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04/01/2021 12:34

DIJON : Une intersyndicale critique la réorganisation de La Poste

Sur les 260 postes en lien avec la distribution postale dans l'agglomération dijonnaise, 37 seraient menacés de suppression. Les syndicats CGT, CFTC et Sud du secteur appelaient à une journée de grève ce lundi 4 janvier. Au-delà, l'action révèle le malaise des facteurs face aux transformations de La Poste pour faire «des économies à court terme».

Réunis en intersyndicale, la CGT FATP 21, la CFTC PTT Bourgogne et Sud PTT Bourgogne appelaient les personnels de l'agglomération dijonnaise du secteur de la distribution de La Poste à faire grève ce lundi 4 janvier 2021. Une dizaine de membres de ces organisations syndicales se sont rassemblés devant l'entrée du site Arquebuse, rue Joliet à Dijon, de 6 heures 30 à 10 heures, sans pour autant empêcher les sorties des facteurs.

L'intersyndicale conteste le choix de la direction de supprimer 37 postes sur les 260. Dans le détail : 32 suppressions de positions de travail à Dijon Nord et Arquebuse la première année et 8,5 la deuxième année ainsi que 5 positions de travail à Marsannay-la-Cote. La CGT parle de «massacre à la distribution» et revendique «la transformation de tous les CDD en CDI», «des créations de positions de travail» et «la généralisation de la tournée une et entière».

La CFTC demande elle aussi le report de la réorganisation, une prime de 500 euros correspondant à la période Covid et une prime de 500 euros correspondant à la mise en place d'horaires mixtes ainsi que «la prise en compte de l'heure de distribution dans les quartiers à risque aisi que la formation aux incivilités».

Des suppressions de personnels «pour faire des économies à court terme»

En résumé, une position de travail correspond à un emploi : facteur, préparateur, manutention, chef d'équipe... «Une position de travail, c'est une charge de travail et cette charge de travail va être répartie d'office sur les autres» anticipe Jean Phulpin, secrétaire de la Fédération des salariés du secteur des activités postales et de télécommunications de la CGT de Côte-d'Or. Selon le délégué de la CGT, de telles suppressions d'emplois sont «récurrentes depuis plusieurs années (…) pour faire des économies à court terme».

Les délégués syndicaux critiquent l'argument de la diminution du courrier généralement mise en avant par la direction. Sandrine Garcia, secrétaire régionale de la CFTC des Poste et Télécommunications Bourgogne, conteste notamment la «justesse» et la «cohérence» des données fournies par la direction avec des nombres variant suivant les interlocuteurs. Plusieurs manifestants présents estimant que «la charge de travail ne baisse pas» ou que «les facteurs ont le même travail qu'avant».

«Il y a un double langage par rapport aux chiffres : parfois, on nous parle de courrier et, parfois, on nous parle de chiffre d'affaire, ce qui est totalement différent vu que le type de courrier change» explique Jean-Louis Boisson, élu CGT FATP 21 au CHSCT. Se développerait le courrier d'entreprises ou le courrier publicitaire, moins rentable pour l'entreprise mais plus chronophage pour les facteurs. «On perd des emplois mais la charge de travail n'a pas énormément diminuée» ajoute le syndicaliste.

Selon un rapport de la Cour des comptes de février 2020 concernant la France entière, les effectifs permanents de facteurs ont diminué de 10% entre 2014 et 2018, les contrats courts sont passés de 8% à 13% de l'effectif total et la masse salariale des facteurs a diminué de 5,1%. Sur la même période, le courrier ordinaire s'est effondré de 23,4%. En revanche, le nombre de boîtes aux lettres desservies a augmenté et les colis ont progressé de plus de 19% (lire le rapport sur les transformations du service postal).

«On n'a jamais eu de véritable négociation»


L'intersyndicale a choisi de boycotter la réunion du comité technique ayant lieu ce lundi (l'équivalent d'un comité social et économique) et devant statuer sur les suppressions de positions de travail effectives. Les organisations syndicales reprochent à la direction de ne pas leur avoir indiquer les personnels concernés par les suppressions de postes en amont de cette réunion.

«On veut du dialogue» réclame Cécile Deschamps, secrétaire régionale Sud PTT Bourgogne. «On n'a jamais eu de véritable négociation» abonde Jean Phulpin. D'où un vote défavorable du CHSCT à la réorganisation du personnel.

Cécile Deschamps estime à «une trentaine» les emplois qui ne sont pas comblés sur l'agglomération dijonnaise et qui sont remplacés par des personnels en CDD ou des intérimaires. Ceux-ci pourraient être les premiers concernés par les suppressions ainsi que les personnels ne faisant que des remplacements. Les délégués syndicaux craignent que, par la suite, faute de remplaçants en nombre suffisant, les absences conduisent à augmenter la charge de travail des collègues.

