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14/05/2020 19:55

DIJON : «On apprend de nouvelles choses qui nous permettent de vivre pleinement les valeurs de la République» selon la directrice de l'école élémentaire Nord

Un cas d'école à Dijon ce jeudi 14 mai 2020 pour mettre à l'épreuve le protocole sanitaire national lors de la rentrée scolaire. La directrice Michèle Colas aborde le renouveau du métier, pense aux élèves restés à domicile et évoque le déroulé des récréations.
L'école élémentaire Nord comprend huit classes rassemblant 190 élèves. Ce jeudi 14 mai 2020, seuls trente élèves ont fait leur rentrée. L'établissement est dirigée par Michèle Colas qui a répondu aux questions d'Infos Dijon. Michèle Colas est aussi formatrice à l'institut des professeurs d'école.

Dans les locaux situés près de la place de la République, interviennent douze enseignants, une professeure spécialisée du Réseau d'aides spécialisées aux élèves en difficulté (RASED), un service civique et un accompagnant d'enfant en situation de handicap (AESH) ainsi qu'une psychologue scolaire et une infirmière scolaire mutualisées avec le secteur.

L'équipe compte aussi des personnels municipaux : quatre agents d'entretien, quatre agents de restauration scolaire et trois agents périscolaires. Une dizaine d'autres personnels périscolaires participent à la pause méridienne et aux temps périscolaires le soir.

Pour ne pas être plus de dix adultes dans une même pièce, tout le monde n'a pas participé à la pré-rentrée des 11 et 12 mai derniers mais la directrice a réuni l'ensemble des personnels en visioconférence.

«Je porte aussi dans mon cœur les 160 élèves qui sont à la maison»


Comment abordez-vous cette rentrée ?

«Ça fait soixante jours qu'on invente un nouveau métier. Ça fait soixante jour que notre métier de prof est différent, que mon métier de directrice est différent. On a renforcé le lien avec les familles. On est remercié, ça fait plaisir, ça nous redonne du dynamisme.»

«À l'école, on apprend des choses. En ce moment, on apprend de nouvelles choses qui nous permettent de vivre pleinement les valeurs de la République. Jusqu'alors, s'intéresser à l'autre, c'était le câliner, c'était le prendre par la main, c'était le consoler. Aujourd'hui, c'est différent, si je veux respecter l'autre, je dois rester à un mètre de lui, je dois communiquer avec mes yeux. Toutes ces dimensions-là, c'est capital.»

«Pour nous les enseignants, c'est notre rôle de faire passer les valeurs qui iront dans les familles et des familles, ce sera dans la rue. Si on gagne ça, on gagnera globalement ce que l'on veut faire : de nos petits êtres, on en fait des citoyens qui deviendront responsables.»

«Ça fait aussi soixante jours qu'on réinvente nos relations entre l'équipe pédagogique. On s'est vu très régulièrement en visio. On a appris plein de choses ! Je ne savais pas faire une visio avant. Une équipe de circonscription, l'inspecteur nous a réuni régulièrement. Ce sont des moments important, on ne se sentait pas seul. Les liens réguliers avec la mairie nous ont permis de conjuguer nos efforts pour faire cette rentrée 2020 un peu différente et dont on se rappellera !»

«Aujourd'hui, il y a une trentaine d'élèves dans l'école mais je porte aussi dans mon cœur les 160 qui sont à la maison. J'ai communiqué pendant soixante jours avec tous. Je vais aller cliquer sur mon ordinateur pour leur parler à tous. Je n'ai pas trente élèves aujourd'hui, j'en ai 190, comme d'habitude.»

«On se fait confiance, tous»


Comment avez-vous perçu l'état d'esprit des familles ?

«On a échangé sur nos doutes, on a échangé sur ce qu'on mettait en place et pourquoi on le faisait. On a échangé étape par étape. On a tout dit. Individuellement, les parents étaient parfaitement au courant des conditions dans lesquelles leur enfant allaient être accueilli. Il y a un mot qui est fort en ce moment, c'est confiance. On se fait confiance, tous. La confiance ne passe que par la transparence.»

«Chaque professeur a vraiment énormément communiquer avec chaque parent de sa classe. Les huits profs insistent sur le fait que les relations parents-enseignants ont vraiment évolué positivement. Elles ont été en transparence.»

«On a imaginé des jeux où ils pourront être séparés les uns des autres»


Comment ont réagi les enfants ?

«J'ai vu une enfant avec quelques larmes mais elle les avait déjà avant. Je crois qu'ils sont arrivés tels qu'ils sont d'habitude.»

Comment allez-vous gérer le port de masque par certains élèves alors que ce n'est pas une recommandation du ministère de l’Éducation nationale ?

«Certaines familles nous avaient dit 'mon enfant va venir masqué'. (…) Ça dépend de ce que les parents ont construit à la maison. Si les enfants se sont déjà entraînés à le mettre pendant quatre heure d'affilée, ça va aller, sinon, ça va être compliqué. Normalement, les distances que l'on a faites ne nécessitent pas qu'ils soient masqués à l'école.»

Des situations d'enfant isolés dans un carré tracé au sol de la cour ont fait réagir sur les réseaux sociaux. Comment vont se passer les récréations dans votre école ?

«Il est vrai que de voir des enfants assis dans un carré au milieu d'une cour fait plutôt pleurer. Pour le coup, on est loin de que doit être l'école.»

«Comme la rentrée était échelonnée. Les récrés sont échelonnées. Les récrés sont l'opportunité d'aller aux toilettes. C'est terre à terre mais il faut le faire. Ils ont de nouveau des étoiles [tracées au sol] où ils vont attendre pour aller jusqu'aux toilettes. Le service civique assurera cette surveillance des toilettes puisqu'ils y entreront un par un.»

«On a imaginé des jeux où ils pourront être séparés les uns des autres. Il ne faudra pas jouer au loup. On a la marelle. Il faut qu'ils bougent.»

Propos recueillis par Jean-Christophe Tardivon

La rentrée de l'école élémentaire Nord


Le point de vue du rectorat



Michèle Colas, directrice de l'école élémentaire Nord à Dijon et formatrice à l'institut des professeurs d'école


Surveillance d'une récréation lors de la rentrée scolaire du 14 mai 2020