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12/08/2020 03:17

DIJON : Un appel au don de sang, sur un air de Las Vegas

À la Maison du Don de Dijon, la salle de collation est ornée de jetons de poker et autres objets ou affichages faisant allusion à la ville du Nevada. À l’approche du 15 août et plus largement dans une période estivale, où les dons de sang sont en deçà des besoins, le côté agréable et en fond la portée citoyenne du geste sont rappelés.
La semaine estivale est programmée par l’Établissement Français du Sang en Bourgogne-Franche-Comté chaque année. L’idée est «d’apporter une touche originale au cadre du don de sang, de créer une ambiance festive, que les donneurs ressortent de la Maison du Don en se disant qu’ils ont passé un bon moment et le partage autour d’eux pour que le bouche à oreille fasse aussi son effet», explique Sarah Dornier, chargée de communication pour l'EFS de la région.

Faire «voyager» les donneurs


Pop-corns, muffins, chamallows, sundays… Le choix pour la collation qui suit le prélèvement est spécial jusqu’au 14 août. C’est un air de fête, de Las Vegas quand on observe le décor et l’habillage des tables, qui est souhaité.

«Le décor restera quand même plus longtemps», ajoute tout de même Aurore, agent de collation, ayant réalisé l’habillage de la salle et concocté le menu de cette semaine avec ses collègues.

Petite frustration, les précautions sanitaires prises dans la logistique et le service liées au contexte (portions individualisées déjà toutes faites) ne permettaient pas d’aller encore plus loin dans «le road-trip américain» peut-on dire et de servir des plats hamburgers-frites ou bien des hot-dogs.
Mais la mission est remplie : faire «voyager» dans un pays inaccessible pour cause de Covid-19. «C’était clairement l’idée aussi. Et pour la petite anecdote, une collègue devait partir en juin aux Etats-Unis…»

«Je dirais que c’est la base de la solidarité humaine»


«C’est vrai que c’est sympa», dit avec le sourire Dominique Bossu, 61 ans, de Longchamp en Côte-d'Or. Lui qui ne manque pas de donner son sang depuis la fin des années 70... Un engagement qu’il poursuit encore aujourd’hui : «Je vais à Chevigny-Saint-Sauveur, Quetigny, Genlis… Je continue à donner. J’ai arrêté quelques mois mais je me suis dit : faut que j’y retourne… C’est important, des gens malades comptent dessus. Deux choses me poussent à donner, le besoin des gens malades et le sentiment de se sentir utile, au moins là-dessus. C’est valorisant tout en pensant aux autres. Je dirais que c’est la base de la solidarité humaine».

Le donneur assidu se permet de faire remarquer pour finir : «Quand il y a un attentat ou un autre événement tragique dans le monde, tout le monde se précipite pour donner son sang. Trois mois après, il n’y a plus personne qui donne… Je ne pars pas de ce principe-là. C’est le long terme qui compte. 50 ans après moi, il y aura encore des malades».

Plus de 90 collectes dans la région jusqu’au 5 septembre


Dominique Bossu se dit d’autant plus confiant au vu des mesures mises en place par l’Établissement Français du Sang lors des collectes extérieures. À partir du 14 août et jusqu’au 5 septembre, plus de 90 collectes sont programmées dans la région.
Les réserves sont basses, un appel au don est lancé (retrouvez celui-ci en cliquant ici).

À Dijon, rue du Stade, la Maison du Don est ouverte le lundi, mardi, jeudi et vendredi de 8h à 19h, le mercredi et le samedi (pas ce 15 août) de 8h à 13h.

Dans chacun des 6 établissements du même type implantés par l’EFS en Bourgogne-Franche-Comté, les équipes font «voyager» les donneurs. De quoi égayer sympathiquement leur envie de donner mais aussi de convaincre de nouveaux donneurs... L’EFS le souhaite de tout coeur.

Questions à Jean-Philippe Ngondara, médecin au service des prélèvements à l'EFS :




A-t-on des données chiffrées montrant que les besoins de sang sont préoccupants ?

«Disons que les besoins sont quotidiens mais il est toujours plus difficile de mobiliser en période de vacances estivales. Et d’une, les stocks de poches sont bas. Et de deux, il y a un déficit en donneurs du groupe O-.

C’est le sens de cet appel au don, aux donneurs mais aux potentiels nouveaux donneurs. En rappelant aussi que s’ils partent en vacances, ils peuvent donner n’importe où sur le territoire.

En Bourgogne-Franche-Comté la semaine dernière, par rapport à la prévision de 2.500 poches de sang à collecter, on en a fait 124 de moins. 124, ça peut paraître faible mais ce n’est pas négligeable, sachant qu’avec une poche on peut en ressortir du sang, du plasma et des plaquettes. 124 x 3, c’est quand même important. Les dons qui manquent grossissent vite.»

«Le don du sang ne nuit en aucun cas à votre santé»


À quelle fréquence un donneur peut donner son sang ?

«Les hommes peuvent donner quasiment 6 fois sur 12 mois. Les femmes peuvent donner quatre fois sur une période de douze mois. Le plasma peut se donner toutes les deux semaines. C’est une fois par mois pour les plaquettes.
La difficulté est surtout de recruter des nouveaux donneurs. À l’échelle de la région, l’enjeu est de mobiliser 600 dons par jour. Et de fidéliser les nouveaux donneurs.»

Quel message adressez-vous justement aux potentiels nouveaux donneurs ?

«Si vous êtes en bonne santé, il faut donner. Le don du sang ne nuit en aucun cas à votre santé. Il ne faut pas se dire que vous donnerez quand vous aurez plus de temps. On se le dit souvent et on repousse sans cesse, jusqu’à ce qu’on ne puisse plus donner pour raisons de santé. Il faut commencer à donner le plus tôt possible, dès l’âge de 18 ans.

S'il n'y a pas de soucis ou de contre-indications détectés à l'entretien préalable au prélèvement, vous pouvez tout à fait donner votre sang. Pour un don de sang, on compte en tout 45 minutes. En une heure grand maximum, le parcours est fait. Pour le premier don, seule la carte d’identité est nécessaire.»

En ce mois d’août, à la Maison du Don de Dijon pour prendre cet exemple, combien accueillez-vous de donneurs par jour ?

«Nous faisons des prélèvements sur à peu près 70 donneurs. Ça marche plutôt bien au travers d’événements, comme cette semaine nous l'espérons. C’est surtout sur les collectes mobiles où on assiste à une mobilisation moins forte. La difficulté d’une collecte à l’extérieure est que les horaires sont resserrés et qu’un donneur doit être disponible dans le créneau horaire.»

«Malheureusement, les patients ne sont pas en vacances»


Sentez-vous une certaine angoisse des gens de se déplacer dans le contexte sanitaire actuel ?

«Vous savez, les donneurs que l’on voit n’ont pas peur du Covid-19 puisqu’ils se déplacent. Et les mesures sont prises pour que les donneurs ne risquent rien. À la Maison du Don, les gestes barrières sont aussi appliqués et l’avantage est qu’il fait frais avec la clim !».

Une période caniculaire peut-elle se traduire par une augmentation des besoins ?

«Non. Le don de sang sert surtout aux personnes déjà touchées par des maladies, qui ont besoin d’être transfusées dans les services d’oncologie et d’hématologie. Malheureusement, ces patients-là ne sont pas en vacances.
Les globules rouges servent aux zones anémiées. Les plaquettes et le plasma on l’a dit pour les services d’hématologie et de cancérologie.»

Alix Berthier