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26/06/2024 13:42

DIJON : Opération «collège mort» à Montchapet pour préserver une classe de sixième

Plus de 90% des élèves étaient absents, ce mercredi 26 juin, afin de protester contre la réforme des groupes de niveaux et la suppression d'une classe de 6ème.
La carte scolaire s'invite dans le débat des législatives. La campagne électorale offrant une caisse de résonance particulière aux différentes contestations de suppression de postes ou de fermetures de classe dans les établissements scolaires, comme à chaque fois qu'un rectorat ajuste, en juin, la carte scolaire en vue de la rentrée de septembre.

Ce mercredi 26 juin 2024, au collège Montchapet, à Dijon, les parents d'élèves des deux listes – une sans étiquette et une relevant de la Fédération des parents d'élèves de l'enseignement public (PEEP) – ont appelé à une journée «collège mort» alors que le rectorat de l'académie de Dijon leur a annoncé une baisse de moyens d'enseignement conduisant à la fermeture d'une classe de 6ème.


Une vingtaine de parents d'élèves et de professeurs se sont rassemblés devant la cité scolaire durant un inter-cours pour exprimer leurs revendications. Ils ont reçu le soutien de Didier Martin (REN), député sortant et candidat de la majorité présidentielle sur la première circonscription, François-Xavier Dugourd (LR, NE), vice-président du conseil départemental de la Côte-d'Or et candidat des Républicains non-Ciotti, et de Sladana Zivkovic (PS, PP), adjointe au maire de Dijon et candidat dissidente se revendiquant toutefois du Nouveau Front populaire.

Baisse tendancielle des effectifs de 6ème au collège Montchapet


Le collège Montchapet comptait 435 à la rentrée 2023 – dont 102 élèves de 6ème – et en attend environ 400 à la rentrée de septembre 2024 – dont 75 en 6ème. La baisse des effectifs de 6ème est tendancielle depuis plusieurs années.

La majeure partie des élèves viennent du quartier Montchapet, les familles du quartier Victor Hugo étant partagées entre ce collège et le collège Marcelle Pardé, situé rue Condorcet. Quelques-uns viennent de Fontaine-lès-Dijon ainsi que de communes péri-urbaines du nord de Dijon.

En 2023, les familles avaient déjà protesté contre la suppression de deux postes d'enseignant et la fermeture de deux classes, une en 4ème et une en 6ème. Finalement, la classe de 6ème avait été préservée ainsi qu'un poste en enseignement technologique.

Ce mercredi, les parents d'élèves font part d'une absence à plus de 90% des élèves, confirmée par la cour déserte durant l'inter-cours.

«On revient plus fatigué d'une journée à 30 élèves que d'une journée à 20», notent les parents d'élèves


«Nous avons mobilisés tous les parents pour ne pas envoyer leurs enfants au collège aujourd'hui pour protester contre et contre le choc des savoirs et contre la fermeture d'une classe de 6ème. (…) Il y a deux réformes qui s'entrechoquent», analyse Élodie Bailly, parent d'élèves élue sans étiquette au conseil d'administration du collège Montchatet. «Déjà, le choc des savoirs n'est pas une réforme constructive car c'est une classe hétérogène qui va permettre d'aider les enfants au mieux ; scinder les classes, faire des groupes de niveau, c'est stigmatiser les plus fragiles. Pour nous, le biais majeur pour un meilleur apprentissage, c'est l'allègement des effectifs !»

«Les élèves ont testé des classes à petits effectifs et des classes à gros effectifs. Ils le disent tous : on revient plus fatigué d'une journée à 30 élèves que d'une journée à 20», explique-t-elle. «En fermant une classe de 6ème, on va se retrouver avec des effectifs à 26, c'est énorme !»

«La baisse des effectifs [du collège] est plutôt une aubaine pour diminuer les effectifs et pas supprimer des classes entières», proteste-t-elle. «[En 2023], les élèves de 5ème étaient 21, on a supprimé une classe lors de leur passage en 4ème, et cette année, ils étaient 30.»

