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15/12/2020 04:56

DIJON : «Quand on gère une ville, il faut savoir accepter un peu d'underground» déclare François Rebsamen

Quelques dossiers chauds ont animé le conseil municipal de ce lundi 14 décembre. Emprunts toxiques, future mosquée de la Fontaine-d'Ouche, anarchistes des Tanneries, charte de la laïcité et même le Tour de France ont amplement alimenté les débats entre la majorité et les oppositions.

Ce lundi 14 décembre, l'assemblée municipale débute par un hommage – sans minute de silence – à Valéry Giscard d'Estaing, ancien président de la République décédé le 2 décembre dernier. François Rebsamen (PS) insistant sur les lois de modernisation votées avec le soutien de la gauche.

Une autre personnalité extérieure à l'assemblée – bien vivante – sera plusieurs fois évoquée dans la soirée : Gilles Platret, membre des Républicains, maire de Chalon-sur-Saône et candidat déclaré pour la présidence du conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté. À la suite des violences urbaines de juin dernier, plusieurs sorties sur les réseaux sociaux puis un communiqué ont alimenté une tension grandissante avec François Rebsamen sur les questions de sécurité et de laïcité.

«Nous, nous avons des repas alternatifs et de substitution»

Le vendredi 11 décembre dernier, le Conseil d’État a désavoué le maire de Chalon-sur-Saône qui considérait que «le principe de laïcité interdit la prise en considération de prescriptions d’ordre religieux dans le fonctionnement d’un service public». En cassation, le Conseil d’État indique l'on ne peut se prévaloir de la laïcité pour ne pas instaurer de menus de substitution tout en rappelant que de tels menus sont facultatifs (lire le communiqué).

«Nous, nous avons des repas alternatifs et de substitution, nous nous respectons la laïcité, ce qui n'est pas le cas du maire de Chalon puisque le Conseil d’État a dit que d'avoir des repas de substitution ne constitue pas d'atteinte à la laïcité» martèle François Rebsamen. Et d'évoquer un «arroseur arrosé». François Rebsamen confirme avoir déposé plainte pour diffamation contre Gilles Platret (lire notre article).

«Où est la diffamation ?» demande Emmanuel Bichot, s'interrogeant aussi sur le fait que François Rebsamen ait qualifié de «complotiste» un site d'information «reconnu». Le groupe d'opposition Agir ensemble pour Dijon récuse le fait que cela relève de la protection fonctionnelle comme l'analyse la majorité. «La polémique dont nous parlons ne concerne pas François Rebsamen en tant que maire de Dijon mais en tant qu'homme politique» assure Laurent Bourguignat.

«On attendra le jugement du tribunal pour savoir s'il y a diffamation ou pas mais ce n'est pas ici que ça se jugera» lance François Rebsamen pour clore le sujet, au moins pour ce jour.

«Nous continuerons hélas à payer la facture des emprunts toxiques» déclare Emmanuel Bichot


Dans le droit fil du débat d'orientations budgétaires, le groupe d'opposition Agir ensemble pour Dijon fait des contre-propositions. Henri-Bénigne de Vrégille demande un abaissement de la taxe foncière qui profiterait notamment aux entreprises. «C'est particulièrement irresponsable en cette période» lui répond le maire qui a déjà évoqué l'incertitude pesant sur les budgets des collectivités locales dans le cadre de la crise sanitaire.

Une nouvelle fois, Emmanuel Bichot met en avant l'excédent d'exécution d'environ 10 millions d'euros par an depuis 2016, ce qui le fait s'interroger sur la «sincérité du budget». L'opposant note aussi que, si la masse salariale du personnel municipal est quasi-stable, les achats de prestations augmentent de 5%, ce qui traduit un recours accru à la sous-traitance. Il remarque notamment que les prestations de gardiennage s'envolent de 30% pour atteindre un million d'euros.

Concernant la tranquillité publique, Emmanuel Bichot demande à l'exécutif de recruter des fonctionnaires de catégorie B pour encadrer les policiers municipaux en mettant en avant un taux d'encadrement de 3% quand il serait en moyenne de 12% dans la France entière.

Alors que François Deseille a évoqué un passage de la dette de 104% du budget de la commune en 2001 à 67% du budget en 2019, Emmanuel Bichot pointe un «coût moyen de la dette élevé» avec 5,6 millions d'euros. Il avance un taux moyen de 4% quand ce taux serait de 2% au Département et de 2,21% en moyenne parmi les communes en France. «Nous continuerons hélas à payer la facture des emprunts toxiques avec un surcoût de 2,5 millions d'euros» déclare-t-il en conclusion de son analyse.

Stéphanie Modde demande «un budget offensif pour mettre l'économie sur les bons rails»


Pour le groupe des Écologistes et indépendants, Stéphanie Modde demande à sortir «de la demie-mesure» et en appelle à «un budget offensif pour mettre l'économie sur les bons rails» de la lutte contre le changement climatique. «Toutes les enquêtes montrent que la société est prête» indique-t-elle au maire.

