
En conseil municipal, ce lundi 21 septembre, la maire de Dijon a annoncé la création de «refuges climatiques» et la mobilisation de 6 millions d'euros pour financer des travaux spécifiques dans les écoles publiques. Le principal groupe d'opposition a fustigé un «coup de comm'».

Sécheresse, risque incendie, fragilisations de l'agriculture, de l'économie et de certaines infrastructures... les vagues de fortes chaleurs qui se sont succédé de mai à septembre ont mis à l'épreuve les individus et l'environnement.
Des éléments de réponse à la situation sanitaire et sociale ont déjà été avancés par la Ville de Dijon au gré des semaines. Toutefois, ce lundi 21 septembre, lors d'un conseil municipal, Nathalie Koenders (PS), maire de Dijon, a annoncé un plan d'action pour 2027 et les années suivantes.
«Nous avons le devoir d'agir» face au changement climatique
En abordant elle-même les premiers dossiers de la session, Nathalie Koenders rappelle que l'agglomération dijonnaise a été particulièrement marquée par le feu de forêt qui s'est déployé sur les communes de Couchey et de Marsannay-la-Côte, du 29 juillet au 3 août, ainsi que par l'épisode de grêle, survenu le 15 juillet dernier.
La maire de Dijon envisage donc de «poursuivre l'adaptation de notre ville au changement climatique et de mieux nous organiser aux épisodes pour faire face aux épisodes caniculaires successifs».
À la Métropole l'atténuation, à la Ville l'adaptation
«Nous avons le devoir d'agir», assure la socialiste qui développe son propos en abordant l'atténuation au changement puis l'adaptation à ce phénomène.
En ce qui concerne l'atténuation du changement climatique, celle qui est également première vice-présidente de la Métropole de Dijon renvoie principalement aux actions cette dernière collectivité pour réduire les émissions de gaz à effet de serre avec notamment l'extension du tramway, la mise en place d'un réseau de chaleur et la réduction de la consommation d'énergie.
En matière d'adaptation, la maire de Dijon fait le bilan des actions menées cette année en commençant par celles qui s'inscrivent dans un plan pluriannuel comme la rénovation progressive des écoles.
«Cette année, une étape a été franchie en faisant évoluer nos services», signale cependant Nathalie Koenders, «nous avons ouvert des lieux de fraîcheur accessibles à la population – comme le théâtre des Feuillants et l'Atrium –, et les horaires de certaines activités et manifestations ont été adaptés». En 11 jours, le théâtre des Feuillants a accueilli 863 personnes. La fréquentation des piscines municipales a bondi de près de 30%.
«On a renforcé l'accompagnement des personnes les plus fragiles», poursuit la première édile qui insiste sur les écoles publiques : «dans les écoles, des mesures ont été prises pour atténuer les effets des fortes chaleurs». «Elles ont permis d'améliorer les conditions d'accueil.»
«Nous devons encore progresser pour garantir de bonnes conditions de travail et d'accueil lorsque les températures deviennent extrêmes et interviennent de plus en plus tôt dans l'année», concède-t-elle.
Vers la création de cinq à dix «bulles vertes» par an
Pour 2027, l'objectif de l'exécutif dijonnais est de «renforcer l'existant» et de «développer de nouvelle réponses» et «rendre progressivement notre ville plus résiliente».
La première mesures citées consiste à «végétaliser la ville» en créant des «bulles vertes». Déjà évoquées en juin, il s'agit de réhabiliter cinq à dix emplacements par an pour atteindre une cinquantaine de sites, majoritairement sur le domaine public : parkings, placettes, délaissés, etc.
Le dispositif avait été présenté en session, le 24 juin dernier. Selon la municipalité, il s'agit de «garantir à chaque habitant un accès, à moins de dix minutes de marche, à un espace de proximité favorable à son bien-être».
«Ce programme s’appuie en particulier sur un principe de désimperméabilisation des sols, en articulation avec les stratégies globales de gestion et d’infiltration des eaux pluviales», précisaient les services. «Les abords des équipements publics, et en particulier des établissements scolaires, devront faire l’objet d’une végétalisation prioritaire dans le cadre d’opérations d’aménagement ou de requalification concertées dès lors que les conditions techniques sont favorables.»
Lorsque «la végétalisation ne sera pas possible», des ombrières devraient être installées. Ainsi, «les ombrages seront renforcés également sur la plage du lac Kir».
Vers un «refuge climatique» dans chaque quartier
Dans la foulée, Nathalie Koenders annonce «de nouvelles possibilités d'accès à l'Ouche, et l'ouverture d'un «refuge climatique», «gratuit et accessible à tous», avec, dans chaque quartier, «une salle climatisée ou rafraîchie», sur le modèle de ce qui s'est fait au théâtre des Feuillants.
