
«Les réunions et les paroles, c’est très bien. Mais ce qu’on attend maintenant, ce sont des actes. Ça fait vingt ans qu’on nous mène en bateau, ça suffit», ont exprimé les agriculteurs de la FNSEA et des JA, ce jeudi 15 janvier, au préfet Paul Mourier.

Ce jeudi 15 janvier 2026, des agriculteurs venus de toute la Côte-d’Or et de la région Bourgogne-Franche-Comté ont manifesté à Dijon, à l'appel de la FRSEA et des Jeunes Agriculteurs, pour dénoncer la multiplication des normes, la pression administrative et la concurrence étrangère. Parmi eux, nous avons retrouvé Florian Moreau, Président des Jeunes Agriculteurs Genlis-Auxonne, avec qui nous avons pu échanger.
« Aujourd’hui, on est à Dijon pour un tas de raisons », explique Florian Moreau. « Notamment le Mercosur, les aides de la PAC en baisse, les contrôles par les différents organismes qui ont souvent été à charge. » Les agriculteurs réclament avant tout un changement de cap. « On aimerait que ça change et une simplification de toutes les contraintes qu’on nous impose. »
L’accord commercial avec les pays du Mercosur cristallise une grande partie des inquiétudes. « Il y a plusieurs ressentis, il y a de l’inquiétude et aussi de l’énervement », confie Florian Moreau. « En France on nous impose un tas de normes différentes et de plus en plus contraignantes. » Selon lui, la Politique agricole commune devait justement compenser ces exigences. « La PAC devait baisser le prix de revient de l’alimentation pour le consommateur. »
Mais sur le terrain, le constat est amer. « On a l’impression qu’on ne va pas se gêner pour apporter de l’étranger de la nourriture qui n'est pas du tout faite avec les mêmes normes que chez nous. »
Une situation vécue comme profondément injuste. « C’est assez rageant et assez pénible, parce qu’on essaye de faire bien, de produire bien, de produire vert », poursuit-il. « Et au final, on se rend compte que les politiques nous imposent des règles chez nous, mais ça ne les dérange pas d’acheter à l’étranger. »
Au cours de la journée, les manifestants ont rencontré plusieurs responsables politiques. « On nous dit qu’ils sont avec nous, que les gens sont avec nous, qu’on est assez soutenus », rapporte Florian Moreau. « Par contre, ce qu’on ne comprend pas, c’est que quand on va en manifestation comme ça, tous les politiques sont d’accord avec nous. » Un constat qui lasse. « Ils ont beau être d’accord avec nous, on ne voit rien qui avance dans le sens qu’on demande. À chaque fois, ce n’est pas de leur faute. »
Échanges tendus avec la DREAL : « On ne peut pas continuer comme ça »
Lors de la mobilisation, les Jeunes Agriculteurs ont également interpellé le directeur de la DREAL Bourgogne-Franche-Comté. Un échange franc et parfois tendu, porté notamment par Thomas Lemée, président des Jeunes Agriculteurs BFC, autour des zones vulnérables, de la directive nitrates et des normes environnementales.
D’entrée, Thomas Lemée pose le contexte. « Vous n’êtes pas sans savoir qu’on est en train de nous imposer le Mercosur et qu’on n’en peut plus de toutes ces normes et de ces contraintes. » La demande est claire : « Si vous êtes à notre écoute, je vous demande aujourd’hui que vous vous engagiez à ce qu’aucune commune de Bourgogne-Franche-Comté ne rentre en zone vulnérable. »
Le président des Jeunes Agriculteurs dénonce un sentiment d’injustice. « On ne peut pas continuer de mettre des contraintes aux agriculteurs, fermer les yeux sur ce qui arrive de l’étranger sans aucune norme, et en même temps continuer à regarder à quelques milligrammes près sur nos exploitations. » Et d’ajouter : « J’aimerais que vous disiez aujourd’hui : “On vous a compris, on arrête de mettre des normes et des contraintes aux agriculteurs.” »
En réponse, le directeur de la DREAL rappelle que « certaines zones présentent des sujets de nitrates » et évoque un travail « au cas par cas », commune par commune, citant « des expérimentations dans le Jura ou en Saône-et-Loire ».