En réponse, François Rebsamen revendiquera de lutter contre le changement climatique, de préserver la biodiversité, de favoriser la cohésion sociale et de travailler au développement selon des modes de production et de consommation responsables, en référence aux Objectifs de Développement Durable de l'ONU.

Celle qui est candidate déclarée aux élections régionales pour le pôle écologiste interpellera plusieurs fois dans la soirée François Deseille en considérant l'élu du Modem, partenaire de la majorité présidentielle, comme un relais en direction d'Emmanuel Macron.

À une échelle plus locale, toujours pour ce groupe d'opposition, Olivier Muller aborde une question de cause animale avec la stérilisation des chats errants. L'écologiste propose une prise en charge publique pour protéger les chats de rue. François Rebsamen rappelle que la Ville de Dijon soutient le Rassemblement des associations de protection animale ne pratiquant pas l’euthanasie libératoire (R.A.P.A.P.P.E.L.) dont fait partie le Chat libre et propose d'augmenter de 4.000 euros la participation de la commune en la fléchant pour cette association. Bien qu'inférieure à la demande initiale du groupe, la suggestion est acceptée.

«Le fait d'être anarchiste ne vous exclut pas du respect de la loi» rappelle François Rebsamen


La Ville de Dijon évoque à présent le mois de juin 2021 comme date butoir pour transformer en jardinage légal les activités de maraîchage du Quartier libre de Lentillères. «L'ultra-gauche occupe une partie, la loi sera de les expulser, pour l'instant on en est pas là, (…) ce qui est aujourd’hui en maraîchage restera en maraîchage» explique François Rebsamen. En revanche, les «petites maisonnettes» attenantes et le secteur où sont positionnées des caravanes pourraient connaître un autre sort.

Au 35-37 de la rue des Ateliers se situe un bâtiment inoccupé dont la réhabilitation devait permettre de reloger l'espace autogéré des Tanneries installé boulevard de Chicago dont le déménagement a été rendu nécessaire par l'aménagement de l'écocité Jardin des Maraîchers. L'opération a été confiée à la SPLAAD et réceptionnée en janvier 2015. Aujourd'hui, la Ville de Dijon acte la clôture du compte de résultat de l'opération en droite ligne du prévisionnel pour un total de 1,5 millions d'euros.

Au nom d'Agir ensemble pour Dijon, Caroline Jacquemard revient sur l'histoire du squat anarchiste des Tanneries : «la bienveillance à l'égard de ce groupe et son rayonnement ont créé un effet d'attraction». «Est-ce que les Dijonnais ont conscience que leurs impôts contribuent à reloger des anarchistes ?» demande-t-elle.

«Ce que vous dites n'est pas totalement faux, simplement vous avez oublié le début de l'histoire : celui qui a permis à la mouvance anarchiste de s'installer, c'est l'ancien maire» reprend François Rebsamen. «Ils ne sont plus dans l'illégalité quand ils occupent le bâtiment pour lequel il y a un bail» ajoute-t-il tout en dénonçant ceux qui investissent des propriétaires privés, des bâtiments de collectivités locales ou des propriétés de l’État.

«Le fait d'être anarchiste ne vous exclut pas du respect de la loi» poursuit le maire, «quand l'anarchie se répand avec des actes illégaux, il faut que la loi passe, je demande que justice soit rendue à ceux qui subissent des occupations illégales, c'est ce que je demande avenue de Langres».

Puis, sous forme de conseil à l'opposition, François Rebsamen déclare que «quand on gère une ville, il faut savoir accepter un peu d'underground, des choses un peu différentes, des tiers lieux, je vois que ce n'est pas du tout dans votre culture, je le comprends. (…) Ce qu'il faut essayer de faire c'est de rassembler, jamais de diviser».

Exercer le culte musulman dans «les meilleures conditions»


Le projet de construction d'une mosquée à l'extrémité nord du quartier de la Fontaine-d'Ouche s'est de nouveau invité au conseil municipal. Il s'agit, sur un délaissé de 724 m² près des terrains de foot du chemin de la Rente de la Cras, d'édifier le lieu de culte. Un permis de construire a été déposé le 22 avril dernier et affiché le 27 avril.

La mosquée sera construite par l'association El Imane qui gère actuellement la salle de prière au numéro 1 de l'allée du Doubs. La Ville cédera un bail emphytéotique de cinquante ans à cette association pour un euro du m² par an selon l'estimation de France Domaine.

François Rebsamen prend soin d'avancer des exemples concernant l'église Sainte-Bernadette (ayant fait l'objet d'un bail à 1 euro) ou d’Élisabeth de la Trinité (5,83 €). Le loyer du centre culturel Albert Decoutray est plus élevé – 16 euros – car le terrain ne se situait pas dans un délaissé. «Il est indispensable que les musulmans qui pratiquent leur culte dans la dignité puissent exercer leur culte dans les meilleures conditions» déclare François Rebsamen.