Les indices du niveau socio-économiques des familles seraient «à revoir»


«Le phénomène touche tous les territoires», alerte Élodie Bailly qui se refuse à «opposer» les zones rurales aux zones urbaines. «Il y a des fermetures de classes dans les collèges ruraux, il y a des fermetures de classes dans les collèges urbains.»

La représentante des parents d'élèves déplore que le rectorat mette en avant «un IPS élevé», l'indice de niveau socio-économique des familles, et «des résultats des évaluations très bons» pour justifier les fermetures de classes au collège Montchapet.

«[Le rectorat] ne prend pas en compte la mixité sociale qui existe à Montchapet comme dans tous les établissements urbains», fustige-t-elle, «avec ces IPS très élevé, on a tendance à plus supprimer de moyens dans ces collèges réputés favorisés et d'enlever moins de dotations à des collèges dans des zones qui seraient plus en difficulté». «Ce qui est entendable mais les IPS sur lesquels se base le rectorat aujourd'hui sont complètement à revoir. (…) Ils ne reflètent plus la réalité sociale de Montchapet.»

La demande de prendre en compte les élèves non-francophones


Par ailleurs, l'établissement est doté d'une unité pédagogique pour élèves allophones arrivants (UPE2A) qui prend en charge de jeunes migrants se présentant comme mineurs afin de leur apprendre le français.

Orientés en 5ème par le Centre académique pour la scolarisation des élèves allophones nouvellement arrivés (CASNAV), leur maturité fait qu'ils sont généralement intégrés aux classes de 3ème mais sans être comptés comme tels par les instances académiques définissant la carte scolaire.

«Ils ont un vrai besoin d'accompagnement individuel qui est chronophage», indique Élodie Bailly, «ce n'est pas en augmentant nos effectifs [par classe] et en baissant notre dotation horaire qu'on va y arriver».

Didier Martin «soutient» la demande de réouverture de la classe fermée


«Vous avez des arguments, je les connais bien puisqu'on a eu l'occasion d'échanger», réagit Didier Martin, «c'est l'avenir de nos enfants alors que la 6ème est une classe très sensible». «Je suis venu vous apporter mon soutien pour cette réouverture.»

Le député sortant met en avant les autres établissements du secteur : «[au collège] Boris Vian, à Talant, il y a une possibilité d’adsorber 100 à 150 élèves supplémentaires». «Je défends aussi Boris Vian qui a une équipe [éducative] très motivée, qui fait des choses très intéressantes, en particulier sur l'école inclusive et les enfants en situation de handicap.»

«Il y a [au collège Montchapet] des demandes de dérogations», constate-t-il, appelant à «équilibrer entre les différentes établissements publics» du secteur géographique comme les collèges André Malraux et Gaston Bachelard

«L'éducation est l'urgence de la législature qui vient», selon Sladana Zivkovic


«Je veux témoigner tout mon soutien à la communauté éducative de cette établissement», réagit Sladana Zivkovic, représentant la Ville de Dijon au sein du conseil d'administration collège Gaston Bachelard et également parent d'élève.

La socialiste pointe «le manque d'ambition et de vision sur l'éducation [du gouvernement]». «C'est l'urgence de la législature qui vient.»

«Je porte une ambition pour l'enseignement public», revendique Sladana Zivkovic, «l'enseignement privé devrait aussi être soumis à un objectif de mixité sociale pour pallier le déséquilibre». «L'enseignement public souffre d'une précarisation depuis des années, en particulier depuis le gouvernement Macron.»

La candidate proposer d'affecter aux établissements scolaires «plus de moyens», notamment associés aux classes UPE2A.