Dans le même esprit, la municipalité réfléchit à l'ouverture des parcs et jardins « toute la nuit ». Parallèlement, l'exécutif dijonnais prévoit d'instaurer un nouveau plan de gestion pour les grands parcs en raison de l'état de santé des arbres.
Lors de vagues de chaleur, des horaires de services devraient être adaptés et la gratuité mise en place pour accéder aux piscines municipales lorsque «certains seuils de vigilance sont atteints».
6 millions d'euros supplémentaires pour le «confort d'été» des écoles publiques
Un Plan ministériel de gestion des vagues de chaleur de l'Éducation nationale prévoit un diagnostic bâtimentaire des écoles publiques.
Dans ce cadre, Nathalie Koenders annonce la mobilisation de 6 millions d'euros pour le «confort d'été» des écoles publiques comprenant l'occultation de fenêtres, l'installation de climatiseurs fixes dans au moins une salle de chaque école – en remplacement des climatiseurs mobiles positionnés ces derniers mois – et la généralisation de brasseurs d'air.
Un «lieu dédié» rafraîchi pour les personnes vulnérables
La maire de Dijon prévoit de «mieux repérer et accompagner les personnes vulnérables», notamment grâce au relais des associations de quartier, qui bénéficieront d'«un lieu dédié pour accéder à de la fraîcheur adapté» lors «des périodes de canicules les plus intenses».
Mise en place d'«une réserve communale de sécurité civile»
Sur un plan plus institutionnel, le plan communal de sauvegarde sera revu pour «mieux anticiper la gestion de crise» avec un volet dédié aux épisodes caniculaires et la mise en place d'une réserve communale de sécurité civile, un engagement de campagne.
L'exécutif prévoit d'«étudier de nouveaux dispositifs pour renforcer la lutte contre les incendies» et d'«amplifier la communication de prévention etde protection».
«Tous ces axes ont un même objectif : accélérer l'adaptation de notre ville au changement climatique», résume Nathalie Koenders, «nous devons aller encore plus loin, encore plus vite».
Axel Sibert fustige un «coup de comm'»
Au nom du groupe Agir pour Dijon, droite, centre et indépendants, Axel Sibert (LR) appelle l'exécutif dijonnais appelle à «revoir la programmation et l'amplitude des autorisations de programme [des écoles] sinon ce n'est qu'un effet d'annonce». «Vous n'avez pas anticipé avant l'été alors que c'est de votre responsabilité d'assurer de bonnes conditions d'accueil des élèves !»
«L'urbanisation amplifie le phénomène», analyse l'opposant qui fustige «le canyon urbain de Chenôve à l'avenue de Langres [à Dijon]». «Ça fait 25 ans que vous urbanisez la ville avec votre prédécesseur.»
Considérant que la présentation du plan d'action relève d'un «coup de comm'», l'élu gaulliste déplore que «ce rapport ne soit pas travaillé à l'échelle de la métropole». «Nous appelons à la révision du plan local d'urbanisme qui devra s'appuyer sur une cartographie thermique».
«Il n'y a rien qui concerne l'investissement dans nos bâtiments municipaux et donc dans les conditions de travail de nos agents», vitupère Axel Sibert à propos du personnel de la Ville de Dijon.
L'opposant poursuit en demandant des précisions concernant les «bulles vertes» qu'il n'obtiendra pas. «Nous devons mesurer le résultat dans le quotidien des Dijonnais», revendique-t-il à propos de l'ensemble des mesures.
«On a été élus pour six ans, on va mettre en place le programme»
Après avoir rappelé que «71% de la population habite à moins de 5 minutes d'un espace vert», Nathalie Koenders renvoie globalement au futur avec de prochaines Assises de l'architecture et rappelle son engagement de soutenir une démarche de révision du PLUi-HD métropolitain. «On a été élus pour six ans, voire sept, on va mettre en place le programme.»
«Le végétal ne peut être notre principal réponse et doit être complété par des solutions techniques», glisse Marien Lovichi (Modem) au nom du groupe Les Centristes Dijon, Modem. Le soutien de l'exécutif dijonnaise vante les effets de «bioclimatisation» des systèmes adiabatiques, notamment pour les équipements sportifs scolaires.
Au nom du groupe Dijon écologie, Patrice Chateau (GE) appelle à «planter davantage d'arbres», «créer de nouveaux espaces ombragés», «mieux gérer l'eau» et «renforcer la protection des publics les plus exposés».
Au moment du vote, seul le groupe d'opposition Agir pour Dijon ne participe pas au vote, sauf Sabine Baillot (AD), Laurence Gerbet (NC) et Clémence Houard (AD) qui s'abstiennent. Le plan d'action est donc adopté à une large majorité.
Jean-Christophe Tardivon





