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02/11/2020 14:06

HOMMAGE À SAMUEL PATY : «Tous les enseignants de France, tous les élèves ont été touchés au coeur» déclare Nathalie Albert-Moretti

Présente au collège Clos de Pouilly à Dijon ce lundi 2 novembre pour accompagner l'hommage à Samuel Paty, la rectrice de l'Académie de Dijon a délivré des messages forts pour soutenir le travail exemplaire sur la liberté d'expression mené dans cet établissement et pour défendre le principe de laïcité.

Comme partout en France, l'hommage à Samuel Paty, professeur du collège Bois-d'Aulne à Conflans-Sainte-Honorine assassiné par un terroriste islamiste le 16 octobre 2020, a eu lieu ce lundi 2 novembre 2020, jour de rentrée scolaire, au collège Clos de Pouilly à Dijon.

Le principal du collège Patrick Geantot a accueilli une délégation conduite par Nathalie Albert-Moretti, rectrice de l'Académie de Dijon. Parmi les officiels, étaient présents : le député LR de la Côte-d'Or Rémi Delatte, le président UDI du conseil départemental de la Côte-d'Or François Sauvadet, l'adjoint PS au maire de Dijon Franck Lehenoff ainsi que le préfet de la Côte-d'Or Fabien Sudry. Se sont aussi joints à eux Marie-Laëtitia Larique, représentante FCPE des parents d'élèves, et Alain Seksig, secrétaire général du Conseil des sages de la laïcité auprès du ministre de l’Éducation nationale.

«On a compris ce jour-là que l'on pouvait mourir d'avoir enseigné»


En tout début de matinée, une assemblée générale des professeurs a eu lieu durant plus d'une heure afin de permettre un temps d'échanges et de recueillement. Peu après la récréation, les quelques 900 élèves du collège se sont retrouvés dans la cour de l'établissement, rangés par classe. Des enfants venant des quartiers Toison d'Or, Stalingrad, Renan et Grésilles.

Devant l'équipe pédagogique et les élèves, le chef d'établissement a présidé la cérémonie d'hommage à Samuel Paty en laissant d'emblée la parole à la rectrice. Très émue, Nathalie Albert-Moretti a rappelé que l'enseignant, «unanimement apprécié de ses élèves et de ses collègues» avait été «sauvagement assassiné» parce qu'«il avait enseigné la liberté d'expression et illustré son cours à l'aide de caricatures». «Par ce drame, ce sont tous les enseignants de France, tous les élèves et plus généralement l'école de la République qui ont été touchés au cœur, toute une Nation en vérité» a-t-elle déclaré.

«On a compris ce jour-là que l'on pouvait mourir d'avoir enseigné, c'est à dire de transmettre aux élèves les clés de compréhension du monde pour qu'il puisse se forger leur propre opinion et développer leur esprit critique parce que c'est précisément ce que le fanatisme déteste et ce contre quoi il lutte» a indiqué Nathalie Albert-Moretti.

Avant la lettre de Jean Jaurès, la rectrice a choisi une citation de Victor Hugo : «c'est à la faveur de l'ignorance que certaines doctrines fatales passent de l'esprit impitoyable des théoriciens dans le cerveau confus des multitudes».

La laïcité associée à la fraternité


Parmi les valeurs de la République que le «héros tranquille» Samuel Paty défendait, Nathalie Albert-Moretti a souligné l'importance de la laïcité : «elle est l'expression de notre liberté car elle permet à chacun de pratiquer la religion de son choix ou de n'en pratiquer aucune». Une laïcité associé à la fraternité : «toutes les femmes et les hommes, quelles que soient leurs opinions, méritent le même respect».

