
La quasi totalité des personnels étaient en grève, ce jeudi 26 mars, et les accès à l'établissement pénitentiaire étaient bloqués. Selon l'UNSA, «l'administration doit désencombrer la structure» tandis que FO appelle la direction à «négocier» pour améliorer les conditions de travail.

Actualisé : «La continuité du service public pénitentiaire a été assurée», souligne la direction générale. «La direction interrégionale s'est engagée à procéder à un désencombrement», se félicite l'UNSA.
«La surpopulation n'a fait qu'augmenter depuis l'évasion.» La fuite de deux détenus de la maison d'arrêt de Dijon, le 27 novembre dernier, a marqué les esprits des agents pénitentiaires ainsi que de l'ensemble de la population française. Cet événement a agi comme un révélateur des difficultés internes.
Pour alerter sur la situation de l'établissement pénitentiaire dijonnais, les syndicats représentatifs des personnels UFAP et Force ouvrière ont organisé une journée de grève et de blocage, ce jeudi 26 mars 2026. Une mobilisation rare, selon les syndicats : hors astreintes de sécurité, la quasi-totalité des agents étaient en grève et 70 d'entre eux se sont retrouvés en fin de nuit devant la porte principale. La direction évoque plutôt une quarantaine de grévistes (voir ci-dessous).
Durant la matinée, des délégués syndicaux de l'UFAP et de FO ont été reçus par la directrice de la maison d'arrêt de Dijon. Les mesures mises en œuvre à la suite de l'évasion ont été rappelées (voir ci-dessous). Une prochaine réunion est envisagée à l'échelle de la direction interrégionale des services pénitentiaires de Dijon qui couvre la Bourgogne-Franche-Comté et le Centre-Val de Loire.
À Dijon, une surpopulation de 261 %
Relevant du service public de la justice, la maison d'arrêt de Dijon accueille les personnes détenues en attente de jugement ou ayant été condamnées à des peines de moins de deux ans. L'établissement emploie une centaine de personnels pénitentiaires. À ce jour, il comprend plus de 311 personnes détenues, soit un taux d'occupation de 261 %.
La double évasion rocambolesque a attiré l'attention par les moyens utilisés, dignes à la fois du
Far West et de la technologie moderne. Avec des limes livrés par drones, les évadés ont scié leurs barreaux puis utilisé des draps pour franchir un mur avant de sortir par la porte principale du domaine pénitentiaire qui entoure la maison d'arrêt.
Peu avant, le ministère de la Justice avait annoncé que l'établissement dijonnais allait être intégré à un plan «zéro portable» avec une enveloppe de 6,3 millions d'euros pour améliorer la sécurité (
lire le communiqué).
«À Dijon, plus de 50 matelas sont installés par terre»
«Dans toute la France, il y a un manque de personnel crucial dans les établissements pénitentiaires et la surpopulation pénale éclate en nombre et en dangerosité», pointe Frédéric Stoll.
«À Dijon, plus de 50 matelas sont installés par terre», précise le secrétaire général du syndicat Force ouvrière Justice pour les personnels de direction interrégionale des services pénitentiaires de Dijon.
Sur le plan national, «le ministre nous tire vers le haut», estime le délégué FO mais, localement, «la nouvelle patronne ne veut pas discuter et veut tout changer». «Les comités sociaux d'administration ne sont pas respectés, on ne discute pas.»
Ayant approuvé le principe du plan d'investissement du ministère de la Justice, le délégué FO se retrouve aujourd'hui à critiquer la mise en œuvre concrète : «on était pour des caillebotis qui se mettent à l'extérieur pour que les détenus ne puissent pas les casser ; là, les premiers caillebotis installés le mercredi étaient cassés le vendredi».
Une «situation explosive» du point de vue des personnels
Selon Frédéric Stoll, depuis l'évasion «une ambiance délétère» s'est installée entre la direction et les personnels sur fond de rapport d'inspection dont le contenu n'a pas encore été révélé mais qui établirait des «responsabilités partagées».
Une «situation explosive» qui s'ajoute aux conditions de travail dégradées du fait que des postes sont vacants en raison d'arrêt maladie et de difficultés de recrutement.
En fonction de quoi, les heures supplémentaires s'accumulent sans toujours pouvoir être rémunérées ou récupérées : «pas de repos» et «des menaces» voire «des agressions». Le métier même des agents pénitentiaire en serait affecté : «faire les fouilles, discuter avec la population pénale».
