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15/04/2022 03:28

ENVIRONNEMENT : Jean-Patrick Masson alerte sur la faible recharge de la nappe phréatique Dijon sud

Après un hiver aux pluies peu abondantes, ce jeudi 14 avril le vice-président de Dijon Métropole a demandé au conseil départemental de la Côte-d'Or de «surseoir» au pompage effectué dans la nappe phréatique Dijon sud pour remplir un bassin destiné à l'irrigation.
«La nappe phréatique Dijon sud a baissé de 2 mètre 25 en dix ans». L'écologiste indépendant Jean-Patrick Masson, vice-président de Dijon Métropole en charge notamment de la transition écologique, a pris la parole au détour d'un rapport pour informer ses collègues lors du conseil métropolitain de ce jeudi 14 avril 2022.

«L'hiver qui vient de se passer est l'hiver est le plus terrible en termes de pluviométrie puisque la pluviométrie a été très faible, la nappe a seulement remonté de 29 centimètres pendant l'hiver. (…) On est dans une situation compliquée qui va aboutir vraisemblablement à des difficultés tout au long de l'année», a alerté Jean-Patrick Masson.


«J'appelle à surseoir à l'opération»


«Ce qui me hérisse, c'est quand, dans le même temps, on a le le remplissage du bassin du conseil départemental, soit un pompage de 40.000 mètres cubes dans la nappe. Le minimum que l'on peut faire, c'est qu'une collectivité qui a le rôle de préserver le bien être des habitants et leur futur en matière d'alimentation en eau potable, qui a la préoccupation des sujets d'alimentation en eau, (…) il serait indispensable qu'il y ait un arrêt total du pompage en attendant une hypothétique et complètement souhaitable recharge de la nappe elle-même. (...) J'appelle à surseoir à l'opération», a-t-il revendiqué.

Dans la foulée, Antoine Hoareau (PS), vice-président de Dijon Métropole et président de la SEMOP Odivea, a dénoncé «des usages indécents de la nappe Dijon sud».

«C'est un vrai sujet», a réagit François Rebsamen (PS), président de Dijon Métropole, «il faut protéger cette nappe, (…) agissons pour faire stopper non le projet de pompage mais le pompage à cet instant».

«On a arrêté les pompages massifs dans les années 1995»


À l'issue de l'assemblée, Jean-Patrick Masson a apporté des informations supplémentaires.

La nappe phréatique Dijon sud s'étend de Dijon à Izeure, sous Chenôve, Perrigny-lès-Dijon ou encore Corcelles-lès-Cîteaux. Elle s'étend ainsi sur 20  km de long et 2 à 4 km de large. Une première nappe, superficielle, se situe entre 23 et 34 mètres de profondeur. Une seconde nappe, profonde, descend jusqu'à 63 mètres.

Sa ressource est utilisée par environ 45.000 habitants. Exploitée depuis 1960, sa capacité est d'environ 15 millions de mètres cubes. Régénérée uniquement par des eaux de pluie, elle alimente elle-même la rivière Cent Fonts (ou Sansfond), affluent de la Vouge. Elle fait partie du bassin de la Saône.

En dix ans, le niveau de la nappe phréatique Dijon sud a baissé de 2 mètre 25. les recharges sont de moins en moins importantes. La dernière recharge significative remonte à 2017 avec une élévation de 2 m 60 dans l'hiver suivie de 17 mois sans recharge, le niveau baissant au final. En 2019 et 2020, les recharges ont été modestes avec environ 1m20.

Les habitants de la communauté de communes de Gevrey-Chambertin et de Nuits-Saint-Georges notamment dépendent «complètement de la nappe Dijon sud». La communauté de communes a trois puits et la Métropole deux puits qui s'approvisionnent dans cette nappe.

«On les utilise le moins possible – ça alimente Fenay entre autres – parce que, cette nappe étant fragile, on a arrêté les pompages massifs dans les années 1995», a signalé Jean-Patrick Masson qui estime à environ 2 millions de mètres cubes le volume d'eau capté annuellement.

Un projet financé par l'agence de l'eau Rhône-Méditerranée-Corse


À cela s'ajoute depuis peu, le pompage pour approvisionner un bassin mis en place par le conseil départemental de la Côte-d'Or afin d'alimenter en eau des producteurs maraîchers bio sur une parcelles de 20 hectares à Perrigny-lès-Dijon. Ce qui représentera in fine 40.000 mètres cubes.

