> Vie locale > Vie locale
29/07/2023 22:51

DIJON : Une marche pour réclamer «vérité et justice» suite à la mort de Check Camara

Nouvellement naturalisé français, Check Camara est décédé, autour du 7 juillet dernier, dans des circonstances encore non élucidées. Ses proches ont organisé une marche, ce samedi 29 juillet, pour demander «une accélération» de l'enquête de la police et tenter de recueillir de nouveaux témoignages.
Le mystère plane sur la mort de Check Camara. De nationalité française, âgé de 18 ans, travaillant comme livreur dans l'agglomération dijonnaise, le jeune homme a été retrouvé sans vie dans les eaux du port du canal de Bourgogne, à Dijon, le lundi 10 juillet dernier.

Ses proches, en premier lieu son oncle qui l'hébergeait – le reste de la famille vivant en Côte d'Ivoire – et ses amis ou collègues de travail, ainsi que des militants des droits de l'homme ont participé à une marche pacifique dans les rues de Dijon, ce samedi 29 juillet 2023, pour demander «vérité et justice pour Check». Selon la police, l'action a rassemblé 170 personnes.

Retour sur les faits connus à ce jour


Son oncle a vu Check Camara pour la dernière fois, le vendredi 7 juillet, dans l'après-midi, alors que le jeune homme était rentré, peu après avoir reçu sa dernière paye, pour se préparer avant d'aller à un mariage, invité par son patron pour qui il effectuait des livraisons.

Dans la soirée, une vidéo, présentant des coupures dans l'enregistrement, a circulé sur les médias sociaux montrant le jeune homme fuyant des policiers au bord de l'Ouche, en contrebas de la rue de l'Île, à quelques dizaines de mètres du port du Canal.

Selon David Dufour, procureur adjoint du parquet de Dijon, le jeune homme aurait eu auparavant une altercation avec un automobiliste près de la Cité internationale de la gastronomie et du vin, ce qui aurait entraîné l'intervention de la police.

Le lundi suivant, l'oncle a contacté la police qui l'a incité à s'orienter vers les hôpitaux avant de déclarer la disparition de Check Camara, le mercredi. Là, il a appris alors le décès, identifiant le jeune homme et reconnaissant les vêtements portés le vendredi.

«Rien ne permet de relier le décès à l'action des policiers»


Sous l'autorité du parquet de Dijon, une enquête a été confiée aux policiers de la direction départementale de la sécurité publique de la Côte-d'Or en «recherche des causes de la mort».

«Rien ne permet de relier le décès à l'action des policiers», tient à signaler David Dufour, interrogé par Infos Dijon, qui indique que plusieurs personnes ont été entendues, dont l'automobiliste impliqué dans l'altercation.

Une autopsie de la victime a été effectuée. Selon le procureur adjoint, le moment du décès n'est pas daté «avec précision» mais remonterait à «quelques jours avant la découverte du corps», sans pour autant préciser la cause du décès.

Par l'intermédiaire de Maître Jean-Baptiste Gavignet, avocat au barreau de Dijon, le 24 juillet dernier, l'oncle a déposé une plainte contre X pour «omission de porter secours à personne en danger».

L'oncle pointe des incongruités


«Nous sommes là pour rendre un hommage à [Check Camara], explique Allassane Doumbia, l'oncle de la victime, juste avant le départ de la marche depuis l'obélisque du port du canal.

«Les circonstances sont floues. On accuse personne. On veut juste la vérité. On veut savoir qu'est-ce qui s'est passé. Dijon est une ville où il y a beaucoup de caméras», ajoute Allassane Doumbia. «Qu'est-ce qui s'est passé après la vidéo ? On le voit rentrer dans l'Ouche mais on ne voit pas s'il sort.»

L'homme pointe des incongruités : Check Camara avait peur de l'eau, il connaissait bien le secteur du port du canal où il se promenait régulièrement, les eaux du port ne présentent pas de courant, son smartphone aurait été fonctionnel encore trois jours après la disparition en ayant été retrouvé dans une poche du jogging habillant le corps immergé et aucun appel n'aurait été passé après le vendredi après-midi.

Check Camara venait de se voir accorder la nationalité française


«Durant les six mois qu'il a passé chez moi, je ne peux pas dire qu'il a fait quelque chose de bizarre», tient à signaler Allassane Doumbia. «C'était quelqu'un de joyeux, qui avait faim de la vie. (...) Tous les jours, il sourit, il rigole. (…) Il faisait à manger pour moi. Ce n'était pas quelqu'un avec la tête en l'air ou qui pensait au suicide.»

