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14/03/2021 12:56

FRET FERROVIAIRE : Les cheminots CGT demandent au ministre des Transports de «renverser la vapeur»

Les cheminots de la CGT de la région de Dijon ont mis la pression sur Jean-Baptiste Djebbari le 4 mars dernier à la gare de triage de Gevrey. Face à l'accusation de «casse» du service public, le ministre des Transports a répondu «subvention du fret ferroviaire» et, pour la Région, Michel Neugnot a mis en avant la prochaine «expérimentation» d'un train léger autonome dans l'Autunois-Morvan.
Régulièrement, quand le ministre des Transports, Jean-Baptiste Djebbari, se déplace, les cheminots de la CGT forment un comité d'accueil. Le jeudi 4 mars 2021, une rencontre a eu lieu à l'occasion de la visite de la gare de triage Perrigny-Gevrey, en périphérie de Dijon.

Une vingtaine de cheminots conduit par Jean-Christophe Gossart, secrétaire général du secteur fédéral CGT des cheminots de la région de Dijon, ont pu échanger et remettre des tracts au ministre accompagné de François Patriat (LREM), sénateur de la Côte-d'Or, Didier Paris (LREM), député de la Côte-d'Or, Michel Neugnot (PS), vice-président du conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté en charge des transports, Christophe Lucand (PS), maire de Gevrey-Chambertin, Fabien Sudry, préfet de la Côte-d'Or, et Jérôme Grand, directeur territorial SNCF Réseau Bourgogne-Franche-Comté.

«SNCF Réseau réduit la capacité du triage en supprimant 30 % de voies de service»


Pour les syndicalistes, «malgré les annonces, la casse se poursuit». Ce n'est rien moins que le démantèlement du service public ferroviaire, notamment dans le fret, que les cheminots CGT reprochent à l'exécutif. Ils jugent trop libérale la politique d'Emmanuel Macron.

Parmi les arguments, les choix techniques opérés par SNCF Réseau : «il y a une dizaine d’années était, malgré les oppositions, abandonné le tri à la gravité au triage de Gevrey Chambertin pour être remplacé par un tri à plat. Ce tri à la gravité permettait, par un système de bosse, puis de rails-freins, de former un nombre important de trains fret, ce que le tri à plat ne permet pas. Or, sans aucune concertation sur ce sujet, SNCF Réseau réduit la capacité du triage en supprimant 30 % de voies de service, en déposant des installations fondamentales».

Un choix qui apparaît «incohérent, décalé et suicidaire pour le rail» alors que le président de la République annonçait des aides spécifiques pour le fret. De ce fait, les annonces en question apparaissent comme une «opération de com'» de la part de l'exécutif et conduisent les cheminots à s'interroger : «à quoi serviront les 4,7 milliards d'euros d’argent public annoncés, à relancer ou à casser ?».

Localement, «l’utilisation annoncée des nouvelles méthodes d’exploitation, notamment sur la ligne Etang-sur-Arroux/Autun ainsi que de travaux vont spécialiser ces infrastructures de manière irréversible si l’objectif de n’y faire circuler du matériel léger est mis en œuvre. Cela les rendant inaccessibles à d’autres matériels ou à des trains FRET alors que le report modal nous est annoncé comme priorité nationale».

Les cheminots demandent que «la capacité de tri à la gravité de Gevrey soit maintenue et même modernisée pour un véritable report modal avec des outils adaptés. Il s’agit de renverser la vapeur, de connecter les zones industrielles au réseau, de permettre de traiter des wagons isolés qui correspondent aux besoins industriels en les massifiant via l’outil performant que peut être un triage moderne au cœur d’axes ferroviaires européens majeurs et en connexion avec le tissu industriel de Bourgogne-Franche-Comté». Pour les syndicalistes CGT, «là est la vraie relance, répondant aux enjeux environnementaux, sociétaux et sociaux».

«Mettre l'argent là où les clients circulent»


En réponse aux syndicalistes, Jérôme Grand défend la stratégie de SNCF Réseau, gestionnaire du réseau ferroviaire, évoquant un doublement des investissements en Bourgogne-Franche-Comté depuis 2019 : «cela montre bien que la priorité sur le ferroviaire est là».

Et donner pour exemple l'aménagement de l'arrêt à Mâcon pour permettre aux transporteurs routiers de mettre leur camion sur le train de l'autoroute ferroviaire, le fait d'avoir «sauver» les lignes fret du Morvan et de Gray et le plan de trois ans de 8 millions d'investissement sur la gare de triage Perrigny-Gevrey en 2021. «Notre schéma directeur vise à mettre l'argent là où les clients circulent, là où il y a des vrais besoins des entreprises ferroviaires», résume Jérôme Grand.