«Dans de nombreuses écoles, on souligne les mêmes problème : le manque de personnels, également [accompagnants des élèves en situation de handicap (AESH)] et travailleurs sociaux , dans des établissements déjà surchargés», insiste Sladana Zivkovic.

«Le choc des savoirs, c'est encore de la communication», critique la socialiste, «les professeurs n'attendent pas des formules de communication pour faire des groupes pour tirer les élèves vers le haut, surtout dans le public». «Là, ce que [le gouvernement] a essayé d'instaurer, c'est encore la compétition entre les élèves avec une charge d'organisation supplémentaire pour les professeurs qui font déjà au mieux pour travailler en petits groupes.»

François-Xavier Dugourd note un transfert d'élèves entre le public et le privé


«On constate depuis plusieurs années la baisse des moyens du collège», déplore François-Xavier Dugourd qui représente le Département de la Côte-d'Or au sein du conseil d'administration du collège Montchapet où il s'oppose régulièrement à ces diminutions de dotation horaire.

«On ne peut pas faire un enseignement de qualité et, en particulier, vouloir aider les plus fragiles, en particulier les enfants de migrants qui arrivent ici, si on réduit les dotations», analyse l'élu des Républicains.

«Il y a un cercle vicieux : quand il y a une réduction de moyens dans l'enseignement public, un certain nombre de parents se tournent vers l'enseignement privé parce que, au niveau du personnel, il y a beaucoup plus de moyens», estime-t-il en signalant que le collège Saint-François voisin compte neuf classes de 6ème.

Durant les échanges, un professeur relève que «le privé n'a pas les mêmes obligations que le public» tandis qu’Élodie Bailly signale que, lors des journées portes ouvertes, certaines familles ayant des enfants scolarisé dans l'enseignement privé envisage de revenir vers l'enseignement public tellement les effectifs par classe ont augmenté dans le privé.

«Pas d'économie sur l'enseignement», revendique François-Xavier Dugourd


«On a une situation des comptes publics particulièrement inquiétante», enchaîne François-Xavier Dugourd, «on a des économies à faire». «[Les Républicains] ont un plan d'économie des dépenses publiques mais ce n'est certainement pas sur l'enseignement qu'il faut le faire, ni sur la police. Il y a des secteurs qui sont, non seulement, à sauvegarder mais, parfois, à en augmenter les moyens.»

«Le collège Montchapet présente un grand intérêt : c'est une cité scolaire avec un lycée», souligne l'élu départemental, «depuis des années, il y a un travail de synergie qui est fait entre le collège et le lycée».

«L'aménagement du territoire, c'est aussi en ville et des quartiers ont besoin de collège», estime-t-il, «le collège est aussi un lieu de vie, d'animation du quartier».

Le rectorat défend l'école comme «levier d'aménagement du territoire»


Face aux différentes mobilisations, le gouvernement met en avant l'augmentation de 29% du budget de l’Éducation nationale depuis 2017, en partie liée à des revalorisations de rémunération des enseignants.

En revanche, les syndicats critiquent une baisse tendancielle du nombre d'enseignants en France, dans le public, passant de 725.000 en 2018 à 713.000 en 2022.

De son côté, le recteur de l'académie de Dijon défend l'école comme «levier d'aménagement du territoire» avec une attention particulière portée aux zones rurales, à l'échelle académique, ce qui concerne tout particulièrement la Nièvre (lire notre article).

«Le quartier se redynamise un peu», soulignent les parents d'élèves


«Le quartier se redynamise un peu, des ensembles immobiliers sont en construction», note Élodie Bailly -t-elle en espérant que des familles aient des enfants à inscrire au collège. «Ça va rajeunir le quartier.»

«Nous sommes ravis que les élus se soient mobilisés», conclut-elle à la fin de ce bref rassemblement. La mobilisation devrait continuer sous la forme de courriers et de pétitions adressés au rectorat de l'académie de Dijon pour obtenir le maintien de cette classe de sixième.

Jean-Christophe Tardivon

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