
Les salariés licenciés vont bénéficier d'indemnités proportionnelles aux salaires relativement élevés ayant cours dans cette usine de Tetra Pak. «On est en présence d'un employeur qui a des moyens colossaux», a rappelé l'avocat de l'intersyndicale, ce jeudi 24 juillet, au lendemain d'un accord après plus de six mois d'âpres négociations.

Les Tetra Pak ont arraché un «plan social hors-normes» à la direction mais l'entreprise fermera. Après plus de six mois de combat social pour défendre les 207 emplois menacés en contestant ce que proposait la direction de Papeteries de Dijon, l'intersyndicale a trouvé un accord, ce mercredi 23 juillet 2025.
Au lendemain de cette toute dernière négociation, François Rebsamen (FP), ministre du gouvernement de François Bayrou et président de la Métropole de Dijon, s'est félicité que soit conclu «un accord pour protéger les salariés de Tetra Pak Longvic» (
lire le communiqué).
Pourtant, l'intersyndicale ne l'entend pas de cette oreille et son avocat parle même d'un «lâche soulagement» puisque l'objectif de la mobilisation n'était rien moins que la préservation de l'activité.
«On est en présence d'un employeur qui a des moyens colossaux»
«La direction avait intérêt à signer un accord», explique Maître Ralph Blindauer, avocat de l'intersyndicale, «l'accord met fin à une incertitude sur ce qu'aurait été la décision de l'administration du travail».
«On est bien au-dessus de ce qui se fait en moyenne», indique l'avocat, «dans tous les compartiments de l'accord». «On est en présence d'un employeur qui n'ai pas de motifs économiques sérieux et qui a des moyens colossaux».
«Monsieur Rebsamen est venu faire son show devant devant l'entreprise»
«Il y a un soupir de lâche soulagement», considère Maître Ralph Blindauer qui cible «les politiques» dont François Rebsamen et l'ensemble des ministres qui avaient été interpellés dans une lettre ouverte de la CGT (
lire le communiqué).
«Ils n'ont pas levé le petit doigt pour sauver l'entreprise», tempête le juriste, «Monsieur Rebsamen est venu faire son show devant devant l'entreprise». «Je demande à savoir ce qu'a fait le ministre de l'économie comme actions concrètes pour sauver l'emploi».
«Je suis écœuré par les politiques», insiste Maître Ralph Blindauer, «depuis le début de la procédure j'en appelle aux politiques qui sont au gouvernement».
«On voulait qu'il y ait une véritable volonté politique de sauver l'usine avec 300 emplois [NDLR : emplois indirects compris] et éviter une friche industrielle», ajoute-t-il. «On a partout la même chose, y compris sur des gros dossiers, le politique ne se bouge pas. C'est la liberté totale pour des entreprises privées»
L'avocat rappelle qu'il était «serein sur le plan du droit» car «des informations importantes ne nous ont pas été communiquées» : «les flux financiers sont une véritable usine à gaz, on les réclame depuis le début, ils ne veulent pas le communiquer». «On est face à un groupe qui est prêt à payer très cher pour ne pas communiquer des informations, ça décuple mon envie de les avoir».
«Ça reste un carnage»
Même si «le plan social est au-dessus des moyennes, ça reste un carnage», analyse l'avocat, «au départ, des gens qui ont un bel emploi avec des conditions d'empois plutôt bonnes, maintenant, certains vont être reclassés, ça ne répare par les conséquences de ce carnage».
«Cela ne va pas remplacer un emploi pour beaucoup de gens», insiste l'avocat, «beaucoup vont se retrouver dans la galère». «Il n'y a pas de quoi pavoiser».
«On a réussi à faire monter la note»
«On a fait bouger les lignes de la direction par rapport à la version 3», explique Claude Rollandet, délégué syndical de la CGT, élu au comité social et économique de l'entreprise.
«On a réussi à faire monter la note et on a surtout des mesures sociales pour les congés senior à 5 ans. Les collègues ont été soulagés de voir un accord nettement au-dessus de la version 2 présentée à l'unilatérale. On a négocié un parachute pour les collègues», développe-t-il.
«Les indemnités sont proportionnelles aux salaires»
Dans le détail, l'accord se fait sur la base de la troisième version du plan de sauvegarde de l'emploi préparée par l'intersyndicale et est même améliorée.
