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01/08/2020 03:10

HOMMAGE : Gisèle Halimi, «une féministe et européenne convaincue»

Anne Joseleau, directrice de Solidarité Femmes 21, nous parle de l’avocate et militante féministe Gisèle Halimi, dont elle se souvient notamment de la venue à Dijon il y a quelques années.
Le décès de Gisèle Halimi le mardi 28 juillet 2020 à l’âge de 93 ans a touché très largement, notamment les femmes pour qui l’avocate s’était engagée sur plusieurs dossiers marquants, historiques même.

«C’était une femme de plusieurs combats, autour de la notion d’égalité»


Anne Joseleau nous livre son sentiment quant à son décès : «C’est une grande perte pour notre société, pour le monde féministe mais aussi pour le développement et l’avenir de l’Europe, car c’était aussi une européenne convaincue. Sans oublier son engagement au Maghreb (Gisèle Halimi est née à Tunis en Tunisie et a défendu des militants FLN pour l'indépendance de l'Algérie et s'est engagée contre le viol de soldats français). C’était une femme de plusieurs combats, toujours autour de la notion d’égalité».

Féminisme et Europe sont deux termes forts selon elle pour qualifier la portée de l’engagement qu’était celui de Gisèle Halimi : «S’il faut retenir une chose, c’est cette idée avant-gardiste dans les années 70 et 80 du choix de prendre le meilleur concernant les droits des femmes dans chaque civilisation européenne et de le décliner dans chacun des pays européens (projet de la clause de l’Européenne la plus favorisée). Pour en faire une loi européenne au travail de son association (Choisir la Cause des femmes). C’est une très très belle idée. S’il y a un combat à poursuivre, c’est celui-là. Pour elle, une humaniste et féministe convaincue, il n’y avait pas de frontières pour la cause des femmes, ni en Europe ni au Maghreb».

«Son engagement autour du droit à l’avortement», fondamental


Si elle devait retenir un dossier porté par Gisèle Halimi, la directrice de l’association Solidarité Femmes 21 n’hésite pas : «Son engagement autour du droit à l’avortement évidemment. Elle a participé énormément à faire avancer ce droit, celui des femmes de disposer de leur corps et de pouvoir avorter librement. Simone Veil l’a fait au niveau politique. Gisèle Halimi était du côté de la société civile».

À l’invitation du collectif des droits des femmes en Côte-d’Or à l’époque présidé par Odile Arpin, l’avocate était venue tenir une conférence-débat en 2013. Le signe que Gisèle Halimi continuait à défendre ses convictions et ses idées. «J’avais retenu son engagement, sa liberté de parole, jusqu’au bout pour défendre ses idées. Elle avait déjà 80 ans, mais toujours avec une détermination, une énergie incroyables», se souvient Anne Joseleau.

«Les féministes sont là aussi justement pour bousculer et faire réfléchir»


Si le statut professionnel qu’avait Gisèle Halimi l’avocate peut laisser aux jeunes générations l’image d’un féminisme engagé mais pas radical car exprimé dans le cadre du droit et non d’actions «coup de poings» se multipliant aujourd’hui, Anne Joseleau termine en nuançant cette perception tout en réaffirmant que le féminisme doit quelque part bousculer les habitudes : «Aujourd’hui, en 2020, on pense que Gisèle Halimi était une féministe modérée, mais elle était considérée comme extrémiste à son époque parce son engagement était à contre-courant de la pensée dominante, et notamment de l’église catholique qui ne voulait pas entendre parler de l’avortement. Aujourd’hui, on la voit effectivement comme pondérée. Tout cela est à resituer dans une époque et un contexte. Les féministes qui paraissent extrémistes ne le seront plus dans 20 ou 30 ans. Parce que ça vient heurter la bien-pensance actuelle. Ces mouvements féministes, car il y en a de plusieurs natures, ils sont là aussi justement pour bousculer et faire réfléchir. Si personne n’est là pour agiter des chiffons rouges et tirer des sonnettes d’alarme, la vie s’écoule et rien ne change».

Le décès de Gisèle Halimi est l’occasion de «lui rendre le bel hommage qu’elle mérite et rappeler des principes fondamentaux. On voit que le droit des femmes à disposer de leur corps est en recul en Pologne, qui est train de vouloir sortir de la convention d’Istanbul… On voit aussi qu’en Russie, les violences conjugales sont dépénalisées… Les combats ne sont jamais gagnés d’avance. Il faut toujours être en vigilance parce que des reculs sont possibles. Gisèle Halimi incarnait aussi cette vigilance». Tel un héritage à honorer.

Alix Berthier
Photos : Alix Berthier