
Ce mardi 2 décembre, aux Bourroches, la maire de Dijon a esquissé le budget pour 2026 dans un cadre de communication contraint. Selon les mots de Nathalie Koenders, les militants du mouvement Dijon avenir ont «pourri» la séance de questions-réponses.

À une centaine de jours de la fin de la mandature, la maire de Dijon doit tenir un équilibre délicat : communiquer sur le nécessaire budget pour 2026 tout en respectant le cadre contrait de pré-campagne. Nathalie Koenders (PS) a choisi d'organiser des réunions publiques plus tôt que les années précédentes pour aborder les orientations budgétaires au lieu d'un budget primitif voté puisque le rapport sera examiné le 15 décembre prochain.
En revanche, cela implique de ne pas dériver vers des éléments de campagne électorale, même si la maire qui a succédé à François Rebsamen (FP) n'a pas encore déclaré officiellement sa candidature, ce qui pourrait arriver après les vœux institutionnels pour 2026. Pire, les avocats de l'exécutif ont même conseillé de ne pas organiser de moment de convivialité, pourtant très apprécié par la population.
Première étape aux Bourroches
La première des trois réunions prévues s'est tenue, ce mardi 2 décembre 2025, dans le gymnase des Bourroches, en présence de nombreux élus de la majorité et de plus de 150 personnes.
Au cours de la présentation, la première édile n'a pas manqué de saluer les agents de la Ville qui ont «le service public chevillé au corps» ainsi que «les bénévoles et les agents» de la MJC-Centre social des Bourroches voisine.
«Si les collectivités augmentent leurs dépenses en personnels, c'est parfois une décision de l’État»
Pour ouvrir les échanges, Nathalie Koenders revient sur le contexte d'élaboration des orientations budgétaires, à commencer par la situation internationale – «bras de fer des grandes puissances» – et l'examen de la loi de finances – «le gouvernement s'en remet au parlement pour construire un budget».
Se fait «la porte-parole de l'ensemble des maires en France», la première édile fustige «un effort budgétaire disproportionné» : «nous voulons participer au redressement des finances publiques mais à la hauteur de notre responsabilité». «On ne souhaite pas que les collectivités se voient contraintes de financer les déséquilibre d'un état central.»
Au passage, la socialiste défend les dépenses de fonctionnement qui sont dans le viseur du gouvernement : «si les collectivités augmentent leurs dépenses en personnels, c'est parfois une décision de l’État», déclare-t-elle en prenant l'exemple de l'augmentation des cotisations employeurs. «Lorsque l’État se désengage, heureusement que les collectivités sont là.»
La maire de Dijon regrette que «Dijon soit une ville sous-dotée par l’État, c'est le fruit de l'histoire»» en considérant que la commune reçoit dix millions d'euros de moins que la moyenne des communes de sa strate.
Six priorités de l'exécutif pour 2026
Malgré ce contexte, Nathalie Koenders défend «une situation budgétaire solide» et rappelle le résultat «très satisfaisant» de la cour régionale des comptes concernant l'année 2025.
La maire de Dijon met en avant «un désendettement qui se poursuit», «une accélération de la capacité de remboursement», «un niveau d'épargne brute stable», la stabilité de la part municipale de la taxe foncière «depuis dix ans», l'«investissement soutenu» au long du mandat – citant la rénovation d'écoles – et le «renforcement des services municipaux» – insistant sur «l'embauche de nouveaux policiers municipaux».
La première édile enchaîne en présentant les priorités d'actions qui seront financées par le budget primitif 2026 une fois voté : «l'amélioration du quotidien des citoyens, usagers et associations» – citant la future rénovation du commissariat des Grésilles –, «le renforcement de la tranquillité publique et de la sécurité des habitants» – évoquant la formation des policiers municipaux –, «l'accompagnement de la transition énergétique» – mentionnant la rénovation d'écoles, dont l'école Larrey, ce qui sera une des rares incisive correspondant spécifiquement au quartier des Bourroches –, «une ville résolument solidaire» – soulignant la tarification des services municipaux en fonction des revenus des ménages, le soutien aux associations d'éducation populaire et l'accompagnement des personnes en situation de handicap –, une ville attractive et rayonnante – les travaux à venir sur la flèche de Saint-Bénigne et la rénovation envisagée du parc des expositions à l'appui –, l'embellissement de l'espace public et la modernisation de sa gestion.