Fermeture annoncée du site de Dijon Arquebuse


Au sein du Groupe La Poste, La Poste est la société anonyme assurant la prestation du service universel postal. Elle est détenue par la Caisse des Dépôts et des Consignations et l’État. La Poste est divisée en plusieurs secteurs professionnels : centre financier, plateforme industrielle courrier, réseau des bureaux de poste et distribution. Cette dernière est constitué de deux métiers : les préparateurs et les facteurs.

L'agglomération dijonnaise comporte sept sites : Marsannay-la-Cote, Chenôve, Quetigny, Talant, Fontaine-lès-Dijon, Dijon Arquebuse et Dijon Nord Plateforme de Préparation et de Distribution de Courrier (située rue Étienne-Dolet). Les 260 positions de travail actuelles sont donc réparties sur ces sites. Selon Sandrine Garcia, il ne resterait plus que 30% de personnels relevant du statut de la fonction publique.

L'action de ce lundi se déroule devant le site Dijon Arquebuse car sa fermeture est annoncée. «Le site n'est plus aux normes et les travaux qu'ils devraient engager pour le rendre aux normes sont trop onéreux donc ils ferment le site» explique Cécile Deschamps. Les délégués syndicaux imaginent que le développement de la Cité internationale de la Gastronomie et du Vin voisine amènerait à raser le bâtiment actuel Dijon Arquebuse pour construire des logements ou des bureaux.

De nouveaux sites de plus petites tailles, des îlots, devraient ouvrir pour remplacer Dijon Arquebuse : Port du Canal (au sein du centre financier), Grangier (au sein du bâtiment du boulevard de Brosses), Mansart, Mirande et un autre au sein du centre de tri de Longvic.

Généralisation des «tournées sacoches»


Le mode de traitement du courrier. À l'heure actuelle, un facteur commence par préparer sa tournée avant d'aller la distribuer. À l'avenir, des agents vont préparer le courrier au PPDC de Dijon Nord et les distributeurs seront basés dans les îlots pour effectuer les tournées. Ce sont les «tournées sacoches» déjà mise en place dans certains secteurs dijonnais.

Autre évolution : la pause déjeuner de 45 minutes non payée, remplaçant la pause de 20 minutes rémunérée. La prise de service du facteur est moins matinale, l'amplitude horaire plus importante et la distribution du courrier peut avoir lieu l'après-midi.

Les prestations s'ajoutent à la distribution du courrier


Un autre grief des manifestants concerne la communication de La Poste à propos de la proximité potentielle des facteurs avec les usagers. «En élargissant les quartiers de facteurs, la proximité comme le prône notre direction avec les usagers, elle n'existe plus. D'ailleurs, on ne les appelle plus des usagers, on les appelle des clients parce qu'on est là pour leur faire cracher du pognon mais ce n'est pas le but du facteur. Le facteur est déjà là pour distribuer du courrier et rendre un service et connaître les gens peut-être. Le problème, c'est de connaître les gens quand on change tous les deux ans de quartier, ça ne donne pas aux gens l'habitude de reconnaître leur facteur. C'est un discours qui est complètement paradoxal. Ce petit ajout de chaque chose tout le temps, avec les pressions commerciales plus les pressions de distribution de courrier, ça ne devrait même plus avoir lieu» dénonce Jean-Louis Boisson.

Selon les manifestants présents, les facteurs ne seraient pas hostiles à voir les prestations payantes se développer en plus de la traditionnelle distribution du courrier pour peu que la formation et le temps de travail soient adaptées en lien avec la charge que cela représente. Jean-Louis Boisson craint que le métier de facteur ne devienne «rébarbatif» pour les jeunes : «on aimerait avoir des gens qui restent, qui soient attirés par le métier de facteur». «Je ne suis pas contre qu'il y ait des services en plus mais seulement qu'on arrête d'augmenter les tournées, qu'on arrête de supprimer des emplois» ajoute-t-il.

L'exemple de France Télécom


Pour sa part, Sandrine Garcia met en avant le mécontentement des usagers qui dérive en invectives aux guichets des bureaux de poste voire dégénère en agressions de facteurs : «les personnes attendent des dossiers en cours et tout est remis en cause parce que les délais postaux ne sont pas respectés». D'où la demande par la CFTC d'une compensation face aux risques encourus dans certains quartiers de la métropole dijonnaise.

Au-delà, est dans toutes les têtes le spectre de la vague de suicides ayant eu lieu au sein de France Télécom en 2008 et 2009, de façon concomitante au plan de réorganisation de cette entreprise. «On a de plus en plus de gens qui font de la dépression» alerte Sandrine Garcia. En 2016, le CHSCT de La Poste avait, au niveau national, interpellé le gouvernement suite aux suicides de neuf facteurs en trois ans.

Jean-Christophe Tardivon

La direction de La Poste défend le projet de réorganisation à Dijon