François Sauvadet (LCOP), président du conseil départemental de la Côte-d'Or, met régulièrement en balance les 40.000 mètres cubes du bassin et les «20.000.000 de m3 par an» captés par la Métropole dans ses différentes ressources sans oublier de signaler que le projet est cofinancé par l'agence de l'eau Rhône-Méditerranée-Corse pour favoriser la production biologique à la verticale de la nappe phréatique (lire le communiqué).

De manière générale, le centriste défend «l’accès à l’eau pour tous, partout, pour tous les usages», y compris les usages agricoles, tandis que son opposition a contesté la compétence du Département sur le sujet de l'eau devant le tribunal administratif (lire notre article).

«Tout pompage qui n'existait pas il y a un an aggrave la situation»


«C'est une nappe fragilisée qui depuis plus de vingt ans a baissé de plus de 2 mètres. Le fait de ne pas avoir de recharge en hiver, en lien avec le changement climatique, le fait qu'on pompe artificiellement pour alimenter un bassin sur Perrigny-lès-Dijon, on la fragilise d'autant plus avec des usages supplémentaires. (…) Tout pompage qui n'existait pas il y a un an aggrave la situation», a déclaré Jean-Patrick Masson à Infos Dijon.

À titre personnel, l'écologiste est opposé au stockage d'eau en surface du fait de l'évaporation qui s'en suit, estimée à «entre 30 et 50%». «On stocke de l'eau et on en perd la moitié», a-t-il déploré. Cependant, en tant qu'élu métropolitain, ce n'est pas l'argument qu'il met en avant : «le bassin a été construit. Je dis simplement que ce n'est pas raisonnable de pomper maintenant. Si on a un hiver pluvieux l'an prochain, il n'y aura pas de souci mais, cette année, c'est un problème».

Le dérèglement de la pluviométrie


«On n'a jamais connu hormis en 1993 une situation telle que celle-ci», a souligné l'élu, établissant un lien avec le changement climatique. Si la pluviométrie annuelle s'annonce avec une tendance baissière dans les années à venir, elle devrait être surtout de plus en plus différenciée selon les territoires, présentant de plus longues périodes sans pluie entrecoupées de précipitations qui pourraient être plus intenses.

En cas de précipitations importantes sur des terrains rendus secs, le ruissellement de l'eau peut avoir un effet d'inondation plutôt que d'infiltration dans le sol, ne rechargeant pas la nappe phréatique. De la même façon, alors que la neige constitue un stockage naturel de l'eau qui s'infiltre progressivement dans le sol en fondant, son absence en hiver ne favorise plus la recharge des nappes phréatiques.

«Le régime tempéré classique est en train de se décaler, de se dérégler. On aboutit à une situation qu'on a jamais connu. J'ai les statistique depuis 1970. On voit la tendance baissière de la pluviométrie, qu'on est de plus en irrégulier. Construire des installations sur un postulat qui consiste à dire 'en hiver, il y aura de l'eau, en été, il n'y en aura pas' ce n'est pas exacte. En hiver, il peut ne pas y avoir d'eau», a analysé Jean-Patrick Masson.

«Il faut s'adapter au changement»


«Le fait d'être en tête de bassin induit que l'on est complètement dépendant du régime pluviométrique pour notre alimentation en eau pour le bétail, pour l'agriculture, pour les êtres humains que nous sommes, pour les industries. La seule ressource de stockage existante sur notre territoire, c'est la nappe de Dijon sud», a-t-il mis en avant.

«La recharge hivernale est fondamentale», a martelé l'élu écologiste, «entre novembre et début mars, c'est ça qui fait la ressource de l'année». À partir de mars, l'eau de pluie est principalement captée par la végétation qui se développe.

«Les choses changent, il faut s'adapter au changement. Là, c'est le conseil départemental, si cela avait été des irrigants, cela aurait été pareil, c'est un problème factuel», a précisé l'élu métropolitain qui entend ne pas cibler spécialement une collectivité en particulier.

L'intervention, correspondant à une communication dans «l'urgence», n'a pas été accompagnée d'un vote des élus métropolitains à ce sujet.

Jean-Christophe Tardivon






Visuel agence de l'eau Rhône-Méditerranée-Corse


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