
«En trois ans, on a rapatrié 42 produits de santé et médicaments stratégiques», a souligné le ministre de l'Industrie, ce lundi 8 juin, à Chenôve, en visitant le site d'Adhex Pharma qui produira un de ces médicaments. «La Bourgogne-Franche-Comté tient son rang à l'échelle mondiale sur le secteur de la santé», a revendiqué Jérôme Durain.

L'entreprise du secteur de la santé Adhex Pharma continue de croître. Un tout nouveau bâtiment a été édifié pour accueillir des lignes de production relocalisées d'Allemagne en périphérie de Dijon afin de fabriquer un médicament stratégique.
Après avoir annoncé que l’État financerait les derniers kilomètres de Route centre Europe-Atlantique (RCEA) à réaliser en Saône-et-Loire (
lire le communiqué), le ministre délégué chargé de l'Industrie Sébastien Martin a visité Adhex Pharma, ce lundi 8 juin 2026, à Chenôve.
Un investissement de 25,1 millions d'euros soutenu par France 2030
Sous-traitant de développement et de fabrication, Adhex Pharma produit des médicaments pour le compte de laboratoires qui les commercialisent. L'entreprise fait partie du groupe Burgundy Ventures qui réalise environ 180 millions d'euros de chiffre d'affaires annuel. Le groupe compte 950 collaborateur dont 700 en Bourgogne-Franche-Comté, en périphéries de Dijon et de Besançon.
Le chiffre d'affaire d'Adhex Pharma annuel atteint désormais 56 millions d'euros et, bientôt 250 salariés à la suite du rachat de Labtec, un laboratoire implanté en Allemagne, près de Cologne, qui conçoit des médicaments anti-douleur utilisé dans le cadre de soins palliatifs.
Dans ce contexte, l'entreprise a investi 25,1 millions d'euros pour réaliser un bâtiment de 8.000 m² sur quatre niveaux – dessiné par le Studio Mustard – au voisinage des bâtiments existants sur l'ancien site des Laboratoires Fournier. Pour cela, Adhex Pharma a reçu une subvention de 4,13 millions d'euros issus de l'enveloppe de 54 milliards d'euros de France 2030 dédiée à la réindustrialisation.
Les machines venant progressivement d'Allemagne sont en cours de réglage comme a pu le constater la délégation après avoir observé en fonctionnement une ligne de production de patchs contenant une émulsion anesthésiante. Le transfert devrait être terminé au printemps 2027.
Adhex Pharma continue de recruter pour «tous les postes de l'entreprise», du l'opérateur de ligne au pharmacien export, en passant par le laborantin de contrôle qualité. Les collaborateurs venant de territoires extérieurs à la métropole dijonnaise peuvent faire l'objet d'un accompagnement financier et logistique.
Un bâtiments, des machines... pour «un projet pharmaceutique»
«C'est un projet important pour notre société et pour le pays», glisse Roland de la Brosse, président de Burgundy Ventures, à l'issue de la visite. «L'industrie, c'est concret, ce n'est pas que de la prestation intellectuelle ; il y a beaucoup d'intelligence, beaucoup de savoir-faire mais on doit fabriquer et il faut des machines, des matières premières et des opérateurs.»
«C'est un projet de bâtiment», insiste l'entrepreneur, «on a dû construire un bâtiment». «C'est un projet industriel. On va transférer plusieurs machines sophistiquées ici. C'est aussi un projet pharmaceutique : réévaluer tous nos produits venus d'Allemagne jusqu'ici. Les réglementations sont extrêmement claires. On doit refaire des lots. On les teste, on vérifie leur conformité. On soumet ça aux autorités pharmaceutiques qui nous donnent le go pour pouvoir produire.»
«Industriellement, notre pays progresse par ce type de projet où on a beaucoup de difficultés mais on les résout et c'est ça qui fait progresser», analyse-t-il. «Dans les services de l’État, on sent une attention portée à l'industrie, une attention portée à nos projets.»
