
Ce mardi 23 juin, lors des premiers discours des Assises de la transition énergétique, le président de la Métropole de Dijon a insisté sur l'articulation avec la décentralisation et a appelé à «sortir de notre dépendance aux énergies fossiles».

La 27ème édition des Assises européennes de la transition énergétique s'est ouverte, ce mardi 23 juin 2026, à Dijon, avec pour mot d'ordre «la mobilisation générale». La première réunion plénière s'est tenue dans l'Auditorium de l'Opéra de Dijon, en présence de plusieurs centaines de personnes dans une ambiance légèrement climatisée. Jusqu'au 25 juin, 3.000 personnes sont attendues sur l'ensemble de l'événement.
Les Assises ont été ouvertes par Nathalie Koenders (PS), maire de Dijon, en présence notamment de Catherine Hervieu (LE), députée de la Côte-d'Or, Jérôme Durain (PS), président de la Région Bourgogne-Franche-Comté, François Rebsamen (FP), président de la Métropole de Dijon, Patrice Vergriete (FP), président de la communauté urbaine de Dunkerque, Chantal Cutajar (Cap 21), vice-présidente de la Métropole de Strasbourg, Catherine Fabre (REN), vice-présidente de la Métropole de Bordeaux, et Nicolas Soudon, directeur exécutif de l'action territoriale de l'ADEME.
«Nous avançons sur le chemin de la décarbonation», estime Nathalie Koenders
«L'aggravation du changement climatique emporte avec elle des effets incontestablement destructeurs pour la planète et l'humanité qui l'habite», considère Nathalie Koenders lors de son discours d'ouverture. «La bonne nouvelle, c'est que que nous avançons sur le chemin de la décarbonation. Les solutions existent, émergent, se développement et changent concrètement nos modes de vie, de consommation, de déplacement.»
«Les efforts paient», souligne la socialiste en référence aux annonces, le 16 juin dernier, du Centre interprofessionnel technique d'études de la pollution atmosphérique (CITEPA) concernant la baisse des émissions de gaz à effet de serre en France : -6,8% en 2022, -3,9% en 2023, -3% en 2024 et -2,1% en 2025.
«Nous n'avons pas d'autre choix que d’amplifier le mouvement et d'accélérer si on veut espérer tenir le cap de la neutralité carbone à l'horizon 2050», insiste la maire de Dijon qui vante alors l'action de la municipalité en la matière : rénovation du patrimoine scolaire, installation de panneaux solaires sur les bâtiments communaux, projet RESPONSE dans le quartier de la Fontaine d'Ouche (
lire notre article) et autres «grands projets structurants» en lien avec la Métropole de Dijon.
«Le progrès énergétique doit bénéficier à tous»
«La précarité énergétique est une réalité», poursuit Nathalie Koenders au regard de l'inflation des coûts de l'énergie consécutive d'abord aux débuts de la guerre en Ukraine puis de la guerre en Iran. «Sortir des énergies fossiles est devenu une question de souveraineté.
«Le gouvernement a annoncé un vaste plan d'électrification des usages», rappelle la socialiste qui espère que l'«enjeu d'une transition socialement juste» figure dans les débats de ces Assises. «Le progrès énergétique doit bénéficier à tous.»
«Nous portons une action qui conjugue sobriété et production d'énergie décarbonée»
D'emblée, François Rebsamen fait applaudir le maire de Vinnytsia, présent au dîner d'ouverture la veille, ainsi que tous «les résistants de la liberté, les résistants de l'Europe». Un partenariat économique lie la Métropole de Dijon, la Ville et l'oblast de Vinnytsia ainsi que la Région Bourgogne-Franche-Comté (
lire notre article).
«Notre engagement en faveur de la transition écologique est vaste et fortement ancré sur notre territoire», reprend le président de la Métropole de Dijon, «une action à la fois ancienne, audacieuse et mise au service des habitants».
«Nous portons une action qui conjugue sobriété (…) et production d'énergie décarbonée», insiste l'élu progressiste qui vante à son tour le réseau de chaleur urbain, l'unité de valorisation énergétique des déchets, le méthaniseur de l'usine d’assainissement des eaux et les parcs solaires. La plupart de ces équipements figurent au programme des visites des participants des Assises.
