
C'est «un duo de choc» que les deux partis ont présenté, ce vendredi 16 mai, pour proposer une «alternance de droite à Dijon». Les deux colistiers font de la sécurité et de l'urbanisme leurs priorités. «Nous regardons depuis des années la lente dégringolade de cette métropole», a déploré Julien Odoul.
Actualisé : Le 30 juin, le bureau exécutif du Rassemblement national a rejeté à l’unanimité l’hypothèse d’un accord avec Identité-Libertés. Pourtant, le 3 juillet, Antoine Camus a annoncé se rallier au binôme RN-UDR.
Le Rassemblement national cultive l'art du plan B et propose d'emblée un binôme pour conduire la liste que le parti à la flamme soutient en vue de l'élection municipale dijonnaise.
Ce vendredi 16 mai 2025, à Dijon, en marge de la session du conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté, les élus régionaux Julien Odoul (RN), également porte-parole du parti et député de l'Yonne, et René Lioret (RN), également délégué départemental du parti en Côte-d'Or, ont présenté Thierry Coudert (UDR), ancien candidat aux législatives sur la troisième circonscription de la Côte-d'Or en 2024, et Mélanie Fortier (RN), élue régionale elle aussi.
Des plans B à tous les étages
La démarche prend place dans un contexte où l'on ne parle plus que de plans B au sein du parti national-populiste. Un plan B comme Bardella déjà. Depuis que Marine Le Pen a été déclarée inéligible en première instance dans l'affaire des parlementaires européens – en attendant l'incertain résultat d'une procédure d'appel, courant 2026 – Jordan Bardella apparaît comme le recours en vue de la prochaine élection présidentielle.
La même menace plane sur Julien Odoul. Coprévenu de Marine Le Pen dans l'affaire en question, l'Icaunais a lui aussi interjeté appel, ce qui lui permet de conserver ses mandats dans l'immédiat. Pourtant, en cas d'éviction, le Doubiste Jacques Ricciardetti se tient prêt à succéder à son président de groupe à la Région Bourgogne-France-Comté.
Julien Odoul lui-même a élaboré un scénario de politique fiction afin de bâtir une tactique en vue des prochaines municipales, notamment à Dijon, pour ne pas se retrouver dépourvu en cas de nouvelle dissolution de l'Assemblée nationale : «nous demandons à nos candidats aux législatives de se porter candidats aux municipales, quel que soit le calendrier».
Ainsi, si des législatives étaient de nouveau programmées, Thierry Coudert serait de nouveau candidat à la députation – «c'est le même combat au service des mêmes idées», selon lui – et en cas d'élection, Mélanie Fortier, principale figure du parti à la flamme à Dijon, se retrouverait en situation de mener localement les troupes fédérées autour d'eux.
Une stratégie d'alliance à l'extrême-droite
Par ailleurs, le choix d'un binôme montre que la stratégie d'alliance du Rassemblement national se poursuit au-delà des dernières législatives anticipées de 2024. Avec Éric Ciotti, Marine Le Pen a permis de faire entrer 146 députés du camp national au Palais Bourbon.
Chassé des Républicains, Éric Ciotti a fait évoluer un micro-parti, créé en 2012 pour le soutenir dans les Alpes-Maritimes, en Union des droites pour la République (UDR) à la suite des législatives. Le mouvement compte 16 députés à l'Assemblée nationale et un parlementaire européen, Laurent Castillo, qui siège dans le groupe du Parti populaire européen (PPE).
L'alliance pourrait s'étendre à Identité-Libertés, le nouveau nom du parti créé à la suite de la mobilisation contre le mariage entre personnes du même sexe, Sens commun, devenu ensuite Mouvement conservateur. Le parti avait soutenu Éric Zemmour à la présidentielle de 2022.
Après les européennes de 2024, Marion Maréchal a rompu avec Éric Zemmour et pris la tête d'Identité-Libertés. Le parti compte trois députés français, siégeant dans le groupe du RN, et quatre députés européens, siégeant dans le groupe Conservateurs et réformistes européens (CRE), un temps présidé par Giorgia Meloni.
Antoine Camus (IDL), conseiller municipal de Saint-Apollinaire, devenu coordinateur régional d'Identité-Libertés en Bourgogne-Franche-Comté, était le suppléant de Thierry Coudert lors des législatives anticipées (
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Entre le RN et l'UDR, «un travail en commun pour les élections municipales et législatives»
«Nous annonçons nos candidats têtes de liste à l'élection municipale de Dijon en 2026», déclare René Lioret pour lancer la présentation des deux colistiers investis. «Notre objectif est de créer des listes d'union», poursuit le délégué départemental en rappelant que le Rassemblement national compte participer à la constitution de listes également à Auxonne, Genlis, Montbard, Saulieu ou encore Châtillon-sur-Seine (
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«L'union avec notre partenaire UDR a commencé lors des élections législatives», rappelle-t-il, «nous voulons amplifier cette dynamique à l'occasion des élections municipales».
