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16/05/2022 08:57

LÉGISLATIVES : Un débat sur la foi chrétienne et la politique pour «faire vivre la démocratie»

Un évêque catholique, un pasteur protestant, un ancien député socialiste et un ancien sénateur Républicain ont débattu ce vendredi 13 mai. «L'enseignement de l'église catholique a toujours souligné l'engagement des chrétiens dans le domaine politique», a indiqué l'archevêque de Dijon Antoine Hérouard.
L'Association de Sauvegarde du site de la Providence continue de mobiliser pour éviter que la chapelle Notre-Dame de la Providence de Dijon, qui borde le boulevard de Chèvre Morte, ne soit remplacée par un projet immobilier.

Construite au XIXème siècle pour accompagner le développement urbain de Dijon au-delà de son périmètre de la guerre de 1870, la chapelle a été consacrée en 1894. Bien que désaffectée depuis 1976, elle est toujours consacrée et des offices religieux sont ponctuellement célébrés en ses murs.

La chapelle ayant échappé à la destruction en 2004, l'association de sauvegarde reste vigilante, récolte des dons et organise régulièrement des événements pour faire vivre sa mobilisation.


Près de 150 participants


Dans le cadre de la séquence électorale allant de la récente présidentielle jusqu'aux prochaines législatives, l'«AssPro» a organisé ce vendredi 13 mai un débat sur la foi chrétienne et la politique animé par le secrétaire de l'association Jean-Louis Guérin.

Près de 150 personnes sont venues suivre le débat où intervenaient le nouvel archevêque de Dijon Antoine Hérouard, le pasteur de l’Église Protestante Unie Hugues Girardey, l'ancien député socialiste Laurent Grandguillaume, et l'ancien parlementaire RPR et président de l'AssPro Louis de Broissia.

Dans le public, se retrouvaient plusieurs élus locaux comme Laurent Bourguignat (LR-Libres), François-Xavier Dugourd (LR), Nicolas Marin (Horizons), Anne Perrin-Louvrier (LR), Céline Renaud (LR) ou encore Henri-Bénigne de Vregille (Horizons).

«Réhabiliter le politique»


«L'enseignement de l'église catholique a toujours souligné l'engagement des chrétiens dans le domaine politique», indique d'emblée l'archevêque de Dijon en prenant la parole avant de poursuivre en mentionnant des textes récents à même d'éclairer sur le sujet.

Après le bouleversement de Mai 68, l’assemblée plénière de l’épiscopat français publie en 1972 «Pour une pratique chrétienne de la politique» qui justifie le pluralisme politique.

Alors qu'apparaît au tournant du millénaire un mouvement de mise à distance vis à vis de la chose politique, les évêques choisissent d'intervenir pour «réhabiliter le politique» et le conseil permanent de la Conférence des évêques de France publie avant la présidentielle de 2007 «Qu'as-tu fait de ton frère ?» pour « soutenir la vie démocratique dans [le] pays par la réflexion et l'action».

Depuis, les évêques s'expriment avant chaque grand rendez-vous électoral d'où la publication cette année de «L'espérance ne déçoit pas».

«Les chrétiens sont attentifs aux questions qui ont trait au respect de la vie»


«Il est clair que les responsables religieux ne vous disent pas quel bulletin de vote il convient mais peut-être quel bulletin ne convient pas», glisse l'archevêque de Dijon qui a lui-même diffusé un communiqué insistant sur le «devoir moral» du vote (lire le communiqué).

«On voit bien que les chrétiens sont attentifs aux questions qui ont trait au respect de la vie à tous les âges. (…) La vie, ce n'est pas seulement le début et la fin. Cela touche aussi les questions difficiles de l'accueil de l'étranger, du réfugié, l'attention donnée aux plus faibles», indique-t-il.

«La démocratie est fragile»


«Qu'est-ce qui est de nature à faire grandir la fraternité ?» demande l'archevêque pour qui «les religions sont une chance pour la société toute entière».