«Après 15 ans d'investissement, notre territoire est une référence en matière de transition énergétique», revendique le président de la Métropole de Dijon qui estime que le recours au réseau de chaleur urbain équivaut à 45.000 véhicules retirés de la circulation en matière d'émissions de gaz à effet de serre.
Le 27 mars 2025, la Métropole de Dijon a acté l'engagement de 600.000 euros pour constituer une société d'économie mixte de développement d'énergies renouvelables en partenariat avec un fond d'investissement de Meridiam. Les investissements pour développer 60 projets afin d'exploiter ce potentiel sont estimés à 750 millions d'euros (
lire notre article).
«Produire localement une énergie consommée localement permet de renforcer notre souveraineté énergétique et de mieux maîtriser les dépenses publiques», insiste le responsable de l'exécutif métropolitain en annonçant que le territoire approche de l'objectif de 50% de réduction des émissions de gaz à effet de serre prévu pour 2030.
La Ville et la Métropole de Dijon obtiennent le label Climat-Air-Énergie 4 étoiles
Dans le cadre des Assises, la Ville et la Métropole de Dijon se voient décerner le label Climat-Air-Énergie 4 étoiles du programme national Territoire engagé transition écologique (TETE) porté par l'ADEME.
Selon leurs services, «cette distinction récompense la qualité de la stratégie menée par les collectivités et les résultats obtenus en matière de lutte contre le changement climatique, de transition énergétique et d'amélioration de la qualité de l'air».
François Rebsamen appelle à «sortir de notre dépendance aux énergies fossiles»
«Depuis plusieurs décennies, nous savons que le changement climatique, conjugué à l'effondrement de la biodiversité, nous impose de transformer notre modèle de développement», enchaîne François Resbamen. «La France contemporaine connaît l'année la plus chaude de son histoire.»
«Les bouleversements géopolitiques nous ont mis face à la vulnérabilité qu'implique notre dépendance énergétique», analyse l'élu progressiste qui appelle à «sortir de notre dépendance aux énergies fossiles» car «l'ordre mondial promet d'être longtemps bousculé».
«Trop souvent, les collectivités locales sont confrontées à des injonctions contradictoires»
«Les collectivités locales sont au rendez-vous de l'action», reprend François Rebsamen, saluant l'arrivée de la troisième programmation pluriannuelle de l'énergie qui «traduit l'ampleur de la transformation nécessaire de notre système énergétique»
«Cette transformation ne pourra réussir qu'au plus près des réalités locales et devra se décliner au travers des Régions», développe le le président de la Métropole de Dijon, «les grandes agglomérations et Métropoles devraient se voir confier le statut d'autorité de la transition écologique et solidaire». Une demande portée par l'association d'élus France urbaine.
«Trop souvent, les collectivités locales sont confrontées à des injonctions contradictoires», poursuit l'élu progressiste en adoptant un ton plus incisif sur les thématiques de l'accès au foncier et du coût de raccordement au réseau électrique alors que «les conditions financières de raccordement diffèrent fortement d'une région à l'autre, en sachant que c'est toujours l'Île-de-France qui est la plus favorisée, au détriment des autres régions françaises».
«Nous avons besoin de visibilité, de lisibilité et de stabilité», martèle l'élu local qui, en vue de l'élection présidentielle, appelle à «un pacte de stabilité en termes de fiscalité et de normes» car «nous avons besoin d'un cadre qui encourage l'initiative plutôt qu'il ne la freine». «Les collectivités ne sont pas un échelon d'exécution mais un des moteurs de l'efficacité.»
Au passage, François Rebsamen fait applaudir Jean-Patrick Masson (écologiste indépendant) qui, quand il était vice-président de la Métropole de Dijon chargé de l'écologie urbaine, a obtenu une modification du règlement national de la Commission de régulation de l'énergie.
L'élu progressiste reprend en vantant «l'unité européenne» : «hier, c'est le charbon et l'acier ; aujourd'hui, c'est la transition énergétique».
«La transition énergétique n'a de cesse que si elle améliore concrètement la vie de tous nos habitants», développe-t-il, «je ne crois pas à une écologie qui les mènerait à marche forcée». «Ce sont les plus précaires qui sont les plus exposés au changement climatique, beaucoup moins que les plus aisés qui se déplacent toujours les jours, dans tous les sens, et souvent sans raison. (…) Je crois à la social-écologie, à l'écologie des solutions, l'écologie populaire qui apporte des bénéfices concrets aux habitants.»