Durant les débats, pour le groupe Agir ensemble pour Dijon, Laurent Bourguignat considère que l'euro de loyer a été «calculé de façon peu convaincante, voire grotesque, par France Domaine». Un qualificatif qui fera réagir François Rebsamen au point d'insister pour qu'il soit bien inscrit au procès-verbal de l'assemblée.

«Votre comportement est indigne d'un républicain» lance alors le socialiste qui dénonce «cette manière d'attiser les haines par des comportements qui suscitent l'inquiétude, vous jouez un bien mauvais rôle, celui de stigmatiser une population». Le débat s'échauffant, le maire reprend la main sur les débats alors que deux conseillers de la majorité allaient s'exprimer sur le sujet.

Toujours pour l'opposition, Emmanuel Bichot renchérit en demandant à ce que l'affectataire soit une association cultuelle relevant de la loi de 1905 tandis que El Imane est une association régie par la loi de 1901. Le Républicain regrette «un manque de transparence, jamais ce projet n'avait été évoqué publiquement».

La «transaction» avec le directeur de l'Opéra


À quelques jours de la fin des fonctions de Laurent Joyeux à la direction de l'Opéra de Dijon, Laurent Bourguignat demande de connaître ses «conditions de départ». François Rebsamen évoque alors une «transaction» avec le directeur qui n'a pas «à être rendue publique ici». «Monsieur Joyeux a bien rempli la tâche qu'on lui avait donnée à savoir élever le niveau de l'Opéra de Dijon» ajoute le maire.

Dominique Pitoiset prendra la direction de l'établissement le 1er janvier 2021. Les grandes orientations de sa gestion seront indiquées par la suite. Par ailleurs, François Rebsamen annonce le départ à la retraite de l'actuelle directrice des affaires culturelles, Anne Matheron, et l'arrivée de Aymée Rogé le 1er janvier 2021 pour lui succéder.

Une vision protectrice de la laïcité


La Ville de Dijon instaure une charte de la laïcité s'imposant aux associations sollicitant une subvention. Elle est rédigée sur le modèle de celle de l'Observatoire nationale de la laïcité, une commission dépendant de Matignon. Le 11 décembre dernier, le conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté a fait de même (lire notre article).

En présentant ce document, Hamid El Hassouni déclare que la loi de 1905 «protège contre l'obscurantisme et le dogmatisme». Une conception protectrice de la laïcité qui a aussi été défendue par les conseillers régionaux socialistes tandis que les Républicains préféraient la notion de «barrage». Pour sa part, Stéphanie Modde opte pour la formule «toute la loi de 1905, rien que la loi de 1905» pour éviter tout ajout pouvant modifier l'équilibre délicat du texte.

Au nom d'Agir ensemble pour Dijon, Axel Sibert rappelle que le conseil départemental de la Côte-d'Or a aussi voté une charte de la laïcité, le jour même, et insiste sur les «limites» de ce document en tant qu'outil. L'élu des Républicains en appelle à une formation des éducateurs des associations et à un protocole d'action conjoint Ville, Observatoire et État pour contrôler les structures.

Pour la majorité, Jean-Philippe Morel fait un point d'histoire politique en convoquant les figures d’Émile Combes, du parti radical, et d'Aristide Briand, du parti radical-socialiste, à l'origine de la loi de 1905. Pour l'élu du Mouvement radical, la charte fait le lien «entre deux grandes lois de la République», la loi sur les associations de 1901 et la loi sur la séparation des Églises et de l’État en 1905.

Un vœu pour une étape du Tour de France en 2023 ou 2024


Alors que les trams sont arrêtés et que le premier couvre-feu post-confinement commence, il est minuit quand l'assemblée municipale étudie les derniers vœux et questions orales. La majorité prête une oreille attentive à une demande du groupe des Écologistes et citoyens : «oui, il y a urgence climatique» redit François Rebsamen avant d'évoquer un «green deal en matière d'habitat» pour résumer l'approche de constructions économes en énergie.

Le dernier point sera proposé par Marie-Hélène Juillard-Randrian, pour le groupe des Démocrates, écologistes, centristes et citoyens (c'est à dire des élus Modem, UDE et ex-LREM) : la demande d'une étape du Tour de France sous la forme d'un contre-la-montre. François Rebsamen répond favorablement pour envisager cela durant l'édition 2023 ou 2024 puisque l'option proposée est celle qui maximise les retombées économiques et médiatiques au regard du coût pour la commune.

Devant l'abstention des Écologistes et citoyens sur le sujet, le maire de Dijon reconnaît que les affaires de dopage ont fait que «l'image n'a pas été très bonne du tour de France». Néanmoins, cela reste «la plus grande fête populaire autour du sport».

Jean-Christophe Tardivon

François Rebsamen défend «un budget solide et solidaire» pour 2021


Détail du budget et principales informations du conseil municipal