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23/02/2020 03:10

MUNICIPALES À DIJON : «L'agriculture et l'écologie, c'est le même combat» selon Delphine Batho

La présidente de Génération Écologie était à Dijon le 19 février dernier pour soutenir la liste menée par Stéphanie Modde. La députée s'est exprimée sur les questions agricoles, dont le malaise des agriculteurs, tout en taclant au passage les méthodes de La France Insoumise.
Devant la cuisine centrale de la Ville de Dijon, Delphine Batho est venue soutenir Stéphanie Modde ce mercredi 19 février 2020, à quelques jours du Salon international de l'Agriculture à Paris. La présidente de Génération Écologie apporte le poids du mouvement fondé par Brice Lalonde à une figure locale d'Europe Écologie Les Verts qui mène la liste Dijon écologique et solidaire (lire notre article sur les propositions de Stéphanie Modde en matière de restauration scolaire).

Le soutien à une liste de rassemblement se situe dans sa démarche de préparer une alliance des partis de l'écologie politique en vue des élections présidentielles de 2022. «L'écologie, c'est une grande famille dans laquelle il y a une diversité» reconnaît-elle.

À ses yeux, cela constitue «une force électorale unique aujourd'hui dans ces élections municipales dans toute la France. On sent que cette poussée en faveur de l'écologie, elle a d'ors et déjà des résultats puisqu'on voit plein de candidats teinter leurs projets et leur programme de vert donc, maintenant, il faut aller jusqu'au bout et voter pour les écologistes, c'est le plus sûr moyen d'avoir la transformation de l'action locale que l'on souhaite».

«Une urgence de sortir des pesticides»


Ministre de l’Écologie durant le quinquennat de François Hollande, Delphine Batho a rompu les ponts avec le Parti Socialiste en mai 2018. Siégeant à présent parmi les non-inscrits à l'Assemblée Nationale, la députée a porté le combat pour rendre obligatoire – via un amendement à la loi Agriculture et Alimentation – une part de 50% de produits locaux et bio dans les cantines scolaires à partir du 1er janvier 2022 : «c'est bon pour les enfants, c'est bon pour l'agriculture et l'avenir de nos agricultrices et de nos agriculteurs» signale-t-elle devant le bâtiment où sont préparés les repas des élèves dijonnais.

«On peut faire beaucoup mieux et beaucoup plus vite pour atteindre le 100% bio et local dans les cantines et sortir du plastique» martèle-t-elle. La député justifie cet intérêt par «une urgence de sortir des pesticides, de ne plus donner aux enfants à manger des aliments dans lesquels il y a des résidus de pesticides et organiser la transformation de notre modèle agricole, de réinstaller des agricultrices, des agriculteurs, notamment dans la production de légumes et de redévelopper nos territoires au travers des circuits cours alimentaires en commençant pas les cantines, cela vaut aussi pour les EHPAD et toute la restauration collective».

«Multiplier le nombre d'agriculteurs par deux ou par trois»


«L'agriculture et l'écologie, c'est le même combat» lance Delphine Batho en rappelant qu'elle est élue dans les Deux-Sèvres, «un territoire rural». «Dans la situation actuelle où l'on doit relocaliser nos productions, organiser des circuits-courts, faire face aux changements climatiques et à l'effondrement de la biodiversité, on a besoin en France de multiplier le nombre d'agriculteurs par deux ou par trois». De ce fait, ce serait «un métier d'avenir».

Un métier d'avenir pour lequel elle envisage un modèle différent : «il faut sortir d'urgence du modèle actuel qui est une catastrophe pour les revenus agricoles, une catastrophe pour la biodiversité (…) et une catastrophe pour la santé, à commencer par celle des agriculteurs qui sont eux aussi victimes des pesticides comme le reste de la population».

«On est les vrais amis des agriculteurs»


Malgré des relations compliquées, la présidente de Génération Écologie se dit être du côté des agriculteurs : «le suicide des agriculteurs est une réalité qui touche particulièrement le territoire dont je suis élue et, en fait, on voit que ce modèle, il aboutit à un gâchis humain qui est un scandale. Il n'y a aucune profession qui est aujourd'hui dans une telle impasse du fait du système de la PAC et du fait aussi d'un certain nombre de grandes firmes qui tirent les ficelles ou manipulent un certains nombre d'acteurs du monde agricole pour défendre leurs intérêts. Nous, nous les combattons. Je suis très fière d'avoir fait voter l'interdiction des néonicotinoïdes qui tuent les abeilles [NDLR : en 2016], d'avoir porté le combat pour l'interdiction du glyphosate [NDLR : en 2018], face auquel malheureusement le gouvernement et le président de la République actuel ont renoncé à faire quoique ce soit. Je pense que les positions des écologistes sur ces questions, elles sont claires, elles sont cohérentes. On est les vrais amis des agriculteurs qui devraient plutôt se méfier de ceux qui se prétendent défendre leurs intérêts et qui, en fait, les emmènent dans des situations humaines parfaitement scandaleuses».

«Des batailles parlementaires rocambolesques»


En 2014, Delphine Batho a publié un livre intitulé Insoumise. Rien à voir avec le parti de Jean-Luc Mélenchon fondé en 2016. La députée est même assez critique vis-à-vis de ses homologues de La France Insoumise à l'Assemblée Nationale : «le sujet de la réforme des retraites actuelle est extrêmement important – je n'approuve pas du tout le projet de loi du gouvernement – mais il n'y a que quand il y a des sujets sociaux qu'il y a des batailles parlementaires rocambolesques. Quand c'est pour l'interdiction du glyphosate, quand c'est pour l'interdiction du plastique dans les cantines, quand c'est sur des sujets écologiques, on ne voit pas la même mobilisation. On voit effectivement les programmes se verdir un peu au moment des élections mais ils ne sont pas en pointe sur les combats de l'écologie».

Elle entend défendre une certaine antériorité : «on ne peut pas se satisfaire de propositions éparpillés, (…) on a besoin de déployer une cohérence globale dans les territoires. Je crois que beaucoup de Français comprennent que ceux qui ont eu un temps d'avance dans ces combats et ces propositions, il faut les rejoindre. (…) C'est la cause du siècle et il faut aussi la rejoindre».

Jean-Christophe Tardivon


Ministre de l'Écologie pendant le quinquennat de François Hollande, Delphine Batho est à présent députée des Deux-Sèvres et présidente de Génération Écologie


Delphine Batho était à Dijon le 19 février 2020 pour soutenir la liste menée par Stéphanie Modde