Une réponse qui ne convainc pas Thomas Lemée. « Vous nous parlez de projets sur l’eau depuis des années, mais il ne sort rien. On ne voit pas un stockage d’eau, pas une réserve qui sort. Ce qui va avancer, ce sont les classements des communes en zones vulnérables », déplore-t-il. « On va demander des investissements majeurs aux exploitations pour un résultat qui n’avance pas. »
La colère s’exprime sans détour. « Le ras-le-bol des agriculteurs, vous ne l’entendez pas », lance-t-il encore. « À chaque fois, on baisse les seuils, on durcit les analyses et on nous impose des normes toujours plus drastiques. Il faut arrêter. » Et de rappeler le contexte international : « On signe un Mercosur avec de la viande produite sans normes, avec des hormones de croissance, et ici on continue à regarder si c’est 17, 18 ou 20 mg. Arrêtez monsieur le Directeur ! Les agriculteurs travaillent bien dans notre région prenez-en soin ! » et poursuit « Écoutez les agriculteurs qui en ont marre, on peut pas continuer de nous mettre des normes ! On ne peut plus continuer de mettre des normes à des agriculteurs qui n'arrivent plus à boucler leur fin de mois ! Prenez vos responsabilité ! »
À défaut d’un engagement immédiat, Thomas Lemée demande au moins un relais clair. « Engagez-vous à faire remonter la détresse que vous voyez aujourd’hui, notamment celle des jeunes agriculteurs. Il y a des exploitations en grande difficulté, en particulier dans la filière céréalière. »
Le directeur de la DREAL finit par s’engager sur ce point. « Je m’engage à faire remonter tout ce que vous avez dit », assure-t-il...
« Les paroles, c’est bien, mais ce qu’on attend, ce sont des actes »
En fin de journée, le préfet de région Paul Mourier s'est rendu Place de la République où les agriculteurs l'attendaient.
Les revendications ont été répétées. « On a besoin que les contrôles et les sanctions s’arrêtent sur nos exploitations, on a besoin de liberté pour entreprendre », martèlent les agriculteurs. Certains pointent des situations jugées incohérentes. « C’est incroyable que des rayons d’oeufs soient vides alors que c’est un parcours du combattant pour monter un poulailler, alors qu’il y a le besoin et la rentabilité dans les fermes, mais que les difficultés administratives empêchent d’investir. »
La filière céréalière est également au coeur des inquiétudes. « Les résultats de 2025 sont négatifs : il manque 150 euros par hectare sur les exploitations céréalières », alertent les représentants agricoles. « En clair, les agriculteurs céréaliers ne sont pas payés. » Ils demandent l’application de la loi EGalim. « On a une loi qui existe, mais qui n’est pas appliquée. Il faut au moins un prix rémunérateur pour ramener de la pérennité dans les exploitations. »
Le préfet reconnaît la colère et assure entendre les revendications. « Vous attendez qu’au-delà des engagements, ça se traduise par des décisions concrètes », concède-t-il, annonçant notamment une future « loi d’exception » voulue par le Premier ministre. Il s’engage également à relayer les demandes de la profession au niveau national.
Avant la dispersion, les agriculteurs rappellent l’essentiel. « Les réunions et les paroles, c’est très bien. Mais ce qu’on attend maintenant, ce sont des actes. Ça fait vingt ans qu’on nous mène en bateau, ça suffit. » Une mobilisation de plus pour une profession qui dit vouloir continuer à se battre pour la survie et l’avenir de l’agriculture française.
Il est important de noter que la manifestation, même si le dialogue a pu être tendu, s'est déroulée dans le calme, avec des agriculteurs voulant se faire entendre sans casse, et surtout des agriculteurs toujours aussi applaudis par les Dijonnais tout au long de la journée.
Manon Bollery
Photos ©Manon Bollery




































































































