
Comme dans plusieurs autres villes françaises, environ 200 personnes se sont rassemblées, ce samedi 17 janvier, au centre-ville de Dijon, en soutien au peuple iranien qui se soulève. Des tensions sont apparues entre militants propalestiniens et réfugiés iraniens.
Presque de trois semaines après le début des manifestations en Iran, très durement réprimées par le régime islamiste, un mouvement de soutien aux contestataires a été lancé en France avec un appel à la mobilisation dans plusieurs villes de l’hexagone.
La section dijonnaise de la Ligue des droits de l’Homme avait donné rendez-vous, ce samedi 15 janvier 2026. Environ 200 personnes se sont retrouvées place de la Libération.
Peu d’élus locaux
Parmi les participants, étaient présents des membres de la communauté iranienne à Dijon, des représentants de syndicats ou de partis politiques ainsi que des militants propalestiniens.
Quelques élus s'étaient mobilisés comme les députés Catherine Hervieu (LE) et Pierre Pribetich (PS), ainsi que les conseillers municipaux d'opposition Bruno David (LR, NE) et Henri-Bénigne de Vregille (HOR).
En dehors de ces derniers, colistiers d'Emmanuel Bichot (LR, AD), nous n'avons pas constaté la présence de figures d'autres listes engagées pour l'élection municipale dijonnaise.
Erratum : Michel Haberstrau (LE), tête de liste de Dijon change d'ère, était bel et bien présent à ce rassemblement, accompagné d'Andrée Dejeu (LA).
«Femmes, vie, liberté», le retour du slogan de 2022
Alors que la répression menée par le régime des mollahs pourrait avoir causé la mort de plusieurs milliers de manifestants, plusieurs personnes ont pris la parole d’un ton grave, avec beaucoup d'émotion.
Au nom de la section dijonnaise de la LDH, Paul Garrigues, a appelé «les autorités françaises et les institutions européennes à exiger du régime iranien qu’il respecte le droit de manifester et cesse immédiatement la répression».
La communauté iranienne à Dijon pourrait compter entre 200 et 300 personnes. Certaines ont également donné de la voix pour crier leur détresse face à la situation de leur pays.
Ainsi, l’une d’entre elle a scandé «Femmes, vie, liberté», le célèbre slogan né en 2022 lors de la précédente vague de manifestations en Iran après la mort de Mahsa Amini, étudiante de 22 ans décédée sous les coups de la police des mœurs pour « port de vêtements inappropriés ».
Le texte d’un journaliste iranien a été lu : «À l’aide, ils sont en train de nous tuer ! Dites à l’Amérique de tenir sa promesse de détruite ce régime ! Ils nous massacrent ! Dites au monde d’empêcher notre extermination. Ceci n’est pas une voix parmi des centaines, c’est une voix qui a réussi à s’échapper de l’obscurité totale et du silence imposé en Iran pour implorer l’aide du monde. Ceci est le génocide le plus effroyable du XXIeme siècle, le génocide d’un peuple qui réclame la liberté, la justice et le respect de sa dignité humaine».
De brèves tensions entre manifestants
Certaines personnes brandissent des photos. Sur l’une d’entre elles, on pouvait voir des manifestants morts et sur une autre un portait de Reza Pahlavi, le fils de l’ancien shah d’Iran dont l’arrivée est souhaitée par certains. Mais à quelques mètres, on pouvait lire sur une pancarte : «Ni Shah, ni Mollahs».
L’ensemble des personnes présentes ne partageaient donc pas les mêmes points de vue. Et tandis que les prises de parole se succédaient, des tensions se sont faites entendre dans la foule et une vive altercation verbale a résonné au centre de la place.
«Il y a des drapeaux palestiniens mais il n’y a pas de drapeaux iraniens !»
Iranienne et étudiante en musicologie à l’Université Bourgogne Europe, Hananeh a critiqué la présence des militants propalestiniens.
«Les gens ici ne nous représentent pas, il y a des drapeaux palestiniens mais il n’y a pas de drapeaux iraniens ! Et lorsque vous voyez dans les médias, la plupart des gauchistes qui défendent la Palestine ne soutiennent pas le peuple iranien parce que la République islamiste finance le Hamas et tous les terroristes de la région», nous a-t-elle confié.
Le lien entre le gouvernement des mollahs et les terroristes du Hamas fut donc un des sujets sensibles qui a cristallisé les tensions au sein de ce rassemblement et laissé une partie du public embarrassé.
«La jeunesse iranienne demande depuis le premier jour l’arrivée Reza Pahlavi, le fils de l’ancien shah. C’est le seul leader qui nous a préparé un projet et qui a rassemblé toute l’opposition à l’étranger», a ajouté Hananeh.
«Je m’inquiète beaucoup pour ma famille»
Née en Iran dans une famille musulmane et désormais réfugiée en France, Sepideh a partagé son inquiétude pour ses proches vivant dans le pays : «Toutes les communications sont coupées, même le téléphone fixe ne fonctionne pas. On peut seulement envoyer un message via Starlink avec les personnes qui sont équipées de ce système».
Selon Sepideh, la peur a gagné le peuple iranien : «Maintenant, il y a des militaires qui menacent chaque piéton ! Même si vous sortez de chez vous pour faire des courses, vous êtes menacé !».
En référence à une éventuelle intervention des États-Unis pour venir en aide aux manifestants, Sepideh a ajouté : «C’est la première fois que les Iraniens demandent aux Américains d’intervenir dès que possible pour stopper ce génocide. Et bientôt sans cette intervention, il y aura des millions d’Iraniens qui vont demander à être exilés en Europe. Cela va créer une nouvelle crise migratoire.»
Une heure après le début du rassemblement, alors que la nuit tombait, les participants se sont dispersés dans le calme.
Fabrice Aubry





