
Ce samedi 11 octobre, à Dijon, le président de la Fédération progressiste a réagi à la reconduction de Sébastien Lecornu à Matignon : «une censure serait dramatique pour le pays».
L'exécutif national prépare désormais la composition du gouvernement Lecornu II. Ce vendredi 10 octobre 2025, Emmanuel Macron a reconduit Sébastien Lecornu comme Premier ministre, après une première nomination, le 9 septembre dernier, suivie d'une démission, le 6 octobre.
Dès le 4 octobre, François Rebsamen, président de la Métropole de Dijon, avait fait savoir qu'il ne participerait pas au gouvernement de Sébastien Lecornu (
lire le communiqué). Celui qui est également le fondateur de la Fédération progressiste a été ministre de l'Aménagement du territoire et de la Décentralisation dans le gouvernement de François Bayrou, du 23 décembre au 5 octobre.
Ce samedi 11 octobre, François Rebsamen a répondu aux questions d'
Infos Dijon, renouvelant son soutien à Bernard Cazeneuve – ancien Premier ministre et fondateur de La Convention après avoir quitté le Parti socialiste –, sa proposition d'augmenter la fiscalité «des plus riches» et son plaidoyer pour s'inspirer au niveau national des «compromis» réalisés dans les collectivités locales.
François Rebsamen souhaitait voir l'exécutif national «s'ouvrir un peu plus»
Que vous inspire la renomination de Sébastien Lecornu comme Premier ministre ?
«On est un peu surpris quand même, non pas qu'il soit renommé – on voit bien que le président [de la République] a du mal à choisir un Premier ministre hors son cercle d'amis proches, ce qui ne met en cause, du tout, la qualité propre à Sébastien Lecornu – mais on pensait qu'il pourrait y avoir soit à gagner une semaine – les jours comptent maintenant pour adopter un budget –, soit ouvrir un peu plus en prenant quelqu'un qui aurait été reconnu pour ses qualités propres.»
«Je pensais à des gens comme Bernard Cazeneuve, bien évidemment, mais je ne ai pas dit son nom avant. parce que je ne voulais pas le dévaloriser. On aurait pu penser à Laurent Berger [NDLR : ex-secrétaire général de la CFDT] pour travailler sur les retraites, on pourrait penser à François Villeroy de Galhaud, gouverneur de la Banque de France, on aurait pu penser à Pierre Moscovici [NDLR : président de la Cour des comptes jusqu'au 31 décembre 2025 et pressenti pour rejoindre ensuite la Cour des comptes européenne].»
«Faire participer les plus riches à l'effort de stabilisation de notre dette»
«J'espère que [Sébastien Lecornu] sera un bon choix pour la France, parce que nous avons besoin d'un budget. Il a fait une très bonne intervention télévisée l'autre jour, sur France 2, et je lui souhaite pleine réussite pour la France parce que nous avons besoin d'un budget, nous avons besoin de faire des efforts pour maîtriser notre dette à défaut de la diminuer.»
«La maîtriser dans un premier temps et, pour ce faire, il ne peut pas être autre que de faire participer les plus riches à l'effort de stabilisation de notre dette et nos finances publiques.»
«Soutien sans participation» au gouvernement
En tant que président de la Fédération progressiste, quels équilibres attendez-vous dans la composition du futur gouvernement ?
«Ça relève du Premier ministre, on verra, et après du président de la République. On verra ce qu'il propose mais on apportera – un peu comme le fait l'UDI –, un soutien, je crois, sans participation.»
«Une censure serait dramatique pour le pays»
À l'échelle de la Métropole de Dijon, qu'est-ce que ce délai dans la composition d'un gouvernement implique ?
«[Sébastien Lecornu] a négocié trois points importants : non-recours aux 49.3 – c'est à dire responsabilité du parlement, il faut que les partis politiques fassent des efforts, tous, tous, tous... pour doter la France de se budget dont on a besoin.»
«Deuxième point : un décalage de l'entrée en vigueur la réforme des retraites. Je dis bien un décalage. Donc, il va falloir qu'il tienne ses engagements.»
«Troisièmement, une taxation des plus aisés pour équilibrer l'effort national de tous.»
«S'il tient ces trois points, nous pourrions arriver – nous le souhaitons – à échapper à une censure qui serait – je vais le dire comme je le pense – dramatique pour le pays, un peu plus.»
«Il est temps que notre classe politique nationale se redresse»
«Les entreprises attendent de la visibilité, les Français attendent de la stabilité. Il est temps quand même que notre classe politique nationale se redresse et fasse ce que nous faisons dans les collectivités locales et fasse cet effort de compromis qui fait que, par exemple à la Métropole [de Dijon], les 23 maires – qui sont de sensibilité différentes, même s'il y a une majorité de gauche – arrivent à s'entendre après des discussions.»
«Qu'ils prennent exemple – malheureusement peu sont élus locaux – sur les élus locaux, ça les aidera beaucoup.»
«Au niveau local, on sait faire prévaloir l'intérêt général. (…) On sait chercher le compromis pour avoir, quasiment à chaque fois, une unanimité des maires sur les projets qui sont ceux de la Métropole. (…) On doit servir d'exemple à cette classe politique nationale où, malheureusement, il y a bien peu d'élus de grande qualité.»
Propos recueillis par
Jean-Christophe Tardivon
François Rebsamen, président de la Métropole de Dijon, le 11 octobre 2025, à Dijon (photographie JC Tardivon)