D'après son oncle, Check Camara, en atteignant ses 18 ans, venait de se voir accorder la nationalité française et «attendait sa carte».

Aujourd'hui, après le drame, la famille cherche une solution pour rapatrier le corps du défunt en Côte d'Ivoire pour «pouvoir faire le deuil». Une cagnotte en ligne a été instaurée (retrouver la cagnotte sur Leetchi).

«On attend de nouveaux témoignages et une accélération de la police», indique Allassane Doumbia au regard de la marche organisée ce samedi. «Les témoignages, c'est très important pour nous», insiste-t-il en indiquant un email (allassane.doumbia@gmail.com).

«Une marche pacifique»


À l'heure du rassemblement, les participants affluent progressivement. Des proches de Check Camara donc, ainsi que des militants associatifs, de la Ligue des droits de l'Homme, de SOS Racisme Côte-d'Or ou encore d'ATTAC, et des militants politiques dont Antoine Peillon (Génération.s), ancien candidat aux élections législatives en Côte-d'Or. Quelques Gilets jaunes sont là aussi, ainsi que des membres du syndicat étudiant UNEF Bourgogne.

En prenant la parole pour lancer l'action, au micro de la sono de l'union syndicale Solidaires de Côte-d'Or, Allassane Doumbia insiste sur le fait qu'il s'agit d'«une marche pacifique», un mot d'ordre qui sera effectivement respecté par les quelques 170 participants, selon le décompte de la police, pour une action se déroulant dans le calme et la dignité.

Le parcours, défini en lien avec la préfecture de la Côte-d'Or et sécurisé à la fois par la police nationale et la police municipale, consiste en un aller-retour port du canal-place de la République en passant par la place Darcy. Durant plus de deux heures, avec une sublime abnégation, les participants scanderont sans interruption un seul et même slogan : «justice pour Check, vérité pour Check».

«Le but est de toucher les gens»


Le cortège s'élance par la rue de l'Hôpital, en direction du pont SNCF de l'Arquebuse. Le trafic des bus et tramways est ponctuellement perturbé au passage du cortège, les véhicules sont temporairement arrêtés.

Néanmoins, certains automobilistes klaxonnent et saluent la marche, des riverains affichent également leur soutien et des passants prennent les tracts.

Régulièrement, le cortège fait une halte pour de brèves prises de parole avec «le but de toucher les gens, les gens peuvent nous entendre ici». «On veut des réponses», est l'expression qui revient le plus souvent.

«On a l'impression de ne pas être égal»


Certains participants tendent à mettre cause l'action des policiers. «On n'accuse personne», tempère Allassane Doumbia en récupérant le micro avec diplomatie.

«Nous sommes dans un pays de liberté, d'égalité. On a l'impression de ne pas être égal, c'est le constat que l'on fait», déclare cependant un participant. «Soyons forts, nous sommes tous des êtres humains. Check avait juste 18 ans, il n'avait pas demandé à mourir. Pour un petit problème avec la police, trois jours après, on le retrouve mort. Faut qu'on nous dise la vérité ! Qu'est-ce qui est arrivé à Check ? S'il n'y a pas de vérité, il n'y a pas de paix !»

«Comment le corps s'est retrouvé là ?»


De retour à proximité du port du canal, le cortège fait une halte place du 1er-Mai pour localiser les lieux de la vidéo, l'Ouche passant sous la place avec un accès menant aux berges.

Puis la marche se poursuit jusqu'au lieu où le corps de Check Camara a été repêché. «Comment le corps s'est retrouvé là ?» insiste Allassane Doumbia, «on veut la vérité». «C'est un mystère du début jusqu'à la fin.»

«Ce n'est pas le premier corps qu'on retrouve là», signale l'orateur, évoquant l'accident d'un homme de 24 ans, en 2022, et le suicide d'une femme d'une soixantaine d'années, en 2021. «Ils peuvent mettre des caméras ou mettre des choses pour sensibiliser les gens. (…) Il y a un problème, ça concerne tout le monde.»

«Si on vous interpelle, vous vous arrêtez, surtout dans les parties où il y a des caméras, on verra ce qui va se passer», conseille Allassane Doumbia en cas de contrôle par des agents des forces de sécurité intérieure, «ça ne sert à rien d'essayer de s'échapper».

Après les toutes dernières interventions, la marche se conclut par une minute de silence «pour Check».

Jean-Christophe Tardivon