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09/09/2020 15:21

DIJON : Plaidoyer pour la culture au Théâtre Dijon Bourgogne

La présentation de la saison 2020-2021 du centre dramatique national a permis à son directeur et ses partenaires institutionnels, le maire de Dijon François Rebsamen notamment, de délivrer des messages engagés pour la culture.

C’était malgré tout un moment fort pour le Théâtre Dijon Bourgogne lundi en début de soirée. Malgré tout car les 280 places de la salle de spectacles ne pouvaient pas toutes être occupées. Les mesures de distanciation physique s’imposaient ainsi que le port du masque.

«Nous vivons une période particulière. Ça va être comme ça pendant un certain temps… Les gens sur scène joueront sans masque et c’est heureux par les temps qui viennent», a lâché le directeur du TDB, Benoît Lambert.

«Ce qui se joue ici, c’est rester un pays de culture»


Avant d’entrer dans la présentation concrète de la saison 2020-2021, ce début de soirée avait un ton de plaidoyer pour la culture. «La crise est terrible, particulièrement pour le secteur de la culture. Ce qui se joue ici, c’est rester un pays de culture. La France doit le rester. Et pour le rester, il faut défendre tout cet écosystème qui s’est construit et qui fait preuve d’une richesse exceptionnelle dans le domaine de la création», a commencé par rappeler le maire de Dijon et président de Dijon Métropole François Rebsamen, en tant que partenaire du théâtre public du Parvis Saint-Jean.
Création, épanouissement, inventivité, soutien aux artistes et au public, ce sont les mots qui sont revenus à plusieurs reprises dans son intervention, pour réaffirmer l’importance de la culture mais aussi justifier la subvention d’un million d’euros accordée au CDN.
Au premier rang, on pouvait noter la présence de Christine Martin, adjointe au maire en charge de la culture.

Une importance que François Rebsamen a accentuée, en déplorant en parallèle la politique du gouvernement. S’il a noté la prolongation des droits des intermittents jusqu’au 31 août 2021 - en rappelant tout de même que les progrès dans la loi pour les intermittents datent du gouvernement Hollande… - il a surtout paraphrasé le metteur en scène Olivier Py pour critiquer les «technocrates de Bercy», en lançant la remarque suivante : «Dans la relance, on met 8 milliards d’euros pour le secteur automobile, 430 millions d’euros pour le spectacle vivant… Ce n’est pas bon, il faut se réinventer. Dans le TGV, je ferais remarquer qu’on a le droit d’être l’un à côté de l’autre. Ça montre finalement le peu de place qu’on accorde au spectacle vivant dans notre pays».

«On voit bien qu’il y a une attente»


Compatissant avec des professions culturelles «dans l’expectative», en citant notamment les musiques actuelles, François Rebsamen s’est exprimé pour une culture essentielle. Les 6.000 personnes accueillies en juillet dans le cadre de la programmation estivale de la ville - «Notre été à Dijon» -, mais aussi les formes artistiques virtuelles développées durant le confinement, ont montré selon lui que la culture manquerait beaucoup si celle-ci venait à être supprimée.
«On voit bien qu’il y a une attente, qu’il faut faire en sorte que la culture puisse retrouver toute sa place dans notre cité, pour retrouver les chemins de l’émotion, du partage…», a-t-il insisté. En ajoutant : «On a ressenti cette nécessité de mieux vivre et de se demander quelles sont les attentes du public, des publics et quels sont les désirs des créateurs».

Pour cela, il serait d’autant plus préférable de repasser en vert par rapport à l’épidémie. L’occasion pour le maire de Dijon de lancer : «Il faut qu’on se mobilise tous pour expliquer que porter le masque ça va nous faire repasser en vert, c’est comme un combat qu’on engage. Pourquoi on n’arriverait pas à faire baisser le taux d’incidence si on porte le masque ? Si on le fait, c’est aussi pour la culture, le spectacle vivant».