«Là, c'est rare, il y a tout le monde», constate Frédéric Stoll devant le point de blocage, «personnels administratifs, personnels de sécurité, officiers». «Tout le monde nous dit : ça ne va pas ! Je n'ai jamais vu ça.»
Dans ce contexte, le délégué FO exhorte donc la direction à «entrer dans une négociation» en prenant en compte les différentes revendications.
«On ne peut pas continuer à accumuler les personnes détenues à l'intérieur»
«L'administration doit désencombrer la structure», martèle Romain Bernier qui appelle également les magistrats à «revoir la politique d'incarcération systématique sur Dijon».
«Il faut travailler sur les peines alternatives», insiste le secrétaire régional de l'union régionale de l'Union fédérale autonome pénitentiaire de Dijon qui relève de l'UNSA Justice. «On ne peut pas continuer à remplir un établissement comme celui-là et à accumuler les personnes détenues à l'intérieur.»
La surpopulation carcérale «multiplie les situations de conflit»
«Les personnels ne vont pas tenir», alerte le délégué UFAP, «il y a deux semaines, on a eu trois agents blessés en une journée : un qui a eu le nez cassé le matin lors d'une fouille inopinée et deux autres qui ont fini aux urgences et qui sont revenus avec une minerve à cause de refus de réintégrer parce qu'il y avait un problème d'occupation de la cellule».
«Quand vous avez de la surpopulation carcérale et que vous mettez les détenus à trois dans 9 m², ça multiplie les situations de conflit quotidiennes», souligne-t-il. «Quand on a des cellules de libre, ça nous permet de juguler des comportements individuels, par exemple quelqu'un qui a des troubles psy. Aujourd'hui, on n'a même plus la possibilité de le faire, on est vraiment dans du remplissage.»
«Depuis l'évasion, on n'a eu que très peu d'incidents à Dijon parce que les agents ont réussi à travailler sur le fond, à calmer les choses», tient à signaler Romain Bernier, «ça ne peut tenir qu'un moment».
«Plus on remplit, moins on a la possibilité de travailler des peines individualisées»
«On l'a vu avec l'évasion, il y a des détenus avec des profils qui ne sont adaptés à être affectés à un établissement comme celui-ci», relève Romain Bernier. «L'établissement est vétuste, avec des travaux de sécurisation mais qui a aussi ses failles, qui n'a pas de mirador.»
Le délégué UFAP exhorte donc l'administration pénitentiaire à mener «un travail de fond» portant sur «le profilage des individus» afin d'«adapter l'affectation en fonction du niveau des structures». «Plus on remplit, moins on a la possibilité de travailler des peines individualisées.»
Le syndicaliste alerte donc sur un risque de «montée des incidents à répétition» voire de potentielle mutinerie : «le contexte que l'on vit en 2026 n'est pas sans rappeler celui de 2002». Les mêmes ingrédients étaient alors présents : évasion, tension avec la direction et mouvement social des agents.
«La première des sécurités, ce sont les personnels»
«La première des sécurités dans un établissement, ce sont les personnels», analyse Romain Bernier, «les personnels évaluent la population pénale, font les fouillent contrôlent, enquêtent, observent».
Au niveau national, 4.000 postes sont vacants alors que «les moyens humains ne sont jamais en adéquation avec les nouvelles missions». «Le système se maintient en vie sur la bonne volonté et le professionnalisme des personnels», insiste le délégué UFAP.
À Dijon, il manquerait une quinzaine d'agents de surveillance et des contractuels venant en renfort des personnels seraient les bienvenus.
Une réflexion sur une variété d'établissements pénitentiaires
Plus largement, Force ouvrière soutient la création potentielle d'un centre de détention d'environ 250 places à Châtillon-sur-Seine. Le projet est porté de longue date notamment par Hubert Brigand (LR), ancien maire de la commune et actuel député de la Côte-d'Or.
Ce n'est pas le cas de l'UNSA Justice qui préconise «un changement de paradigme» pour arrêter de créer des centres pénitentiaires de grande taille ainsi que des quartiers variés pour aller vers des «établissements spécialisés» à la sécurisation en cohérence avec la dangerosité des condamnés : «si on veut travailler sur les chances de réinsertion et la prise en charge, il faut créer des structures à taille humaine et adaptées aux profils accueillis».