La laïcité traduisant «la neutralité de l’État qui n'est pas celle de la société», «la liberté religieuse doit être reconnue de façon effective, et pas seulement dans ses principes, au service de tous, de toutes les religions dans le respect de l'ordre public».

«L'inquiétude écologique doit porter sur l'ensemble de nos relations avec la nature» déclare le dignitaire qui insiste sur la «dimension européenne» et mentionne «l'invasion de l'Ukraine».

«La démocratie est fragile et elle peut facilement être mise en danger voire s'écrouler par des choix qui, s'ils manifestent une certaine mauvaise humeur, peuvent se révéler irréversibles» conclut-il en invitant donc à «faire vivre la démocratie en exerçant des choix qui soient respectueux pour le bien commun».

«Comment les points qui sont importants pour les chrétiens sont pris en compte ?»


«L’Église ne défend pas un programme politique, ce n'est pas son rôle. Dans la mesure où elle donne des points de repère, (…) elle est là pour aider les décideurs mais aussi les citoyens à réfléchir aux enjeux et ensuite à exprimer leurs opinions», ajoute celui qui était secrétaire général de la Conférence des évêques de France lors du vote de la loi dite du «mariage pour tous».

Pas de programme politique donc pour le ministre catholique qui incite à se poser les questions suivantes : «comment les points qui sont importants pour les chrétiens sont pris en compte dans les choix que nous sommes amenés à faire ? (…) Comment est-ce que je vis ma vie de chrétien ? Qu'est-ce que ça veut dire pour moi et de manifester que je suis chrétien là où je suis ? Est-ce que dans mon attitude vis à vis des autres je porte les valeurs de l’Évangile ?»

«L'espace de la liberté de conscience s'amenuise»


Le pasteur de l’Église Protestante Unie Hugues Girardey débute son propos par une litanie de statistiques. En 2018, 58% de la population française se déclare sans religion face à 32% de catholiques, 6% de musulmans, 2% de protestants et 2% relevant d'autres spiritualités. 53% des 18-29 ans se disent croyants (contre 34% en 2008) sans nécessairement être affiliés à une religion.

«Le religieux au sens confessionnel est désormais minoritaire toutes religions confondues», souligne le pasteur, «la pratique religieuse est en baisse lente mais régulière». 53% catholiques figurent parmi les des pratiquants réguliers.

Les baptêmes ne seraient plus appliqués qu'à 3% des nouveaux nés. À l'autre extrémité de la vie, le seul rite qui perdure est celui des obsèques religieuses.

Le pasteur retient tout particulièrement «l'angoisse de nos jeunes» concernant la crise environnementale et renvoie aux rapports du GIEC.

La révision de la loi de 1905 interroge le pasteur qui se réfère à la Fédération protestante de France : «peut-on encore parler d'une réelle séparation des Églises et de l’État quand l’État préempte l'autorité de discerner de ce qui est cultuel ou non s ou pouvant contester les statuts et activités [des associations de loi 1905] sans se référer antérieurement à des tribunaux administratifs ?»

«L'espace de la liberté de conscience s'amenuise et la parole publique s'estompe quelque peu», estime ainsi le pasteur Hugues Girardey.

«L'enjeu essentiel est de garantir le vivre-ensemble», signale-t-il en appelant à «un changement de paradigme, un paradigme communaliste qui remplacerait le paradigme individualiste, matérialiste et réifiant dans lequel nous évoluons actuellement. (…) Un paradigme qui nous réinscrive par une approche globale dans la chaîne et l'interdépendance du vivant, (…) qui nous réinscrive au sein la Création dans la place qui est la nôtre».

«Il y a eu une tradition antichrétienne et antisémite révolutionnaire»


Se présentant en «homme libre», Laurent Grandguillaume, directeur général d'une PME dans le secteur tertiaire, rappelle son engagement en tant que militant associatif bénévole au sein d'ATD Quart Monde pour défendre le dispositif Territoires Zéro Chômeur de Longue Durée et «réinvestir la politique différemment».

