
Interpellé par la CGT en tant que ministre, François Rebsamen s'est rendu, ce vendredi 27 juin, sur le point de blocage du site Tetra Pak, à Longvic. «On va essayer de faire un voyage en Suède», a-t-il indiqué. Pour sa part, l'avocat de l'intersyndicale souhaite obtenir «une table-ronde entre l’État, les organisations syndicales et le groupe».

Les Treta Pak ont reçu le soutien de François Rebsamen (FP), ce vendredi 27 juin 2025, à Longvic. La CGT avait interpellé le ministre de l'Aménagement du territoire et de la Décentralisation du gouvernement de François Bayrou afin d'entendre leurs arguments, le syndicat contestant le plan social qui touche les 207 emplois du site industriel de production d'emballages.
Celui qui est aussi président de la Métropole de Dijon était accompagné de Céline Tonot (PS), maire de Longvic. Les élus ont été accueillis par Frédéric Pissot, secrétaire départemental de la CGT en Côte-d'Or, et par Maître Ralph Blindauer, avocat de l'intersyndicale, inscrit au barreau de Metz. Les syndicats CFE-CGC et UNSA étaient également représentés.
Des salariés en lutte pour leur emploi depuis le 21 janvier
Le 21 janvier dernier, Tetra Pak annonçait lancer une procédure d'information-consultation, faisant peser une menace de fermeture du site. Tetra Pak est la propriété de la famille suédoise Rausing via une holding basée en Suisse, elle-même actionnaire des Papeteries de Dijon SAS.
La procédure a débouché sur un plan de sauvegarde de l'emploi et un arrêt du site, fin mai.
Le 11 juin dernier, les choses se sont accélérées : «la direction a essayé de faire sortir un élément d’une machine pour l’acheminer dans une usine hors de France», expliquait alors la CGT (
lire le communiqué).
Après avoir bloqué le transporteur, les salariés ont décidé de se relayer pour surveiller les accès au site, jour et nuit.
«La situation est grave» avec mille emplois menacés en Côte-d'Or
«J'ai tenu parole», déclare François Rebsamen en saluant les représentants de l'intersyndicale à son arrivée sur le site. L'accueil se fait dans le calme, avec une courtoisie teintée de circonspection.
«La situation est grave», lance Frédéric Pissot au micro de l'iconique camionnette bleue de la CGT, «notre département subit une vague de désindustrialisation».
«Cela fait plus d'un an que la CGT alerte sur cette situation», précise le militant syndical. En Côte-d'Or, on estime que mille emplois sont menacés par les différents plans sociaux en cours.
«Pas un seul Premier ministre n'a levé le petit doigt pour mettre en place un réel plan de bataille pour empêcher cette désindustrialisation», considère l'orateur. «C'est une catastrophe sociale, il n'y a pas de pire violence que le chômage (…) Gouvernement et patronat font le choix du chômage ! (…) C'est une catastrophe industrielle avec des savoir-faire et un outil productif qu'on est en train de perdre.»
«La CGT demande la mise en place d'un moratoire contre les licenciements»
«La CGT demande le maintien du site de Tetra Pak-Longvic et le maintien des 210 emplois», exhorte Frédéric Pissot, «la CGT demande la mise en place d'un moratoire contre les licenciements, notamment des entreprises qui génèrent des bénéfices et des dividendes comme ici à Tetra Pak-Longvic et à PPG-Genlis».
«Nous revendiquons la conditionnalité des aides publics et un décret concernant les blocages des actifs stratégiques», conclut-il.
«Jusqu'à présent, les Suédois s'étaient bien comportés et maintenant veulent déménager pour des raisons économiques»
«Je suis venu vous apporter mon soutien dans le combat que vous menez», déclare alors François Rebsamen qui entend «faire passer un message» empreint de diplomatie.
Constatant que «beaucoup d'investissements» ont été faits par sur le site industriel par «la famille suédoise», le ministre s'adresse donc, indirectement, «au grand groupe suédois».
«Je ne discute pas avec quelqu'un qui ne fait que l'intermédiaire», glisse-t-il à propos du directeur de Papeteries de Dijon, à la satisfaction des salariés qui applaudissent. «Jusqu'à présent, les Suédois s'étaient bien comportés et maintenant veulent déménager pour des raisons économiques .»