«La continuité du service public pénitentiaire a été assurée»
Actualisé le 26 mars 2026 avec la réaction de la direction générale de l'administration pénitentiaire :«Ce jeudi 26 mars, des retards à la prise de service à 8 heures ont été constatés à la maison d’arrêt de Dijon, suite à la mobilisation d’une quarantaine d’agents réunis devant l’entrée principale de l’établissement.»
«La continuité du service public pénitentiaire a été assurée grâce à la mobilisation de la direction, du personnel d’encadrement, des agents de nuit et des personnels administratifs. Trois agents ont également pu prendre leur service en fin de matinée, permettant au service de nuit de quitter la structure.»
«Les principaux mouvements (distribution des repas, l’accès aux douches et les promenades) ont été maintenus et la détention est calme.»
«La cheffe d’établissement, Ingrid Delabarre, s’est entretenue ce matin avec les organisations syndicales locales et est allée à la rencontre des agents mobilisés. Par ailleurs, le directeur interrégional des services pénitentiaires de Dijon, Guillaume Piney, recevra les représentants régionaux des organisations syndicales dans l’après-midi.»
«La DISP s'est engagée à procéder à un désencombrement»
Actualisé le 26 mars 2026 avec la réaction de l'UFAP après la réunion avec la direction interrégionale des services pénitentiaires de Dijon (DISP) :«Des engagements ont été pris par la cheffe d'établissement pour rétablir un véritable dialogue social sur la structure et une communication transparente avec les personnels.»
«La DISP s'est engagée à procéder à un désencombrement en deux vagues afin d'aérer la structure et à sensibiliser le parquet à la situation de la maison d'arrêt.»
«L'administration va saisir les services compétents afin d'analyser l'organigramme de référence de l'établissement en prenant en compte les nouvelles missions.»
«Des groupes de travail locaux vont être mis en place afin de revoir certaines modalités d'organisation internes en détention.»
«Nous sommes dans l'attente de nouvelles du directeur interrégional concernant d'éventuelles sanctions contre les agents qui n'ont pas effectué leur service ce jour.»
Jean-Christophe Tardivon
Communiqué de l'intersyndicale UFAP-UNSA Justice et FO Justice du 20 mars 2026 :L’assemblée générale extraordinaire des personnels à l’appel des organisa5ons syndicales représentatives qui s’est tenue le 19 Mars 2026 a adopté à l’unanimité les revendica5ons et modalités d’actions suivantes :
BLOCAGE TOTAL DE LA MAISON
D’ARRÊT DE DIJON
LE JEUDI 26 MARS 2026 DES 5h30.
Les revendica,ons du personnel de la Maison d’Arrêt de Dijon sont les suivantes :
• DESENCOMBREMENT MASSIF ET IMMEDIAT DE L’ETABLISSEMENT
La situation actuelle n’est plus tenable pour les personnels quel que soit leur service.
La sécurité de l’établissement et des agents étant mise en péril, il y a urgence à procéder à un désencombrement massif de la structure et à revoir le seuil de criticité de 50 matelas au sol.
Nous rappelons que la règle est l’encellulement INDIVIDUEL !
Un échange rapide avec le parquet de Dijon doit être mis en œuvre afin que les futures incarcéra5ons ne soient plus systématiquement effectuées sur notre structure et que des mesures alternatives soient priorisées quand c’est possible.
• RENFORCEMENTS DES EFFECTIFS
Nous exigeons des garan5es concrètes afin de combler les vacances de postes.
Les MAD et autres départs doivent être an5cipés afin de soulager la détention et de pérenniser la continuité des services.
• REVISION DE L’ORGANIGRAMME DE REFERENCE
Nous demandons la révision de l’organigramme de référence de l’établissement qui n’est plus adapté à la multiplication des services et missions.
Une réflexion doit être menée quant au Pôle Centralisateur de Surveillance Électronique qui est un service à part entière et autonome mais dont les moyens humains sont amputés à la Maison d’Arrêt.
Le PCSE doit avoir son propre organigramme, avec des moyens proportionnels à leurs missions et les agents qui y sont actuellement affectés pérennisés sur leurs postes.
• MISE EN PLACE D’UN VERITABLE DIALOGUE SOCIAL
La Directrice actuelle installe, depuis son arrivée, un climat toxique sur la structure à travers un management transversal et condescendant.
Les instances de dialogue social sont devenues des chambres d’enregistrement à sens unique.
Elle instrumentalise les récents évènements afin de culpabiliser l’ensemble des personnels et prend des décisions non réfléchies, contradictoires et sans concertation.
