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25/02/2020 03:25

MUNICIPALES À DIJON : Avec Yannick Jadot, Stéphanie Modde veut «promouvoir une façon de vivre autrement sa ville»

Le député européen Yannick Jadot est venu ce lundi soutenir la liste menée par Stéphanie Modde, élue sortante Europe Écologie Les Verts. Une rencontre a eu lieu avec de jeunes entrepreneurs dijonnais.
Le train arrive en gare de Dijon-Ville, il vient de Besançon. Après la Franche-Comté, Yannick Jadot est en Bourgogne pour continuer sa tournée auprès des candidats soutenus par Europe Écologie Les Verts. Le député européen vient ainsi prêter main forte à Stéphanie Modde qui mène la liste Dijon écologique et solidaire.

Le thème des échanges de ce 24 février 2020 sera l'entrepreneuriat durable. Une rencontre est prévue avec des colistiers et des entrepreneurs à quelques pas de la gare. En chemin, Yannick Jadot s'exprime sur des questions de politiques locales et nationales.

«Accélérer la transition écologique»


«Les écologistes ne peuvent plus simplement être à côté du chauffeur en demandant à ce qu'il y ait une réorientation des politiques publiques» indique Yannick Jadot. «Aujourd'hui, l'enjeu, c'est d'accélérer la transition écologique : le climat, les déplacements, le logement, l'alimentation, l'agriculture, l'accès à des services de proximité, la création d'emplois durables... c'est ça, le programme écolo !» martèle celui qui a été, un temps, candidat à l'élection présidentielle de 2017 avant de se rallier au socialiste Benoît Hamon.

«C'est aussi notre victoire que l'écologie soit le grand thème de ces élections municipales» signale Yannick Jadot qui aimerait voir une recomposition du paysage politique autour d'EELV. Il tient d'ailleurs à mettre en avant ce qu'il considère être la spécificité d'un parti de l'écologie politique face aux «verdissement» des programmes de plusieurs candidats : «il y a une différence entre les écologistes qui, dans cette campagne et avant, construisent les solutions avec les entreprises comme aujourd'hui, avec les citoyens, avec les associations et les candidats qui sont écologistes le temps d'une campagne parce qu'ils pensent que c'est juste une mode qui va passer».

«Je fais confiance aux électrices et aux électeurs pour différencier les écologistes qui ont du tempérament, qui ont de l'ambition, qui ont de la bienveillance, qui ont de la crédibilité avec celles et ceux qui, finalement, prennent l'écologie comme un supplétif, un supplément d'âme ou un chapitre à part d'un programme qui finalement ne change plus grand chose» lance-t-il.

Dans ces élections municipales, Yannick Jadot a une ambition clairement affichée : «notre rôle, aujourd'hui, c'est de conquérir le pouvoir, pas pour l'occuper, comme trop souvent on voit des maires historiques occuper le pouvoir, mais pour l'exercer, pas pour l'accaparer, pour le rendre aux citoyens».

«À force de combats, on arrache la fermeture de Fessenheim»


Interrogé par Infos-Dijon sur le début du démantèlement de la centrale nucléaire de Fessenheim, Yannick Jadot indique qu'il en est «extrêmement heureux» : «j'ai été de nombreuses fois sur le site de Fessenheim, on sait que c'était une centrale dangereuse, sous le niveau du canal, dans une zone sismique, une veille centrale... C'était un engagement que l'on avait obtenu en 2010-2011 donc il a fallu dix ans pour fermer cette centrale. À force de combats, on arrache l'abandon de l'aéroport Notre-Dame-des-Landes, l'abandon du projet Europa City et maintenant la fermeture de Fessenheim. Mais il faut aller au-delà maintenant, il faut engager des politiques qui permettent d'avoir une agriculture qui prend soin de l'environnement et qui donne des revenus décents au paysan qui nous fournit une alimentation de qualité, ils faut défendre les é-co-no-mies d'énergie (…), il faut soutenir les énergies renouvelables et malheureusement, on est très en retard».

Rencontre avec de jeunes entrepreneurs dijonnais


Les interlocuteurs sont face-à-face, «pour faciliter les échanges» souligne Stéphanie Modde. De fait, les discussions sont rythmées, chacun présentant sa structure, ses atouts et les éventuellement freins dans le développement.