«Nous sommes, avec nos partenaires de l'UDR, dans un travail en commun pour les élections municipales et législatives», enchaîne Julien Odoul, «ce travail est extrêmement constructif avec Éric Ciotti et nos partenaires de l'UDR». «Les deux élections sont liées puisque nous ne savons pas encore quel sera le calendrier, s'il y aura une dissolution ou pas. Peut-être que les législatives arriveront avant les municipales, peut-être pas.»
«À Dijon, il y a un besoin criant de changer de système», selon Julien Odoul
«Nous regardons depuis des années la lente dégringolade de cette métropole qui ne fait pas exception», déplore Julien Odoul, «on constate, dans pratiquement toutes les métropoles françaises, les mêmes particularités, les mêmes renoncements, la même montée de l'insécurité».
«À Dijon, qui est une ville magnifique, compte-tenu de son patrimoine, de son histoire, de sa culture, de sa gastronomie, il y a un besoin criant de changer de système, de redresser la barre et qu'il y ait une vraie alternative», développe-t-il. «Le même système répète les mêmes échecs et s'entête dans des politiques qui, aujourd'hui, nuisent à l'intérêt général, à l'attractivité, à la sécurité, au cadre de vie.»
Le porte-parole du RN voit en Thierry Coudert et Mélanie Fortier «un duo de choc» à même de constituer «une liste de rassemblement de qualité, à l'image de la capitale des ducs» de façon à «susciter l'espoir pour les Dijonnaises et les Dijonnais».
Thierry Coudert se voit comme seul porteur d'une possibilité d'«alternance de droite à Dijon»
«On se trouve à la fin d'une ère politique de 25 ans», analyse Thierry Coudert, «à Dijon, tous les 25 ou 30 ans, il y a une alternance». «Il y a eu d'abord une ère démocrate-chrétienne avec le chanoine Kir, une ère gaulliste avec Robert Poujade, une ère qui a commencé socialiste et qui finit macroniste avec François Rebsamen. Il faut faire place à une nouvelle équipe.»
Toutes proportions gardées, les résultats des européennes de 2024 à Dijon encouragent les nouveaux candidats. Avec une participation de près de 55%, la liste menée par Jordan Bardella a récolté plus de 21% des suffrages, arrivant en tête. L'ensemble du camp national, identitaire et conservateur totalisant même 34% des voix (
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«Nous sommes de très très loin devant toutes les autres forces politiques de droite», se félicite Thierry Coudert qui pointe François-Xavier Bellamy (LR) à près de 8%. «S'il doit y avoir une alternance de droite à Dijon, elle ne peut ne venir qu'autour du bloc central que constitue le Rassemblement national et l'UDR.»
Priorité à la sécurité
«Il y a un certains nombre de dossiers chauds sur Dijon et sur la métropole de Dijon», estime Thierry Coudert. Celui qui a désormais «posé [son] parachute» dans la capitale des ducs de Bourgogne songe à la troisième ligne de tramway, à la situation économique de la Cité internationale de la gastronomie et du vin – «un dossier bouclé, en son temps, un peu hâtivement» –, ou encore à l'état des Halles centrales – «la structure est très usée».
Plus globalement, sur «les sujets structurants», l'ancien préfet compte plancher sur le thème de la sécurité : «dans le délabrement des politiques nationales, des sujets se déclinent mais sont un peu aggravés par le fait que la municipalité Rebsamen [sic] a pris conscience assez tard de ce que pouvait être ses pouvoir en matière de lutte contre la délinquance».
«On a une police municipale qui monte en puissance mais qui n'a pas le volume qu'il faudrait pour une ville de cette taille», développe-t-il, «il faudrait une vraie police métropolitaine». «La vidéosurveillance, dans le centre, n'est pas si mal faite mais, dans les quartiers périphériques, précisément là où il peut y avoir des besoins encore plus accrus, est extrêmement lacunaire ou mal entretenue.»
«À chaque fois que Dijon a fait la Une des JT, c'était parce qu'il y avait un certain nombre de problèmes de délinquance ou un certain nombre d’échauffourées», relève-t-il. «Il y a une immigration mal maîtrisée donc il faudrait que Dijon puisse, à l'avenir, se signaler par autre chose que par le fait que non seulement elle est victime, comme toutes les villes, d'une forte délinquance mais que la municipalité sortante, même si elle fait des efforts, n'a pas pris le train au bon moment et n'accélère pas assez sur ce train.»
S'engageant pour «défendre les intérêts des Dijonnaises et Dijonnais», Mélanie Fortier constate «une progression de l'insécurité qui ne se limite plus à certains quartiers». «Les trafics prospèrent et, bien souvent, la réponse politique est floue, molle voire idéologique».
«Nous nous opposerons aux folies des écologistes comme les ZFE», lance Mélanie Fortier
«Il y a une vraie réflexion de fond à avoir sur l'urbanisme», ajoute Thierry Coudert, «c'est une ville qui, en dehors du centre historique qui a été assez préservé, a fait l'objet de bétonisations anarchiques sans grande réflexion ni sur la préservation du patrimoine, (…) ni dans une vraie logique de déplacements». «Tout cela a été fait un peu à la va-vite, avec une grande volonté de construire, sans doute pour effectivement loger les gens, mais pas toujours avec un grand sens de ce que cela donnerait après dans la vie quotidienne de ceux qui y habiteraient.»
