera maintenue
Nathalie Koenders pointe une «différence d'interprétation» avec les magistrats concernant la légalité des primes de fin d'année attribuées aux agents municipaux. «Par souci pour nos agents, nous ne reviendront pas sur ces primes. (…) La prime date d'avant 1984, ce qui permet de la conserver.»
La collectivité doit maintenant présenter le rapport aux élus, ce qui est prévu le 12 juillet prochain, avant de préciser, dans un an, ce qui aura été fait face aux recommandations des magistrats.
Jean-Christophe Tardivon