«Porter ensemble la souveraineté industrielle dont notre pays à besoin»
«Une entreprise comme celle-ci qui se développe, qui crée de l'emploi, qui crée de l'innovation, elle est bienvenue sur notre territoire», déclare François Rebsamen, pour qui «patron n'est pas un gros mot».
«Elle participe à l'industrialisation sur notre territoire», poursuit le président de la Métropole de Dijon, «cela fait partie de cette idée, saine, de porter ensemble la souveraineté industrielle dont notre pays à besoin». «Quoi de plus beau que le rachat d'une entreprise étrangère pour venir compléter ce qui se fait ici ? Je le dis avec un esprit européen.»
«La Bourgogne-Franche-Comté tient son rang à l'échelle mondiale sur le secteur de la santé»
«L'industrie, ça compte en Bourgogne-Franche-Comté», enchaîne Jérôme Durain. Le président du conseil régional rappelle alors que la collectivité contribue à constituer «un environnement favorable» pour les entreprises de la filière santé. «Nous savons tenir notre rang à l'échelle mondiale sur ce secteur.»
«Il faut qu'on s'aligne et qu'on ait un effort collectif, du côté des pouvoirs publics, pour que les règles du jeu soit stables», développe alors Jérôme Durain, «c'est vrai pour les entreprises, c'est vrai aussi pour les collectivités (…) parce que sur les questions d'apprentissage ou de formation des demandeurs d'emploi, des fois, les règles changent, ça nous met en difficulté».
Dans ce lieu symbolique où un pacte régional d'investissement dans les compétences (PRIC) avait été signé par le passé, le socialiste use de termes diplomatiques pour rappeler néanmoins au gouvernement qu'il conteste la «libéralisation» de l'apprentissage et déplore la réduction de crédits affectés à la formation des demandeurs d'emploi (
lire notre article).
«En trois ans, on a rapatrié 42 produits de santé et médicaments stratégiques»
«En matière d'industrie pharmaceutique, le territoire dijonnais est une place forte au niveau national», constate Sébastien Martin, «ce territoire a une histoire et un devenir autour de l'industrie pharmaceutique extrêmement importants».
«Dans la situation post-Covid, on a bien vu qu'on avait un certain nombre de dépendances», développe le ministre de l'Industrie, «on a identifié, au niveau national, 193 médicaments stratégiques». «Grâce à des investissements comme [ceux d'Adhex Pharma], en trois ans, on a rapatrié 42 produits de santé et médicaments stratégiques (…) pour conforter notre souveraineté en matière de production pharmaceutique».
Dans ce cadre, le membre du gouvernement de Sébastien Lerconu vante «la
R&D française, publique et privée, qui est de grande qualité» même
s'«il faudrait qu'il y en ait encore plus», en particulier dans le
secteur privé.
«Nous tenons le cap de la réindustrialisation»
«Nous avons enfin obtenu le
Critical Medecine Act», se félicite Sébastien Martin pour élargir le propos, «une victoire française [auprès de la Commission européenne]». «[Ce texte] va faire en sorte que la production européenne puisse être favorisée. Ça prend la suite de ce que nous avons mis dans le projet de loi de financement la Sécurité sociale : un article 65 qui va mieux rembourser les productions pharmaceutiques réalisées dans notre pays. (…) On renforce la souveraineté, la performance d'une filière et on donne des perspectives.»
«Nous tenons le cap de la réindustrialisation», martèle le ministre, «le programme France 2030 va courir jusqu'à fin 2027». «On a besoin d'avoir des leviers de politique publique qui accompagnent le développement des filières industrielles, encore plus dans une concurrence exacerbée. La Chine subventionne son industrie dix fois plus que la moyenne des pays de l'OCDE. (…) Il faut préparer la suite de France 2030, ce sera à un prochain président de la République de le faire.»
Après une photographie de groupe avec des salariés, la fin de la visite a été marquée par le dévoilement de la plaque officielle «France 2030» à l'entrée du nouveau bâtiment.
Jean-Christophe Tardivon



