La cible de l'épicerie bio et zéro déchet Au gramme près correspond «aux jeunes trentenaires qui commencent à avoir des enfants». La cogérante Julie Collin constate que de nombreuses personnes viennent par curiosité, son «grand pari» est que «les gens reviennent deux fois, trois fois et qu'ils changent leurs habitudes de tous les jours». En dix-huit mois, l'épicerie est passé de deux à cinq emplois.

Fabrice Quenot est vélo-taxi avec un service baptisé Mon coursier de quartier, il transporte des personnes au centre-ville de Dijon notamment pour «lutter contre l'isolement des seniors» et effectue aussi des livraisons pour les commerçants. Il déplore de «ne pas être respecté» et de «ne pas être mis en valeur». Pourtant, l'activité allant de façon croissante, il réfléchit à créer un «collectif d'indépendants».

Consultant en systèmes d'information, Jaouad Zouaghi a quitté Paris en 2016 pour pratiquer le télétravail depuis Dijon. Il a dû convaincre ses client qu'il pouvait «effectuer le même travail à distance». Il travaille principalement depuis son domicile et visite parfois ses clients en se déplaçant en train à Paris et Strasbourg.

«La restriction du budget de l’État par ce gouvernement est totalement absurde»


Pour sa part, Thibaut Simon a cofondé le collectif Créateurs d'Autonomie Positive afin d'«accompagner les particuliers qui souhaitent être autonomes en énergie». Les compétences n'étant pas toujours à la hauteur des envies d'aller vers les énergies renouvelables. Microentrepreneur, il est en partenariat avec une entreprise de Bretagne qui a conçu des panneaux solaires thermiques et des poêles à bois bouilleurs autoconstructibles. Il déplore que «l'économie par l'isolation ou la production d'énergie 100% renouvelable» ne soient pas plus soutenues.

La candidate répond aux problématiques soulevés par ces entrepreneurs comme le complément du dispositif existant Rénovéco (lire notre article sur le Salon de l'Habitat) et le soutien à la rénovation énergétique des copropriétés dégradées.

Sur le point de la rénovation énergétique, Yannick Jadot fustige la politique budgétaire du gouvernement : «un État emprunte à zéro pourcent à trente ans, la rénov' est rentable à 5-6% à 25%, l’État a toute sa place, c'est pas une dépense, c'est un investissement ! C'est là que la restriction du budget de l’État par ce gouvernement est totalement absurde». Dans la foulée, le député européen dénonce «l'instabilité juridique» autour de la rénovation.

Faire de Dijon «une référence en matière d'économie responsable»


Tout comme Fabrice Quenot, Thomas Buffard est colistier de Dijon écologique et solidaire (respectivement numéros 12 et 26). Le trentenaire est entrepreneur social depuis 2008. Il aspire ainsi à «mettre l'efficacité économique de l'entreprise au service de l'intérêt général». En 2015, il a rejoint la coopérative Go'Up qui a pour objet de «repérer les concepts d'entreprise sociale qui marchent ailleurs et de chercher à les implanter sur Dijon et autour». L'entrepreneur regrette «un manque de portage politique par la municipalité» sur ces projets alors qu'à ses yeux, cette économie est importante «pour un mode de développement beaucoup plus durable». Thomas Buffard aimerait faire de Dijon «une référence en matière d'économie responsable».

Là aussi, Yannick Jadot répond en mobilisant son expérience de député européen : «il doit y avoir une ambition à associer les acteurs de cette économie qui est bien spécifique dans la construction des cahiers de charges [des appels d'offres des collectivités] pour valoriser les externalités positives que vous amenez dans la société». «Cela fait dix ans que l'on se bat pour faire évoluer les marchés publics, pour qu'il y ait du contenu local, pour qu'on intègre beaucoup plus les critères sociaux-environnementaux» explique-t-il.

Au-delà du cliché du télétravailleur descendant de chez lui en pyjama pour acheter un litre de lait bio à l'épicerie spécialisée de quartier, Stéphanie Modde invite les entrepreneurs présent à travailler «ensemble en termes d'innovation sociale». La candidate veut «promouvoir une façon de vivre autrement sa ville» à partir d'une «véritable demande» de la part des consommateurs pour «consommer autrement».

Jean-Christophe Tardivon