
«On s'en prend à des symboles de la République», a dénoncé le préfet Paul Mourier, ce samedi 13 décembre. Le président du Département François Sauvadet a signalé qu'il s'est passé «seulement quelques minutes entre le signalement après l'intrusion et l'intervention des pompiers». Néanmoins, le collège ne pourra pas accueillir d'élèves durant «plusieurs mois».

Le collège Jean-François Champollion, situé dans le quartier des Grésilles, à Dijon, a été touché par un important incendie criminel dans la nuit de vendredi à samedi. Aucune victime n'est à déplorer.
Ce samedi 13 décembre 2025, le préfet de la Côte-d'Or Paul Mourier a tenu une conférence de presse, au pied du bâtiment ciblé, pour indiquer des éléments sur les circonstances du sinistre et les conséquences, en particulier pour les élèves.
Le représentant de l’État était accompagné notamment de Nathalie Koenders (PS), maire de Dijon, François Sauvadet (UDI), président du Département de la Côte-d'Or, Mathilde Gollety, rectrice de l'académie de Dijon et Catherine Hervieu (LE), députée de la Côte-d'Or.
L'action d'un «commando criminel de quatre personnes»
Selon les premières constatations, les auteurs se sont introduits par effraction dans le bâtiment et ont mis le feu au rez-de-chaussée en quatre points.
Les secours ont vu fuir quatre personnes vêtues de noir et cagoulées et ont retrouvé des récipients contenant des produits inflammables.
Ces indications font dire au préfet Paul Mourier qu'il s'agit d'un «commando criminel de quatre personnes» ayant l'objectif de mené des «représailles» contre l'action de l’État cherchant à endiguer les trafics de stupéfiants dans le quartier des Grésilles. Le parquet a ouvert une enquête pour dégradations volontaires par incendie.
D'importants dégâts au rez-de-chaussée
Le couloir du rez-de-chaussée est ravagé et plusieurs salles – dont la salle de technologie – sont très endommagées.
Les incendiaires auraient enfoncé des portes coupe-feu pour faciliter la propagation des flammes. Les fumées ont envahi les trois étages du bâtiment.
Dix-huit sapeurs-pompiers ont été engagés «quelques minutes après l'intrusion» avec d'«importants moyens matériels».
Ont également été mobilisés des effectifs de police secours et de la brigade anti-criminalité (BAC). Ensuite, la police technique et scientifique a procédé aux premiers relevés sur «l'ensemble du bâtiment».
Les travaux pourraient durer plusieurs mois
Le système incendie étant centralisé, c'est l'ensemble du collège qui est hors d'usage. Les 490 collégiens seront affectés à d'autres établissements scolaires. Le Département de la Côte-d'Or met à disposition quatre collèges environnant et la Région Bourgogne-Franche-Comté un lycée voisin.
Les travaux pourraient durer plusieurs mois. La reprise des cours au collège Champollion n'aurait donc pas lieu avant septembre 2026.
Le rectorat de l'académie de Dijon a mis en place une cellule de crise comprenant un dispositif d'accompagnement des familles et une écoute des collégiens.
Arrivée de la CRS 8 dans la nuit même
À ce stade, le préfet écarte un éventuel lien avec la fouille réalisée dans les cellules de la maison d'arrêt de Dijon. Les «représailles» envisagées seraient plus probablement liées à l'action des forces de sécurité intérieure aux Grésilles.
Selon le préfet, des policiers de la CRS 8, spécialisée dans les violences urbaines, sont arrivées dans la nuit même et vont rester dans la nuit de samedi à dimanche. Des «forces de sécurité supplémentaires» ont été demandées pour les prochains jours.
La lutte contre les trafics de stupéfiants est vue comme «une question de santé publique»
Paul Mourier : «Nous vivons ici, au quartier des Grésilles, à Dijon, un moment d'une extrême gravité par l'incendie que je qualifie, sans attendre, de criminel de ce collège Champollion.»
«Je voudrais rappeler l'action déterminée de tous les services de l’État qui, depuis des mois et des années, mènent un combat un combat déterminé, quotidien, contre le trafic de stupéfiants, contre le narcotrafic qui est un fléau qui atteint l'ensemble de notre pays, que ça soit les zones urbaines et les zones rurales. Cette lutte elle a un grand objectif : c'est une question de santé publique. La drogue atteint tous ceux qui en consomment et particulièrement les jeunes, c'est pour ça que notre action est déterminée et que le gouvernement, l’État, cet été, a décidé de prendre un certain nombre de mesures administratives et judiciaires supplémentaires par rapport à l'arsenal administratif et juridique qui existait pour renforcer notre capacité d'action.»
«Une action de représailles» contre l’État
«Il faut voir, ici, aux Grésilles, à Dijon, par rapport à ce qui s'est passé, une action clairement de représailles par rapport à l'action de l’État. Au cours des douze derniers mois, il y a eu déjà deux incendies : l'incendie de la médiathèque Champollion, également du Centre de formation de la fonction publique et, aujourd'hui, d'un collège.»