«Quand vous mettez un conteneur sur les rails, ça coûte 30% plus cher»


À son tour, le ministre des Transports répond en confrontant le ferroviaire à la concurrence de la route : «je prends l'exemple du Perpignan-Rungis, quand vous mettez un conteneur sur les rails, ça coûte 30% plus cher».

Ce qui fait protester Jean-Christophe Gossart, argumentant sur les enjeux environnementaux : «les externalités négatives, vous ne les comptez pas !? La pollution, les bouchons, les accidents de la route...». «Pourquoi vous ne prenez pas des lois pour empêcher les camions de traverser la France ?» demande un cheminot, évoquant «le lobby du pétrole». «Dans 50 ans, qu'est-ce qu'on va faire face au réchauffement climatique, c'est votre responsabilité politique», lance un autre participant.

«On subventionne une partie du marché»


«Soit on taxe la route, soit on subventionne le rail», réagit Jean-Baptiste Djebbari. «Comment on fait pour que le fret ferroviaire, demain, ait un modèle qui tienne ? Il faut un réseau qui soit remis en état. (…) On a sous-investi dessus depuis de nombreuses années. On est en train de réparer ça. Ça prend du temps. Le marché ferroviaire n'est pas homogène. Il y a des trains massifs où il y a beaucoup d'opérateurs et il y a une forme de rentabilité. Il y a d'autres parties qui sont subventionnées par construction (wagon isolé, transport combiné). On subventionne une partie du marché et on fait plus que personne n'a jamais fait».

Expérimentation d'un train léger autonome dans l'Autunois-Morvan


«Je vais donner des exemples concrets en Bourgogne-Franche-Comté», propose Michel Neugnot pour alimenter le débat sur la réponse aux attentes des opérateurs, évoquant les travaux réalisés à la gare-bois à La Roche-en-Bresnil alors que les chargeurs se détournent du ferroviaire pour le transport des copeaux de bois.

«On vient ici pour la photo mais on supprime 30% des voies de service du triage de Gevrey», peste Jean-Christophe Gossart qui remet au ministre les treize résolutions de la CGT pour le fret. «Vous réinvestissez sur le réseau principal», concède le représentant syndical, «tout le réseau a été abandonné pendant des années, mais le réseau principal est aussi alimenté par le réseau secondaire».

Concernant ce réseau secondaire, Michel Neugnot prend l'exemple de la ligne Étang-sur-Arroux-Autun, en Saône-et-Loire : «la loi d'orientation des mobilités amène un dialogue avec les collectivités locales, notamment les communautés de communes. Trop souvent l'affaire des transports ferroviaires était une affaire verticale, on imposait du haut, que ce soir l’État ou la Région, les choses sans avoir un dialogue local. (…) Avec la communauté de communes de l'Autunois-Morvan, le maire d'Autun, le maire d'Étang-sur-Arroux, notre ambition est de faire une expérimentation qui a une résonance nationale avec un train léger autonome dans le cadre de la SNCF».

Une expérimentation qui concernera également le fret alors que la ligne est actuellement fermée pour les marchandises. «S'il y a un besoin d'infrastructure avéré, on fera ce qu'on a fait dans les lignes du Morvan, on demandera un financement tripartite pour engager les chargeurs», explique le vice-président aux transports.

La Bourgogne-Franche-Comté première au baromètre des incidents sur fret ferroviaire


Après avoir salué les cheminots et les avoir remercié pour des échanges «virils mais corrects», le ministre est allé visiter le centre de production locale de la gare de tirage où Jérôme Grand est revenu sur les investissement prévus en 2021 par SNCF Réseau en Bourgogne-Franche-Comté. À noter que la région est première France au baromètre qui décompte les incidents sur les infrastructures, «cela contribue à la qualité de service que l'on offre aux clients», souligne-t-on chez SNCF Réseau.

Le gestionnaire du réseau a réalisé un diagnostic pour envisager les investissements nécessaire au développement du fret ferroviaire dans les dix prochaines années. À la gare de triage de Gevrey, vue comme «un centre stratégique pour le fret», avec ses 80 voies de service, malgré un déficit annuel de 3 millions d'euros. SNCF Réseau a identifié «un besoin d'investissement de 15 millions d'euros sur dix ans pour maintenir les fonctionnalités». Dans le cadre de son schéma directeur, SNCF Réseau, qui doit retrouver l'équilibre économique à 2024, cherchera à «mieux satisfaire les besoins de [ses] clients» pour réduire le déficit du site.

Pour cela, 25% des voies seront «neutralisées» afin de permettre de «régénérer» les voies effectivement utilisées par les clients du fret ferroviaire. Dans le cadre de France Relance, un cofinancement État-Région mobilisera donc 4,8 millions d'euros en 2021 pour «la modernisation des voies qui sont utiles aux clients».

Jean-Christophe Tardivon






































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