Plaçant l'attentat de Conflans-Sainte-Honorine dans la continuité des attentats survenus en 2015,  Nathalie Albert-Moretti a mobilisé les mots de Robert Badinter, ancien garde des Sceaux de François Mitterrand, à propos du piège politique tendu par les terroristes : «cela trahit par fanatisme l'idéal religieux dont ils se réclament, ils espèrent aussi que la colère et l'indignation qui emportent la nation trouvera chez certains son expression dans un rejet et une hostilité à l'égard de tous les musulmans de France. Ainsi se creuserait le fossé qu'ils rêvent d'ouvrir entre les musulmans et les autres citoyens». Ainsi, la rectrice a invité, elle aussi, à se garder des «passions fratricides» et à répandre la liberté, comme Samuel Paty le faisait.

«Un simple professeur qui pensait que le savoir était un grand trésor»


Temps fort de la cérémonie, Patrick Geantot a lu des extraits de la «Lettre aux instituteurs et institutrices» de Jean Jaurès, publiée le 15 janvier 1888 dans le journal la Dépêche de Toulouse, qui commence par «Vous tenez en vos mains l’intelligence et l’âme des enfants». Une version courte pour être rendue plus accessible tandis que la version intégrale est disponible sur le site Éduscol du ministère. Les enseignants reviendront dans les prochains jours avec les élèves sur cette lettre.

Après ce message républicain, un autre moment d'émotion a touché les élèves : Cirylle Tota, enseignant en musique, a chanté et joué à la guitare le morceau de Jean-Jacques Goldman «Il changeait la vie» portant sur «un simple professeur qui pensait que le savoir était un grand trésor» et que «tous les moins que rien avaient pour s'en sortir l'école et le droit qu'a chacun de s'instruire».

De chaleureux applaudissements ont accompagné la fin de la chanson avant une longue minute de silence pleine de dignité. Les élèves et les enseignants ont ensuite regagné les salles, classe par classe, pour tenir compte du contexte épidémique.

«Tous les élèves avaient conscience de la solennité du moment»


«Les enseignants sont touchés à cœur» a expliqué Patrick Geantot en marge de l'hommage en ajoutant : «on va avoir un travail considérable dans les semaines et les mois à venir de remise en confiance».

Pour la FCPE, Marie-Laëtitia Larique a perçu «un très bel hommage» dans son ensemble et a salué le discours «bienvenu» de la rectrice. Selon elle, «tous les élèves avaient conscience de la solennité du moment».

«Il faut que l'on se mette tous en extrême vigilance»


La rectrice a expliqué le choix du collège Clos de Pouilly pour sa présence : «c'est un établissement où il y a eu un travail exemplaire de réalisé sur la liberté d'expression et sur les valeurs de la République». Travail qui a valu au collège plusieurs distinctions comme la labellisation citoyenne en 2017 et 2019 ou le Grand Prix Ilan Halimi de lutte contre le racisme et l'antisémitisme en 2019.

«C'était un moment très important, plein d'émotion partagée entre les élèves, les enseignants, les équipes et les personnalités qui nous ont fait l'honneur d'être avec nous» a-t-elle ajouté à l'issue de l'hommage. «Il y a une sorte de devoir de mémoire, le fait d'éduquer les enfants à ce que c'est qu'un hommage qui est rendu qui vient d'être assassiné de manière aussi terrible, je pense que ça a vraiment du sens et aussi de nous voir aussi émus à côté de leurs enseignants, ça leur fait prendre la mesure de l'importance de l'événement, ils ont été vraiment très concentrés» a expliqué la rectrice.

Celle qui a fait face aux 900 élèves a perçu cette émotion chez eux : «ils peuvent se dire que cela aurait pu être leur professeur. Samuel Paty, c'était un professeur d'histoire-géographie comme tant d'autres. Le fait que le fanatique que l'on sait l'ait choisi lui, cela relève d'un malheureux hasard mais cela aurait pu également arriver ailleurs, c'est pour cela qu'il faut que l'on se mette tous en extrême vigilance sans rien céder néanmoins sur les valeurs de la République».

Jean-Christophe Tardivon