L'accord comprend un congés senior composé de 60 mois payés à 100% durant les quatre première année, puis à 80% la cinquième.
Les congés de reclassement sont de 12 mois pour les salariés âgés de moins de 50 ans, 15 mois pour les 50-55 ans et 18 mois pour les plus de 55 ans et les personnels fragilisés.
Si une personne n'a toujours pas trouvé d'emploi à l'issue de son congé de reclassement, une aide de l'antenne emploi ajoutera trois mois supplémentaires.
Les indemnités de licenciement supralégales sont portées à 3.200 euros par année d'ancienneté, une somme complétée par un talon à 15.000 euros. Les plus jeunes sont assurés de recevoir au moins 40.000 euros. L'ancienneté moyenne du personnel est de vingt ans.
S'ajoute une prime de reprise d'activité de 10.000 euros pour peu que le piquet de grève soit levé quand sera signé officiellement l'accord.
«Les indemnités sont proportionnelles aux salaires», rappelle Claude Rollandet, «le préjudice est beaucoup plus important que dans une société où l'on gagne le SMIC». «L’indemnité est une réparation du préjudice subi.»
«Ça va être compliqué pour les salariés», explique-t-il en soulignant que «leurs emprunts sont proportionnels aux salaires». «Il était normal d'avoir un plan social hors normes».
Selon l'intersyndicale plus de 50% des personnels ont plus de 50 ans, 21% des salariés sont reconnus comme étant fragilisés et le salaire le plus bas était supérieur au salaire moyen des entreprises en Côte-d'Or.
Un rapport de forces favorable aux salariés
L'intersyndicale est restée unie, les manifestants devant l'entreprise ont évité les débordements, le rapport de forces était donc en faveur des salariés.
«On a montré qu'on était respectueux des règles», insiste Claude Rollandet, «les collègues ont travaillé correctement jusqu'au DGI [NDLR : signalement pour danger grave et imminent]. On a respecté la direction qui ne nous respectait pas.»
«C'est grâce à ça qu'on a eu des appuis politiques, ils ont expliqué à la direction qu'il fallait trouver un accord sur les mesures du PSE», analyse le délégué syndical qui regrette lui aussi qu'il n'y ait pas eu d'intervention pour «sauver l'entreprise». «Les tractations se sont passées au-dessus de nos têtes».
«Encore 300 emplois qui disparaissent sur la Côte-d'Or, ça ne va pas», se désole le délégué syndical qui se dit «en colère de voir l'entreprise qui ferme».
Vers un démantèlement du site jusqu'en mars 2026
Un référendum interne est en cours pour vérifier si les salariés confirment l'accord obtenu. Les résultats sont attendus au plus tard ce vendredi.
L'accord devrait être officiellement signé, le 28 juillet, entre la direction et les trois représentants des composantes de l'intersyndical : CGT, UNSA et CFE-CGC.
Déjà allégé, le piquet de grève pourrait être totalement levé dans la foulée.
La direction devrait retirer sa version du PSE puis déposer un nouveau dossier à la Direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités de Bourgogne-Franche-Comté (DREETS) qui aura alors 21 jours pour le valider.
«Il faudra que le CSE soit consulté et rendre un avis, ce ne sera pas une formalité», prévient Maître Ralph Blindauer.
La plupart des licenciements seront actés le 30 septembre. 24 personnes accompagneront le démantèlement du site jusqu'en mars 2026.
«Ce sont des personnels fiables, qui viennent au boulot»
Claude Rollandet tend à supposer que les caristes et opérateurs de maintenance retrouveront un travail sur le territoire.
Les personnels de production ont développé des compétences sur les machines spécifiques ; ils pourraient se tourner vers différents métiers de l'imprimerie industrielle.
En revanche, les opérateurs d'un laminoir, qui était unique en France, pourraient connaître des difficultés à faire valoir leur spécialité, a fortiori sur le territoire.
Selon délégué syndical, «ils ont des compétences en sécurité, en amélioration continue, en respect des règles». «Ce sont des personnels fiables, qui viennent au boulot. Ils ont des qualités qui peuvent intéresser d'autres entreprises et il y a moyen de faire des formations pour s'adapter à d'autres entreprises».
Jean-Christophe Tardivon