Sur le plateau du CDN, François Rebsamen a terminé en saluant l’engagement du théâtre public dans des partenariats de territoire. Et dans cette dynamique territoriale le maire de Dijon ne s’est pas privé de tacler le Département de la Côte-d’Or vis-à-vis des aides à la culture… : «Des Départements sont les grands absents du soutien à celle-ci. Bon, on ne peut pas demander à certains de faire des choses qu’ils n’aiment pas… C’est regrettable car il y a des Départements qui agissent avec les Métropoles, mais quand il manque un partenaire c’est moins de création car c’est moins de moyens. Il faudrait expliquer à celui qui aime la campagne que la culture se répand, y compris dans les campagnes quand on y met les moyens nécessaires. C’est comme cela qu’on ouvre nos imaginaires».

«Il ne faut pas que cette crise nous amène à perdre

ce qui fait que nous sommes la France»


«On a besoin de partager pour le vivre-ensemble. Nous nous sommes retrouvés face à la Covid, face à ce vide, on a dû inventer. Dijon est une ville de culture. L’enjeu de la culture est aussi de transmettre, de nous élever, d’avoir un esprit critique. Il ne faut pas que cette crise nous amène à perdre ce qui fait que nous sommes la France», a déclaré ensuite Denis Hameau au nom de la Région Bourgogne-Franche-Comté dont il est vice-président. En notant qu’une aide de 345.000 euros au TDB a été votée cette année et que 100.000 euros supplémentaires devraient être votés en novembre en soutien aux comédiens associés à la structure.

«On est dans la ré-interrogation, mais à force de s’interroger sur l’après on ne fait pas grand chose tout de suite», a aussi livré Denis Hameau, en appréciant le choix judicieux du TDB de poser la question «Quoi maintenant ?» sur l’affiche de la saison 2020-2021 et en se montrant convaincu que «les imaginaires et les lieux de culture peuvent nous aider à gérer les transitions, à amener des transformations».

«Ici, le centre dramatique ne refermera pas»


À la défense de la culture ce lundi se sont mêlés une vigilance et un optimisme. La vigilance de faire attention à ce que la crise n’accroisse pas les inégalités d’accès à la culture. L’optimisme de voir que, malgré le contexte, la volonté de proposer des saisons artistiques et culturelles aux publics est là.

Ayant constaté que «les pouvoirs publics ont été au rendez-vous, ce qui nous a permis de continuer à travailler, à payer nos artistes, pour ne pas que la filière soit sinistrée», Benoît Lambert veut assurer : «Je suis assez confiant pour l’avenir. Je ne sens pas une menace sur la culture dans cette ville et cette région, c’est une chance. Je crains que ce ne soit pas partout pareil en France. Attention à ce que la culture ne serve pas encore plus de variable d’ajustement, surtout si les salles ne peuvent être pleines… Ici, le centre dramatique ne refermera pas. On continuera à s’adapter, à faire des choses nouvelles en fonction de la situation. Ce n’est pas qu’un théâtre, c’est une fabrique d’art. Elle est ouverte, elle reste ouverte, on sera tout le temps au travail cette saison».

«Accueillir au maximum des gens qui n’ont pas les moyens de venir au théâtre»


Pour le directeur du CDN, ça a beaucoup de sens d’accueillir Robin Renucci pour débuter la saison fin septembre, pour ce qu’il véhicule, «le partage de l’art, l’éducation artistique, l’éducation populaire»… La saison débutera aussi par deux créations, avant un festival de créations partagées avec des lycéens…

«On sera particulièrement attentifs aux publics jeunes, en continuant à nous adresser à tous», annonce Benoît Lambert. Le directeur justifie d’ailleurs la révision des tarifs, à la baisse : «Les tarifs changent. 12 euros en plein tarif et 7 euros en tarif réduit. Nous avons préféré ne pas proposer d’abonnements puisqu’il faudra certainement s’adapter au fil de la saison dans le contexte. Pourquoi baisser nos tarifs ? Notre mission, c’est d’accueillir au maximum des gens qui n’ont pas les moyens de venir au théâtre. En baissant ces tarifs, on a voulu vous simplifier la vie. On n’a pas voulu que l’argument économique soit un frein à la venue des spectateurs. C’est le public qui est subventionné dans un théâtre public. La Ville, la Région nous soutiennent pour que nous pratiquions des tarifs de place bas. C’est le sens même de leur soutien».

Alix Berthier
Photos : Alix Berthier

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