«Ce sont les territoires qui vont transformer les objectifs nationaux en réalités concrètes»
Débute alors une table-ronde, animée par Carine Rocchesani, pour laquelle le micro est confié en premier à Jérôme Durain qui rappelle que la Région Bourgogne-Franche-Comté a accompagné la rénovation énergétique de 2.600 logements sociaux en 2025. «C'est concret et ça fait tomber la vacance à zéro !»
Néanmoins, le socialiste constate que «les Régions sont cheffes de file de la transformation sans moyen dédié», dénonce les évolutions à la baisse des montants de Ma Prime rénov', des tarifs de l'électricité ainsi que de l'enveloppe du Fonds vert et déplore que quelques centaines d'agriculteurs qui ont opté pour la diversification économique dans le champ de l'énergie «ne peuvent se raccorder au réseau électrique».
Catherine Fabre partage «la volonté forte de Bordeaux Métropole de participer à l'électrification des usages» et cite le projet d'électrification des quais de la Garonne pour alimenter notamment les bateaux de croisière.
«La transition énergétique n'est pas uniquement un défit technique, elles est un défi humain et démocratique», souligne Chantal Cutajar en évoquant l'implication du conseil de développement de l'Eurométropole. «La mobilisation générale ne pourra réussir qu'en associant pleinement l'ensemble des acteurs du territoires, c'est ce que nous faisons à Strasbourg.»
«On est mieux armé qu'hier», considère toutefois la vice-président de la Métropole de Strasbourg au regard de la PPE3 et du plan sur l'électrification des usages. Mais, «si «les territoires ont besoin de ce cap», «nous ne sommes pas encore suffisamment armés pour aller à la vitesse que le changement climatique exige. Le principal frein est véritablement l'instabilité des règles du jeu. Les collectivités ont beaucoup de mal à s'adapter à l'incertitude quasi permanente. (…) Ce sont les territoires qui vont transformer les objectifs nationaux en réalités concrètes.»
Patrice Vergriete insiste sur l'évolution des projets industriels entre Arcelor Mittal qui développe un four électrique pour son aciérie et la gigafactory de batteries de Verkor. «Dunkerque trouve une nouvelle vie industrielle avec ses industries de la société décarbonée.»
Dans la foulée, Nicolas Soudon souligne les enjeux de la décarbonation pour la pérennité des entreprises : «la transition énergétique permet de gagner en souveraineté et en résilience».
Quota climat se félicite de la sanction attribuée à Cnews pour des «propos grossièrement erronés» sur le changement climatique
La réunion plénière d'ouverture se termine par l'intervention d'Eva Morel, secrétaire générale de Quota climat, association fondée en 2022 qui milite pour «la nécessité d’un traitement médiatique à la hauteur de la crise écologique». Quota climat se propose de «mesurer la désinformation climatique dans les médias audiovisuels».
En particulier, Eva Morel se félicite que, le 6 novembre 2025, le Conseil d’État a confirmé la sanction de 20.000 euros attribuée par l'Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (ARCOM) à la chaîne Cnews pour des propos, diffusés le 8 août 2023, de l'économiste Philippe Herlin niant le réchauffement climatique anthropique sans être contredit.
Pour le Conseil d’État, il s'agissait de «propos grossièrement erronés et manifestement non conformes aux données acquises de la science, au surcroît accompagnés de propos de caractère complotiste». La plus haute juridiction administrative considère que cela représente pour Cnews «une méconnaissance» des textes réglementaires relatifs à «'exigence d'honnêteté de l'information et à la maîtrise de l'antenne».
Selon Quota climat, cette «première historique» constitue «un signal fort qui marque la fin de l’impunité face à la diffusion de fausses informations sur le climat».
La transition énergétique et la décentralisation en question
«Que l’État nous laisse agir pour développer ces politiques qui concernent d'abord les habitants de nos territoires», insiste François Rebsamen en conférence de presse à l'issue de la réunion plénière d'ouverture.
