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27/04/2020 03:24

HANDICAP : Cécité et confinement, un isolement supplémentaire

Le confinement apporte des contraintes particulières aux personnes en situation de handicap. La présidente de l'association les Yeux en promenade aborde le sujet des déplacements en étant accompagnée et évoque les actions mises en place pour les déficients visuels confinés.
L'association les Yeux en promenade compte une centaine d'adhérents dont 35 personnes mal voyantes ou non voyantes habitant la métropole dijonnaise. Son objectif est de permettre des sorties accompagnées par des valides qui ont suivi un stage de sensibilisation. Depuis sa fondation en 2002, l'association est présidée par Dominique Bertucat qui témoigne pour Infos Dijon de la façon dont des personnes en situation de handicap vivent le confinement.

Dominique Bertucat a été hospitalisée dix jours au CHU Dijon Bourgogne du fait du Covid-19. Malgré les soins des hospitaliers, l'isolement de cette période l'a marquée, les visites étant interdites. Cependant, l'ancienne patiente remercie les personnels de leur disponibilité spontanée pour l'accompagner dans certains gestes qui auraient été simples pour un valide, au moment des repas notamment. Elle relativise la pénibilité de la situation car elle a échappé à l'intubation. Aujourd'hui, elle se remet très lentement.

«Une dépendance encore plus grande»


Être non-voyant, c'est vivre «un isolement en soit» mais «un isolement que l'on gère» indique Dominique Bertucat. La famille, des amis ou des bénévoles de l'association font des visites. L'association organise de nombreuses activités. Ce qui fait que, en temps normal, «cet isolement ne me pèse absolument pas par rapport à ce qui se passe à l'extérieur» explique la présidente.

En revanche, le confinement est vécu comme «un isolement supplémentaire». Plus de visite à son domicile, plus de sortie dans les magasins, plus d'action associative. Tout ce qui avait été aménagé pour gérer le handicap est mis à mal par le confinement : «d'un seul coup, on est obligé de le gérer différemment, on ne peut plus compter sur les autres, on ne peut compter que sur nous, il faut aller puiser dans ses réserves».

Depuis peu, Dominique Bertucat a recouvré assez de souffle pour oser de nouveau sortir. «Par sécurité», elle ne prend plus les transports en commun. De ce fait, elle est tributaire des bénévoles qui, eux-mêmes, osent ou sont en mesure de sortir. Les déplacements sont devenus très espacés avec «une dépendance encore plus grande» qu'avant le confinement.

Comment adapter le principe de la «distanciation» quand il s'agit de prendre le bras de la personne qui guide ? C'est donc un nouveau protocole qui est instauré avant d'aller à l'extérieur : les deux personnes ont à se passer les mains avec une solution hydroalcoolique puis à mettre un masque. La carte d'invalidité fait office de laisser-passer lors des contrôles d'attestation de déplacement.

Une chaîne de solidarité associative


À défaut de promenades régulières, les bénévoles de l'association ont mis en place une «chaîne de solidarité» pour appeler les bénéficiaires déficients visuels au moins une fois par semaine et maintenir ainsi un lien social. «On passe énormément de temps avec des personnes au téléphone» souligne Dominique Bertucat pour lever les inquiétudes à l'égard des bénéficiaires.

Certains sont habituellement très entourés par leur famille et se retrouvent plus isolés que d'habitude. Les bénéficiaires les plus âgés ont souligné l'absence des enfants. D'autres ont regretté de ne plus avoir accès aux bibliothèques pour emprunter des livres sonores. Ou encore, il devient difficile de trouver des personnes disponibles pour effectuer les courses dans les supermarchés.

«Les personnes non voyantes, on est d'un tempérament positif» assure Dominique Bertucat. Mais le confinement commence à être long. Le 11 mai est attendu avec impatience, «les personnes auront besoin de pouvoir bouger comme avant sinon elles vont se sentir encore plus isolées». Après le 11 mai, comment vont réagir les guides habituels des déficients visuels ? Comment va réagir l'ensemble de la population au principe de conduire quelqu'un en tenant par le bras ?

Attention les cyclistes !


Ce samedi 25 avril 2020, Dominique Bertucat a dû se rendre dans une pharmacie. Chantal, bénévole de l'association depuis deux ans est venue l'accompagner. C'est elle qui a défini l'heure du rendez-vous. «Qu'est-ce que ça fait du bien de sortir pour aller à la pharmacie» évoque d'emblée Dominique Bertucat à l'idée de faire quelques pas à l'extérieur.

Après le rituel de la désinfection des mains, les deux dames partent pour l'officine. Dominique Bertucat prend soin de s'écarter plus que de coutume du bras qui la guide. De plus, elle signale que son attention est redoublée car la circulation des vélos a augmenté pendant le confinement. Or, certains trottoirs sont bien étroits pour permettre le passage aisé de deux personnes de front et d'un vélo. La présidente de l'association invite «les cyclistes à avoir plus de responsabilité vis à vis des personnes non voyantes».

De retour au pied de son immeuble, Dominique Bertucat est satisfaite de ce qui ressemble à un périple du fait des séquelles encore sensibles du Covid-19. La présidente de l'association anticipe que les déplacements en direction des pharmacies seront bientôt «très demandés» par les bénéficiaires des Yeux en promenade.

Jean-Christophe Tardivon