«Dans ma propre famille politique, si on regarde l'histoire, au XIXème siècle, il  y a eu une tradition antichrétienne et antisémite révolutionnaire qui a fait le pont entre deux extrêmes dans une synthèse qui était celle du pré-fascisme et du social-nationalisme», analyse-t-il en référence aux travaux du politologue Marc Crapez.

«L'idéologie enferme, l'utopie peut ouvrir à différents champs de réflexion»


L'intervenant établit alors un lien entre «le recul de la foi» et le développement du «rejet de l'autre». Il aborde les confinements comme des moments pour «bifurquer» et bâtir une société différente : «je suis utopiste, je milite pour l'éradication du chômage de longue durée».

L'ancien député socialiste cite l'anthropologue Emmanuel Todd, le philosophe Paul Ricoeur, le sociologue Jacques Ellul, le peintre Gustave Courbet et même le pape François. «L'idéologie enferme, l'utopie peut ouvrir à différents champs de réflexion», estime-t-il.

«Aujourd'hui, on consomme beaucoup, on étend le domaine de la marchandisation trop loin. Finalement, quelle est la place pour l'humain ?» interroge-t-il.

«La laïcité n'était pas une loi de combat»


Éduqué dans la foi catholique, avec des rapports étroits avec d'autres religions, ami personnel du dalaï lama, Louis de Broissia prend soin de signaler qu'il a «lu le Coran» avant de se rendre par le passé «en terre d'islam».

L'intervenant constate la «déchristianisation de la France» et regrette que lors de la présidence de Jacques Chirac en période de cohabitation avec le Premier ministre Lionel Jospin, «les racines chrétiennes de l'Europe» aient été récusées.

Concernant la loi de 1905, «est-ce qu'aujourd'hui, les églises sauraient entretenir les bâtiments religieux ?» demande l'ancien parlementaire. «La loi de 1905 a dérapé sur des interprétations hasardeuses de la laïcité ; la laïcité n'était pas une loi de combat mais une assurance que toutes les religions pourraient vivre harmonieusement», analyse-t-il.

Concernant les lois sur la vie, Louis de Broissia regrette «d'avoir refusé le PACS» et s'inquiète de la situation des mères porteuses ayant fui l'Ukraine pour trouver refuge en France où résident des adoptants prévus des enfants à naître.

En revanche, Louis de Broissia alerte sur le «peu de débat» entourant le report du délai d'IVG et sur la «pression populaire» concernant la révision de la loi Léonetti sur la fin de vie. «Il y a en France un besoin de religion, (…) nous avons besoin d'entendre vos expressions sur le sujet», conclut-il en s'adressant aux deux ecclésiastiques présents.

Un large temps consacré aux questions du public permet ensuite d'aborder la différence entre l'intérêt général et le bien commun, la censure de la parole publique venant du champ religieux, l'église verte du côté protestant et le chemin de conversion lié aux enjeux environnementaux proposé par le pape François du côté catholique, le désarmement nucléaire ou encore l'articulation entre éthique de conviction et éthique de responsabilité.

Jean-Christophe Tardivon

«La foi chrétienne reste aussi une composante importante de la culture et de la société française», déclare le nouvel archevêque de Dijon Antoine Hérouard


«Le temps d'une chanson»

L'Association de Sauvegarde du site de la Providence donne rendez-vous le vendredi 20 mai prochain à 20 heures pour un concert au profit des Ukrainiens en difficulté.

Informations pratiques
«Le temps d'une chanson»
par les choristes et les musiciens d'Ici et Ailleurs avec l'ensemble Voce Divina sous la direction d'Alain Chobert
Vendredi 20 mai 2022 à 20 heures
Chapelle de la Providence
26 rue Caroline-Aigle à Dijon
Parking gratuit
Plein tarif 12 euros
Tarif réduit 8 euros
Gratuit pour les moins de 12 ans
L'intégralité de la recette et des dons sera reversée à l'association Ukraine-Dijon-Besançon
renseignements
Association musicale Ici et Ailleurs
Téléphone 06.52.51.34.33
Email icietailleurs21@yahoo.fr



































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