«On voit bien que les narcotrafiquants veulent atteindre effectivement les institutions de notre pays on s'en prend à des symboles de la République, à la fois l’Éducation nationale et la culture. (…) La lutte contre les narcotrafiquants est une question de souveraineté nationale. (…) Il y a une tentative de déstabilisation, mais force restera à la la loi.»
«On a des organisations criminelles avec des liens à l'international, c'est pour ça qu'il y a eu des lois qui ont été adoptées. Il y a d'autres lois, (…) ça va revenir devant le parlement pour qu'on ait toute la boîte à outils administratives et judiciaires pour, à la fois, mener le combat localement, nationalement, à l'international, parce qu'il faut démonter l'ensemble du réseau international.»
«Je souhaite également rendre responsables les consommateurs de drogue. Il n'y aurait pas de consommateur, il y aurait pas de trafic. Donc, ils ont une responsabilité très claire dans ce qui s'est passé.»
«Une atteinte au pacte républicain»
«Notre action est absolument déterminée. Le ministre de l’Éducation nationale vient de parler d'une atteinte au pacte républicain. Je fais le constat, en tous les cas, que la République fait bloc.»
«Je mesure également, en arrivant sur les lieux, l'émoi de la communauté éducative qui est profondément choquée par rapport à ce qui s'est passé, parce que l’Éducation nationale, c'est l'avenir de nos enfants. Qu'on touche à l'avenir de nos enfants, on touche absolument à la République. J'apporte tout mon soutien, bien évidemment, à Madame la principale et à toute la communauté et éducative.»
«Un commando criminel de quatre personnes a envahi une partie des bâtiments»
,«Ce qui s'est passé cette nuit, c'est un commando criminel de quatre personnes qui, aux alentours d'une heure du matin, a envahi une partie des bâtiments, à la fois a mis le feu et a fait en sorte que le feu se propage à tous les étages du bâtiment. Donc, il y avait, vraiment, une volonté déterminée de détruire le plus possible ce bâtiment.»
«C'est pas le premier incendie. Il appartient à la justice de le déterminer. En tous les cas, ma conviction est très claire : il y a un lien entre le narcotrafic qui gangrène ce quartier, mais qui gangrène également l'ensemble du territoire national.»
«Je rappelle qu'avec le procureur de la République, depuis une année, on emmène un combat en collaboration et on a eu des résultats. (…) Nous avons quasiment annihilé tous les points de deal qu'il y avait dans le quartier des Grésilles. (…) On a à faire également à des guerres de gangs, des gerres de territoire, et donc il y a des reconquêtes qui se font.»
«On a jamais autant interpellé, on n'a jamais autant saisi, un certain nombre de personnes sont incarcérées aujourd'hui et la justice n'interviendra, bien évidemment, en son temps par rapport à ces faits. Une enquête est en cours pour déterminer exactement la manière dont s'est passé cet acte absolument criminel. Heureusement, il n'y a pas eu de blessé.»
Trouver une solution pour accueillir les collégiens
«Je salue le travail du Service départemental d'incendie et de secours. En quelques minutes, ils étaient là, ce qui a permis de contenir de circonscrire le feu et d'éviter qu'il se propage à d'autres bâtiments.»
«Maintenant, notre défi, c'est de faire en sorte que les 490 collégiens qui sont accueillis dans cet établissement, dès lundi, trouvent un autre lieu.»
«C'est aussi la ville qu'on attaque»
Nathalie Koenders : «En tant que maire de Dijon, je voudrais apporter mon soutien aux élèves, à leurs familles et à l'ensemble du corps enseignant qui est très touché par cette incendie criminel. Je voudrais remercier les forces de sécurité, les pompiers, la police nationale et la police municipale qui sont intervenues cette nuit et, d'une façon de plus générale, apporter mon soutien aux habitants du quartier des Grésilles mais aux habitants de Dijon, parce que, derrière cet acte criminel les habitants des Grésilles sont les premières victimes. Ils aspirent à vivre paisiblement.»
«C'est un nouvel établissement public d'éducation, quand on s'attaque à l'éducation, on s'attaque à la République, qui a été touchée, derrière cette attaque, c'est aussi la ville qu'on attaque.»
«La Ville de Dijon [est] à disposition du Département – puisqu'on est sur un établissement du Département – et de l’Éducation nationale pour apporter notre aide.»
«On ne cédera pas aux intimidations, ni à ces actes criminels»
François Sauvadet : «On éprouve tous le même sentiment de d'indignation, de colère, on s'attaque, aujourd'hui, à un établissement scolaire qui accueillait 490 jeunes et donc, évidemment, je pense d'abord aux familles, aux enfants qui vont se retrouver, lundi matin, dans une situation complètement nouvelle avec ce traumatisme que ça provoque dans la population.»
«Je voulais simplement préciser d'abord notre détermination à très vite répondre les travaux dans ce collège pour le réouvrir. On ne cédera pas aux intimidations, ni à ces actes criminels qui vident à déstabiliser la République.»