«On va essayer de faire un voyage en Suède»
«J'ai demandé, encore avant-hier, au ministre de l'Industrie Marc Ferracci – c'est son directeur adjoint du cabinet qui suit ce dossier personnellement –, (…) que le message passe de l'autre côté de la frontière, directement, pour dire que le groupe ne peut pas fermer, comme cela, ce site industriel qui est, un des fleurons, dans la métropole de Dijon», expose François Rebsamen. «Les discussions vont continuer à se poursuivre, nous serons présents pour vous accompagner avec la maire de Longvic.»
«Ici, au niveau local, le préfet et la direction régionale de l'emploi, du travail et de la solidarité suivent le dossier de près, l'inspection du travail a été saisie, elle n'a pas encore rendu ses conclusions», précise-t-il. «Vous avez fait un voyage en Suisse, on va essayer de faire un voyage en Suède. (…) C'est la pression internationale que l'on peut faire. (…) Il faut faire pression sur le groupe pour obtenir de meilleures conditions dans le PSE.»
L'avocat de l'intersyndicale prend le ministre au mot
«Je mets en garde, (…) vous allez loin», indique cependant le ministre en s'adressant à l'avocat de l'intersyndicale. «J'espère que vous irez à la victoire !»
Saisissant le micro, entre meeting syndical et prétoire de tribunal, Maître Ralph Blindauer se dit ravi que «le niveau politique prenne la mesure de ce dossier», attendant «une intervention politique». «Vous nous indiquez que les démarches sont en cours pour nous amener, enfin, ce que nous réclamons depuis le début de cette procédure, de discuter avec le groupe, tant mieux !»
«Aucun chèque-valise ne remplacera votre emploi perdu»
Un deuxième round de négociations a permis d'aboutir à «des avances modestes» par rapport au PSE initial. L'intersyndicale bataille désormais pour améliorer la proposition existante quand la direction de Papeteries de Dijon menacerait de revenir sur ces avancées.
Maître Ralph Blindauer reconnaît que les propositions qui ont été faites aux salariés sont supérieures à ce qui est généralement constaté sauf en matière de durée de reclassement.
À ce stade, une indemnisation de 25.000 euros et 2.600 euros par année d'ancienneté a été proposée à chaque salarié et un reclassement de 45% des effectifs est envisagé, avec un congé d'un an pour les salariés de moins de 50 ans. En particulier, ce dernier point est contesté car il correspond au niveau moyen observé dans les bassins d'emploi dynamiques.
«On a mis la barre beaucoup plus haut ! (…) La direction est contrainte d'améliorer substantiellement son package d'abord en raison de votre mobilisation», déclare l'avocat aux salariés, «jusqu'à présent, vous avez commis un sans-faute, vous êtes montrés, unis, solidaires, (…) sans débordement». «L'autre raison, c'est parce que, juridiquement, la direction est dans une impasse.»
«Le but final est le retrait de ce plan», martèle l'orateur, applaudi par les salariés. «Aucun chèque-valise ne remplacera votre emploi perdu.»
Obtenir «une table-ronde entre l’État, les organisations syndicales et le groupe»
Selon l'avocat, «le groupe se rend coupable de prêt de main-d’œuvre illicite». Il attend donc beaucoup des conclusions de l'inspection du travail et souhaite que l'exécutif national en face «un levier» de pression vis à vis des propriétaires du groupe pour obtenir «une table-ronde entre l’État, les organisations syndicales et le groupe».
Maître Ralph Blindauer s'adresse donc au ministre pour demander du «soutien» aux agents de l'inspection du travail, y compris en dégageant des moyens pour accélérer l'enquête.
«L'inspection du travail est indépendante», réagit François Rebsamen, «elle va faire son travail». «On verra ce qu'il en est.»
«Papeteries de Dijon n'est pas l'employeur réel»
«Papeteries de Dijon n'est pas propriétaire de locaux, de machines, elle est propriétaire de rien», proteste Maître Ralph Blindauer qui renvoie à la loi Florange sur l'obligation de chercher un repreneur de façon à «reprendre tous les emplois dans les mêmes conditions».
L'avocat considère comme «illégales» les conditions de la fermeture imposée par Tetra Pak : «on est en train de discuter avec quelqu'un qui n'est pas notre employeur, Papeteries de Dijon n'est pas l'employeur réel».
Le prochain rendez-vous avec la direction de Papeteries de Dijon est fixé au 16 juillet pour prendre connaissance de l'avis du comité social et économique (CSE) de l'entreprise.
Jean-Christophe Tardivon

































