
«Attaquer le 1er-Mai, c'est affaiblir un symbole fort mais aussi ouvrir la porte à de nouvelles remises en cause», a déclaré la représentante de la CFDT qui a rejoint l'intersyndicale pour manifester, ce vendredi 1er mai, à Dijon. Le thème de «la vie chère» était dans toutes les têtes des plus de 2.000 participants.

Syndicats révolutionnaires et syndicats réformistes se sont retrouvés pour défendre les principes propres au 1er-Mai, Journée internationale de lutte pour les droits des travailleurs. Les rustines sur la banderole de l'intersyndicale le prouvaient, ce 1er mai 2026, à Dijon, la CFDT a rejoint le mouvement et a pu prendre la parole.
Le regroupement a eu lieu place Wilson où s'est tenu le traditionnel forum improvisé des associations et des syndicats. Le cortège s'est élancé après les prises de parole des représentants des organisations syndicales. Au plus fort de la manifestation, la police a décompté 2.000 participants et la CGT 2.500 (contre respectivement 1.500 et 2.000 en 2025).
Au niveau national, le ministère de l'Intérieur a évalué la mobilisation à 158.000 manifestants, la CGT à 300.000 (une participation stable par rapport à 2025).
«On ne touche pas au 1er-Mai»
«Le 1er-Mai, c'est notre journée, la seule journée chômée et payée dans 163 pays du monde»», a lancé Frédéric Pissot, secrétaire département de la CGT en Côte-d'Or, à partir du communiqué commun, (
lire le communiqué).
«C'est la mobilisation qui nous a permis de l'arracher, il y a plus de cent ans, et de la conserver il y a quelques jours alors que les macronistes, alliés à la droite et à l'extrême-droite, ont tenté de faire passer une loi pour contraindre 1,4 million de salariés à travailler ce jour-là», a-t-il développé pour faire le lien avec l'actualité récente.
Alors que le gouvernement souhaitait effectivement assouplir les dispositions en vigueur pour permettre à certains salariés d'occuper leur activité ce jour-là, sur la base du volontariat, la démarche a rencontré l'opposition unanime des organisations de salariés, amenant l'exécutif national à temporiser tout en répondant néanmoins aux boulangeries-pâtisseries et fleuristes artisanaux (
lire le communiqué).
«On ne touche pas au 1er-Mai», a résumé le représentant de la CGT sous les applaudissement des participants. «Le 1er-Mai, il est à nous», a renchérit Christine Bernery, co-secrétaire départementale du SNUIPP-FSU en Côte-d'Or, «on s'est battu pour le gagner, on se battra pour le garder».
«Les manifestation du 1er-Mai sont aussi le symbole de la solidarité ouvrière entre les travailleurs du monde entier», a rappelé Jean-Pierre de Oliveira, secrétaire général de Force ouvrière en Côte-d'Or.
«Nos droits ne sont jamais acquis définitivement», a alerté Sandrine Guignard, secrétaire régionale de la CFDT en Bourgogne-Franche-Comté – organisation ayant rejoint l'intersyndicale dans la semaine (
lire le communiqué) –, alors que «aujourd'hui, le 1er-Mai est directement visé».
«Le 1er-Mai n'est pas un jour comme un autre, il est le fruit de décennies de luttes sociales, ici et partout dans le monde. Attaquer le 1er-Mai, c'est affaiblir un symbole fort mais aussi ouvrir la porte à de nouvelles remises en cause», a-t-elle insisté.
À son tour, Théo Contis, co-secrétaire de l'union syndicale Solidaires 21, a dénoncé «les attaques de la part du gouvernement».
Alerte sur «le coût des énergies atteignant des montants records»
«La vie chère» fut également un thème développé par les représentants syndicaux. Ainsi, Frédéric Pissot a revendiqué que «notre travail soit rémunéré comme il se doit» car «alors que le prix de l'énergie explose, nos salaires n'ont pas retrouvé leurs niveaux de 2020», demandant au passage un «blocage» des prix de l'énergie et «la sortie des hydrocarbures» financée par «les richesses produites par [les travailleurs]».
«L'économie mondiale tousse et les citoyens et citoyennes du monde entier en paient le prix fort», a analysé Christine Bernery en appelant à «taxer les riches». «Quelle réponse à l’Élysée ? La construction d'un nouveau porte-avions à plus de 10 milliards d'euros ! (…) Lecornu explique que les 6 milliards d'euros que nous coûte la guerre au Moyen-Orient seront compensés par les 6 milliards d'économie budgétaires.»
Puisque le 1er-Mai est chômé et payé, Jean-Pierre de Oliveira a considéré que la priorité n'était pas que les salariés occupe une activité ce jour-là mais un accompagnement notamment «du coût des énergies atteignant des montants records».
«Quand les rapports de force sont déséquilibrés, le prétendu choix de volontariat n'existe pas», a analysé Sandrine Guignard, «d'autant plus quand les salaires ne permettent plus de vivre dignement, quand les fins de mois sont difficiles».
Pour Théo Contis, «il y a urgence sociale à immédiatement bloquer les prix et augmenter les salaires».
De façon connexe, le représentant de la CGT a alerté sur la multiplication des contrats précaires pour les jeunes en emploi et sur «les bourses étudiantes qui n'ont pas augmenté».
«Imposer un agenda de paix»
Frédéric Pissot a également eu une pensée «pour les millions de travailleurs et de travailleuses qui se trouvent sous les bombes en Iran, au Liban, en Palestine ou encore au Soudan».
Christine Bernery leur a témoigné sa «solidarité» : «disons non à la guerre et défendons le droit et l'autodétermination des peuples». «Construisons ensemble, à tous les niveaux, des politiques alternatives au libéralisme autoritaire et à l'extrême-droite.»
«La France et l'Europe doivent s'affirmer pour imposer un agenda de paix et de désarmement», a enchaîné Frédéric Pissot. «Honte à ceux qui nous intimaient l'ordre d'être prêts à sacrifier nos enfants sur l'autel du capitalisme radicalisé», a ensuite martelé le militant anticapitaliste. «La fuite en avant vers toujours plus de profits nous mène dans le mur !»
Le représentant de la CGT a conclut son propos en scandant le mot d'ordre du Front populaire de 1936 : «Pain, paix, liberté».
Un enjeu de syndicalisation
«Syndiquez-vous», ont insisté respectivement Christine Bernery et Théo Contis alors que le phénomène de défiance des institutions politiques semble désormais toucher les syndicats qui ne rassemblent plus qu'un salarié sur dix en France.
Tandis que des élections professionnelles se profilent dans la fonction publique, la représentante de la FSU a revendiqué «une augmentation du point d'indice».
«Dans le contexte, il faut s'organiser pour résister», a exhorté Théo Contis, «il faut rompre l'isolement attendu et provoqué par le capitalisme». «Soyons à l'offensive et relevons la tête !»
Après une heure trente de parcours au centre-ville, ambiancé par les oratrices de la CGT – alors que les pancartes revendicatives étaient fort rares –, les manifestants sont revenus place Wilson pour une dispersion dans le calme.
Jean-Christophe Tardivon


























