«Nous resterons ici ancré dans le territoire, ancré dans le quartier, et nous sécuriserons et nous serons là au rendez-vous pour que nos enfants puissent avoir des lieux d'éducation, qu'ils soient conformes à leurs attentes et à l'attente des parents.»
«J'ai demandé à mes services qui sont déjà au travail dès cet après-midi pour examiner la nature des travaux à entreprendre. (…) Tout sera mis en œuvre pour que, dès la rentrée scolaire de l'an prochain, on puisse accueillir un nouveau des élèves.»
«Seulement quelques minutes entre le signalement après l'intrusion et l'intervention des pompiers»
«Je suis d'autant plus choqué qu'ici, c'est un établissement sur lequel nous avons beaucoup investi : 500.000 euros en deux ans. On a fait toutes les installations électriques, la sécurisation – il y a douze caméras ici –, on avait renforcé aussi les périmètres.»
«Les mesures ont été efficaces puisqu'il s'est écoulé seulement quelques minutes entre le signalement qui a été fait directement à la secrétaire générale après l'intrusion et l'intervention des pompiers. Donc, notre système de sécurisation a bien fonctionné.»
«On investit beaucoup dans la sécurité de nos collègues Je le dis aussi comme président des Départements de France. C'est une priorité qu'on préserve ces lieux pour avoir des lieux de sérénité, de sécurité, pour nos enfants. Il n'y a pas de zone qui doivent être laissées en situation d'inquiétude pour les parents.»
«On investi 2 millions d'euros dans tous nos collèges pour des systèmes d'alarme, systèmes de vidéoprotection. On le fait en lien avec la mairie de Dijon pour ce qui concerne les collèges de l'agglomération dijonnaise.»
Mise en place d'un système de sécurité privée dans les prochains jours
«Je remercie Monsieur le Préfet d'avoir pris des mesures pour sécuriser les lieux, il faut pas qu'il y ait de nouveaux actes d'agression. Il reste encore un bâtiment qui n'a pas été touché.»
«Nous allons nous-mêmes d'ailleurs mettre en place un système de sécurité privée sur cet établissement pour éviter que, pendant cette période, on puisse avoir de nouvelles intrusions.»
«Je remercie aussi les services d'incendie et de secours qui sont intervenus extrêmement rapidement et qui ont évité que l'incendie ne se propage et ne détruise complètement l'établissement.»
«On ne peut pas accepter de détruire un lieu dont la mission est de construire nos enfants de la République»
Mathilde Gollety : «Mes premières pensées vont, bien évidemment, envers Madame la principale et la principale adjointe qui ont vécu un véritable traumatisme avec cet incendie. Je veux leur dire tout mon soutien.»
«Porter atteinte à un collège, c'est porter atteinte à un des piliers de notre République. On ne peut pas accepter de détruire un lieu dont la mission est de construire nos enfants de la République pour qu'ils deviennent des citoyens éclairés.»
«Face à cette situation d'urgence, toutes les solutions sont à envisager en ayant, évidemment, les conséquences que cela peut avoir en termes de demi-pension, en termes de transport élève, en termes de condition de travail pour nos enseignants également.»
«Certaines mouvances ont des intérêts à déstabiliser des pays européens»
Catherine Hervieu : «Ma première réaction, c'est d'abord être très choquée, très en colère, bouleversée et, en même temps, solidaire parce que tout de suite on pense à l'équipe, à l'ensemble des professeurs, à l'équipe éducative du collège, on pense aux élèves, bien évidemment, et à leurs familles.»
«Et tout ce que signifie de s'attaquer de façon délibérée à un établissement qui promeut l'éducation, la culture, la connaissance auprès de jeunes en formation de leurs personnalités et aussi de leur formation de futurs citoyens et citoyennes.»
«Il y a déjà la loi narcotrafic qui a été discutée au parlement au printemps dernier, ça revient aussi en cette fin d'année. À la lumière de l'évolution de ce qui se passe au niveau international – le blanchiment, la corruption, les gains dégagés en France liés à ces trafics qui s'estiment à plusieurs milliards d'euros –, ça nous commande aussi de faire évoluer et de prendre des dispositions à tous les échelons des réseaux, que ce soit localement mais aussi ce qu'on appelle haut du spectre et pour ça, on a besoin de coopération internationale vraiment costaud et puis qu'on aille vraiment tous dans la même direction par rapport à ce qui est en train de se jouer, c'est-à-dire la fragilisation des États, la fragilisation de la République pour la France, qui, au-delà des trafics eux-mêmes fait le jeu aussi de certaines mouvances du côté de la Russie aussi ou voire même du côté de Donald Trump [qui] ont des intérêts aussi à déstabiliser des pays européens à travers notamment ce qui se passe avec les trafics, pas forcément de façon délibérée, mais on peut avoir ainsi des freins à organiser vraiment la lutte au niveau international contre les trafics et tout ce qu'il y a comme conséquences : blanchiment et corruption.»
Propos recueillis par
Jean-Christophe Tardivon






