«La piétonisation du centre-ville est extraordinairement minérale (…) avec peu d'eau qui affleure», remarque le candidat, «c'est extrêmement sec».
«Nous nous opposerons aux folies des écologistes comme les ZFE», lance Mélanie Fortier qui liste des sujets traités par différents maires écologistes en France et qui ont fait polémique comme la contestation du Tour de France ou encore des sapins de Noël. «L'écologie est une de nos préoccupations. En revanche l'écologie ne doit pas pourrir la vie des gens et déconstruire tout ce qui fait notre pays.»
«Nous portons un projet de rupture mais, surtout, de bon sens», assure la candidate. «Nous représentons une véritable alternative crédible, enracinée, proche des gens.»
Objectif : le «vote utile» de droite au premier tour
Tout en appelant à «un rassemblement le plus large possible pour que la droite puisse être cette force de bascule», Thierry Coudert indique qu'«on ne fera pas de négociations d'appareil à appareil avec les autres forces de droite». «En revanche, tous ceux qui ont envie de nous rejoindre, sont les bienvenus. On aura des discussions honnêtes et sincères avec eux.»
«Il faut que les électeurs de droite comprennent que, s'ils veulent en finir avec le règne rebsaménien ou post-rebsaménien [sic], c'est quelque chose qui se passera autour de nous», insiste-t-il. «Je pense qu'il vaut mieux qu'il y ait un vote utile dès le premier tour, indépendamment du nombre de listes de droite qu'il peut y avoir parce que plus on fera un score fort au premier tour, plus ça créée une capacité d'entraînement en termes de force d'alternance par rapport à la municipalité sortante.»
L'enjeu pour la liste sera de dépasser le seuil de 10% des suffrages au premier tour, limite permettant d'accéder au second tour. En 2020, en pleine crise sanitaire, avec une participation de 36% au premier tour, la liste du RN menée par Damien Cantin avait réuni près de 7% des suffrages. Entre 5 et 10%, il reste la possibilité de fusionner avec une liste ayant dépassé les 10%.
À noter que la liste arrivée en tête au second tour bénéficie d'une prime en nombre d'élus qui lui assure la majorité au conseil municipal, ce qui évite que l'ensemble des autres listes puissent constituer une coalition pour la renverser.
Thierry Coudert raille le Printemps dijonnais et relativise la démarche d'Agir pour Dijon
Au gré de son propos, Thierry Coudert réserve ses meilleures piques pour le Printemps dijonnais, lancée à l'initiative de François-Xavier Dugourd (LR, NE).
«Un certain nombre de concurrents passent leur temps à faire des sondages pour savoir si la ville est assez belle, si l'air est assez pur mais sans en tirer de conclusions», raille le candidat, «lorsqu'on lance un Printemps, il faut qu'il bourgeonne un peu et pas simplement regarder l'écorce du tronc et voir si elle a beaucoup de cicatrices».
En 2020, Emmanuel Bichot (LR, AD) a mené la liste Agir pour Dijon qui a obtenu près de 35% des voix et 10 sièges, au second tour. Depuis, la liste été scindée en plusieurs parties. Le conseiller municipal d'opposition est de nouveau candidat.
«[Emmanuel Bichot] est tout le temps dans le paysage», glisse Thierry Coudert qui évoque toutefois «des rapports cordiaux et sympathiques» lors de rencontres en présence de René Lioret. «Nous sommes dans une démarche politique, (…) Monsieur Bichot est dans une démarche d'intérêt local qui a, sans doute, sa légitimité fondée sur le combat d'opposant qu'il a eu.»
«La locomotive [du rassemblement] est celle du Rassemblement national et de l'UDR et nous sommes ouverts à toutes les bonnes volontés qui ont envie de construire avec nous», insiste Julien Odoul qui appelle à «ne pas se diviser dès le premier tour». «Nous ne sommes pas dans des positionnements individuels, d'égos ni de revendications de légitimité parce qu'on a été opposants. (…) On est sur une élection cruciale où va se poser un vrai choix de société au niveau local.»
Chercher a minima à structurer une opposition au sein du conseil métropolitain
Tout en souhaitant «faire quelque chose avec les candidats qui sont dans les communes de la métropole», Thierry Coudert reconnaît qu'ils seront chacun tributaire des «choix nationaux» de leur parti d'adhésion.
Même si le Rassemblement national ne prévoit pas de présenter d'autres listes en dehors de Dijon, des «contacts privilégiés» sont donc en cours à l'échelle métropolitaine avec, a minima, l'objectif de structurer une opposition alors que la majorité sortante est transpartisane.
Dans l'immédiat, le binôme a déjà une «préfiguration» de son équipe de campagne pour «lancer des consultations» auprès des citoyens sur les sujets à aborder ; cela, comme le dit Mélanie Fortier, en vue de «construire un programme au plus près des préoccupations des habitants».
Jean-Christophe Tardivon
Julien Odoul, Thierry Coudert, Mélanie Fortier et René Lioret, le 16 mai 2025, à Dijon (photographies JC Tardivon)