«L’État doit fixer le cadre», développe le défenseur de la décentralisation, «mais, en même temps qu'on définit un cadre, on change les règles de financement de l'ensemble des projets qui sont en cours et on retarde la mise en œuvre de ces politiques».
Selon Patrice Vergriete, les compétences dévolues à l'échelon intercommunal par la décentralisation lui font «maîtriser l'ensemble des problématiques de transition énergétique» : mobilités du quotidien, gestion des déchets, assainissement de l'eau...
François Rebsamen dénonce «la suradministration de nos collectivités» et «la surtransposition des normes européennes». «Si l’État local, c'est ça, alors non», cingle l'élu progressiste en référence au projet de décentralisation présenté par la ministre Françoise Gatel, le 20 mai dernier. «Qu'ils nous transfèrent Ma Prime rénov', on la gérera dix fois mieux que l’État ou [l'Agence nationale de l'habitat] !»
«C'est toute la République qu'il faut réviser dans sa relation aux collectivités locales et c'est même le mode de fonctionnement es collectivités locales, dans leur organisation, dans leur élection, qu'il faut repenser», appuie celui qui compte participer aux débats liés à la prochaine présidentielle sous l'angle de la «nouvelle organisation territoriale de la République».
Des projets menacés dans les intercommunalités...
Les modalités de contribution au redressement des comptes publics font bondir le président de la Métropole de Dijon : «les grandes villes riches n'ont pas été taxées cette année, au titre du DILICO, et la surtaxation est arrivée sur les [intercommunalités] (…) et en plus sur les zones industrielles».
Patrice Vergriete met en cause les conséquences pour les intercommunalités de l'allègement des impôts de production dus par les entreprises souhaité par Nicolas Sarkozy puis Emmanuel Macron : «jamais on a eu une loi de finances aussi injuste pour les collectivités». «Dunkerque est la plus taxée rapporté au nombre d'habitants concernés.»
… en particulier à Dunkerque
«On va devoir abandonner des projets», alerte le président de la communauté urbaine de Dunkerque en référence au projet «Usines sans parking», pourtant «unique au monde».
Les projections concernant le développement de la zone industrialo-portuaire de Dunkerque (ZIPD) envisagent un accroissement de 20.000 emplois d'ici 2030. À ce jour, 85% des employés se déplacent en voitures individuelles. Une saturation de l'autoroute A16 est anticipée.
Dans le cadre des Services express régionaux métropolitains (SERM), l'intercommunalité a préparé un projet consistant à créer des parkings silos près de pôles d'échange de mobilité où les voitures seraient stationnées avant que les employés n'accèdent effectivement aux usines en empruntant de nouvelles lignes de bus et des navettes autonomes Urbanloop qui ont été expérimentées au moment des Jeux olympiques de Paris 2024. Il n'y aurait plus de parking dans la ZIPD.
«C'est totalement innovant, nettement moins cher que de faire une troisième voie sur l'autoroute et totalement en anticipation de l'avenir», s'enflamme Patrice Vergriete avant de déchanter. «[L’État] fait le choix que, demain, les salariés qui travailleront dans ces nouvelles usines qui doivent fabriquer la société décarbonée de demain n'y arriveront pas.»
Le coût du projet «Usines sans parking» est estimé à 100 millions d'euros. Pour le financer, la communauté urbaine demande le déplafonnement du versement mobilité – impôt de production dû par les entreprises de plus dix salariés – pour l'augmenter de 0,2 point. Une ressource hypothétique à ce stade qui pourrait atteindre 20 millions d'euros. De plus, la contribution au redressement des comptes publics atteint 14 millions d'euros en 2026.
Parallèlement, «il n'y a plus aucune garantie sur le financement des SERM» en raison du fléchage des recettes des autoroutes pour la regénération des voies ferrées existantes. «On sacrifie toujours le financement à long terme. Quand le problème va arriver, il coûtera trois fois plus !»
François Rebsamen abonde en pointant des changements de règles «toujours à l'avantage de l'Île-de-France», en citant l'augmentation du versement mobilité – «et pas qu'un peu : de 2% à 3,2%» – ou encore les différents coûts de raccordement au réseau électrique des parcs solaires.
Jean-Christophe Tardivon
