Esquisse du budget primitif
Abordant les orientations budgétaires pour 2026 proprement dites, Nathalie Koenders revendique «un niveau d'investissement élevé» – envisagé entre 55 et 60 millions d'euros –, la stabilité de la fiscalité municipale, le fait de «préserver une capacité d'épargne brute importante» et «le maintien du taux d'endettement maîtrisée et soutenable».
«Les emprunts concernent uniquement les dépenses d'investissement contrairement à l’État qui empruntent pour ses dépenses de fonctionnement», glisse la socialiste.
La responsable de l'exécutif avance alors des informations supplémentaires par rapport à celles présentées lors du DOB, le 24 novembre dernier. La municipalité prépare un budget primitif 2026 avoisinant 280 millions d'euros (contre 281 millions d'euros en 2025).
«Il y a l'écologie dogmatique, il y a l'écologie pragmatique»
Arrive alors le tournant de la réunion publique. Plusieurs militants de Dijon avenir – mouvement citoyen engagé dans la campagne électorale sans pour autant avoir constitué une liste à ce stade – lèvent rapidement la main pour décrocher la possibilité de poser la toute première question.
Le thème de la question d'une citoyenne est alors l'action de la municipalité face à la «la crise climatique».
Face à la demande relativement ouverte, Nathalie Koenders rappelle alors les règles qui encadre l'exercice : pas de propagande politique, pas de bilan.
Toutefois, la maire de Dijon tente une réponse : «il faut lutter contre réchauffement climatique, ça se fait par de gros projets». Et de citer le projet Response dans le quartier de la Fontaine d'Ouche : «c'est du gagnant-gagnant, les habitants voient leur facture diminuer».
«Il y a l'écologie dogmatique, il y a l'écologie pragmatique où les gens voient au quotidien», cingle la socialiste en s'aventurant sur le terrain politique, induisant que l'approche de Dijon relève de la première catégorie quand celle de la majorité relèverait de la seconde.
L'attractivité du territoire, «un enjeu très secondaire» pour Dijon avenir
Vient le moment de la deuxième question, après quelques secondes durant lesquelles aucune main ne se lève, un autre militant de Dijon avenir tente sa chance en abordant le sujet de l'isolation thermique des logements.
Sauf que la prise de parole ne se transforme pas en question mais en proposition politique. Le militant incite à «mobiliser 5 millions d'euros annuels pour la rénovation thermique» en prenant les budgets sur l'attractivité du territoire vue comme «un enjeu très secondaire».
Nathalie Koenders interrompt la réunion
Devant ce qui devient un temps de campagne, Nathalie Koenders interrompt l'intervenant, applaudie par une partie de la salle, et arrête la réunion qui aura duré une heure.
«Il y a beaucoup d'habitants qui sont là pour écouter le budget, qui, ensuite, le moment venu, seront là pour faire des choix. Je n'ai pas fait de politique parce qu'on n'est pas là pour ça, j'ai souhaité quand même maintenir ces réunions parce que c'est le budget des Dijonnaises et des Dijonnais donc je ne souhaite pas que ce soit comme ça», explique-t-elle. «Je suis désolé pour les habitants qui avaient vraiment des bonnes questions, ils vont venir me poser des questions. Vous voyez, cette réunion est pourrie par certains.»
Plusieurs participants quittent rapidement la salle, visiblement mécontents, soit de la tournure des événements, soit de l'absence de verre de l'amitié. D'autres, une dizaine de personnes, s'approchent alors de la maire de Dijon pour évoquer durant une quinzaine de minutes des cas particuliers ou partager des réflexions générales.
Les prochaines réunions publiques sur les orientations budgétaires sont programmées, le jeudi 4 décembre à 18 heures 30, salle Devosge, au centre-ville, et le samedi 6 décembre à 10 heures, gymnase François Chambelland, rue Olympe de Gouges, dans le quartier Junot.
Jean-Christophe Tardivon



