Les organisations professionnelles et les agents qu’elles représentent doivent être respectées et entendues.
Il est temps de me[re un terme à cette politique de la peur à coups de demandes d’explications.
• REVISION DU PROJET D’ETABLISSEMENT EN ACCORD AVEC LES MOYENS
Le projet établissement tel qu’il est décliné actuellement apparait à tous comme déconnecté du terrain et de la réalité. Appliqué toutes les notes de la DGAP sans prendre en compte les par5cularités de l’établissement nous mènent droit dans le mur !
Une réflexion locale et factuelle doit être menée avec l’exper5se des personnels sur :
- La multiplication des activités et leur intérêt
- La multiplication des mouvements déstructurés (activités mixtes)
- Les missions dévolues au Équipes de Sécurité Pénitentiaires dans le strict respect de la doctrine.
• LA MA DIJON N’EST PAS UNE ANTI CHAMBRE DE L’ARPEJ
Les ELSP ne peuvent être la variable de l’ARPEJ ! Leurs missions locales doivent être priorisées que ce soit en matière de sécurité sur la structure ou pour les extractions médicales.
Une réflexion doit également être menée sur la possibilité d’offrir à tous les personnels une montée en compétence et la possibilité, pour les volontaires, de se voir habilités et de diversifier leur quotidien.
• RENFORTS ADMINISTRATIFS ET SPORTIFS
La situation actuelle des services administratifs n’est plus tenable. La Régie des Comptes Nominatifs, pour ne citer qu’elle, est dans un état critique et les conséquences alarmantes sur la détention.
Des moyens contractuels doivent être octroyés sans délai afin de rétablir la continuité du service plutôt que de
rajouter une charge de travail supplémentaire, dans l’urgence, aux services administratifs de la DISP.
Il en va de même pour le service du Sport qui ne fonc5onne plus des lors que le moniteur actuel est absent. Compte du climat local et de la surpopulation, il est impératif de maintenir cette activité afin d’occuper la population pénale plutôt qu’elle ne végète dans des cellules surencombrées.
CE MOUVEMENT DE CONTESTATION DES PERSONNELS A VOCATION A ETRE RECONDUCTIBLE.
Nous ne voulons pas d’un « engagement à être attentif », nous voulons des actes !
Pour le bureau local UFAP UNSa Justice
Ludovic SKUBALA
Pour le bureau local du SLP FO
Pierre POLLONNI
Communiqué de la direction interrégionale des services pénitentiaires de Dijon du 20 mars 2026 :S’agissant de la surpopulation carcérale :
- Toutes les maisons d’arrêt et quartiers maisons d’arrêt souffrent de la surpopulation carcérale (en moyenne, 5000 personnes en plus chaque année dans les établissements pénitentiaires).
- La maison d’arrêt de Dijon fait état de 50 matelas au sol, une situation qui impacte la prise en charge des personnes détenus mais également les conditions de travail des agents.
- Depuis le mois de janvier, la maison d’arrêt et la direction interrégionale ont travaillé de concert pour transférer 50 personnes détenues (transfert en établissement pour peines, par désencombrement ou mesure d’ordre).
- En parallèle, nous notons l’incarcération de 140 personnes par l’institution judiciaire sur la même période (1er janvier-17 mars)..
- Le nombre de matelas au sol, et le taux très élevé de surpopulation carcérale (245% au QH majeurs, 148% au QF, 72% au QSL et 54% au QM) s’explique par plusieurs facteurs :
. Le prononcé de peines plus lourdes dû à des faits plus graves commis (temps d’incarcération plus long) ;
. Le délai plus long pour transférer les personnes détenues condamnées (les établissements pour peines étant remplis à plus de 98%)
. L’accroissement du nombre d’entrées par mois (47 en janvier ; 60 en février ; 33 depuis le 1er mars)
- Notons enfin que les relations avec l’autorité judiciaire et les autres forces de sécurité sont quotidiennes et excellentes.
S’agissant de la sécurité des personnels :
- Le quartier disciplinaire de la maison d’arrêt, fermé depuis la double évasion, a bénéficié d’importants travaux de sécurisation qui viennent de s’achever ; le quartier peut donc rouvrir demain.
- Le plan étanchéité est en cours de déploiement (mise en place du portique à ondes périmétriques, changement des caillebotis, dispositif anti-drones, ajout de concertinas, etc.).














