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23/02/2020 03:11

MUNICIPALES À DIJON : Stéphanie Modde propose des cantines scolaires avec «100% de bio et local»

Devant la cuisine municipale qui prépare les repas des élèves des écoles dijonnaises, la tête de liste de Dijon écologique et solidaire avait fixé rendez-vous à Delphine Batho pour évoquer la restauration scolaire comme «levier» de transition agricole.
À la veille du Salon international de l'Agriculture, Stéphanie Modde accueillait Delphine Batho devant la Cuisine centrale de la Ville de Dijon, le 19 février dernier, pour aborder les questions d'alimentation. En régie directe, la cuisine de l'avenue de Stalingrad confectionne 8.000 repas par jour pour les cantines scolaires.

L'invitation était faite pour montrer que Génération Écologie, le mouvement fondé en 1990 par Brice Lalonde et présidé aujourd'hui par Delphine Batho, soutient la liste Dijon écologique et solidaire aux municipales. À Dijon, la porte-parole de Génération Écologie est Karine Savina. Celle qui est numéro trois sur la liste indique travailler particulièrement sur le sujet du 100% bio dans les cantines scolaires ainsi que sur le sujet «économie et féminité».

«Porter beaucoup plus loin ce qui est la cause du siècle»


«Nous sommes une liste plurielle, nous avons les mouvements écologistes qui se sont tous rassemblés pour pouvoir supporter cette liste Dijon écologique et solidaire» s'enthousiasme Stéphanie Modde alors que Delphine Batho la rejoint devant le bâtiment municipal.

«Je suis venu soutenir la liste écologiste à Dijon qui a contribué au bilan qui est celui de l'équipe municipale actuelle mais qui veut aujourd'hui porter beaucoup plus loin, beaucoup plus haut ce qui est la cause du siècle et donc de transformer Dijon, de la végétaliser, de développer le vélo et de faire le maximum pour les enfants car, en fin de compte, c'est pour eux qu'on est engagé, c'est pour eux qu'on agit» explique Delphine Batho à Infos-Dijon (retrouver le positionnement de Delphine Batho sur les questions agricoles).

«Je viens aussi soutenir des femmes qui s'engagent pour l'écologie, qui sont compétentes, qui sont expérimentées, qui sont capables dès demain de prendre les commandes du projet écologiste pour Dijon» insiste-t-elle.

«C'est la sécurité d'un repas équilibré pour tous les enfants»


Interrogé sur les réactions des enfants, Patrice Chateau, adjoint EELV sortant à l'environnement, met en avant la satisfaction des élèves ce qui peut même parfois poser quelques soucis domestiques. Des parents ont rapporté à l'élu écologiste que «ce qui est gênant, c'est que les enfants trouvent qu'on mange mieux à la cantine qu'à la maison».

Durant les échanges, Patrice Chateau met en avant le fait d'avoir atteint 35% de produits bio sans avoir augmenté le coût des repas : «le coût à l'assiette de nos repas est stable depuis cinq ans, il est à deux euros». La lutte contre le gaspillage alimentaire y est pour beaucoup : les déchets sont passés de 161 grammes par assiette à 99 grammes voire à 75 grammes lors de certains services.

Delphine Batho insiste sur une dimension de «justice sociale» : «c'est la sécurité d'un repas équilibré pour tous les enfants quelques soient les revenus et situations sociales de leurs parents». Selon la députée, il est même «tout à fait possible d'arriver à 100% de bio et local dans les cantines».

La députe souligne que les barquettes en plastique seront interdites en 2025 alors qu'elle avait préconisé de les interdire dès 2022. Le réchauffage des aliments dans ces barquettes en plastique est suspecté de faire migrer des perturbateurs endocriniens dans la nourriture, notamment quand il s'agit de plats en sauce.

Patrice Chateau envisage «d'atteindre deux objectifs en même temps sur une même action» en évitant cette problématique tout en réduisant les déchets en ayant recours à des plats en inox ou en porcelaine : «ce qui compte, c'est la volonté politique de changer le modèle et d'abandonner le plastique».

Selon Stéphanie Modde, une légumerie est nécessaire en amont de la cuisine centrale «pour pouvoir approvisionner en produits locaux et bio» car, pour des questions d'hygiène, la cuisine n'accepte que des légumes découpés et prêts à l'emploi. Au début des années 2020, les Foyers ruraux avaient porté un projet de légumerie qui n'avait pas abouti. Stéphanie Modde envisage cet échec comme l'absence de «volonté politique» à l'époque.

«Les élevages intensifs de bétail, c'est une catastrophe écologique»


Pour atteindre l'objectif souhaité, Stéphanie Modde mobilise le principe d'allotissement des marchés publics, permettant de faire des lots par produit, une démarche dans laquelle la municipalité sortante est déjà engagée. La candidate souhaite aussi restructurer la filière et prend pour exemple le projet de Pierre Lopez qui produit des légumes d'«une qualité nutritionnelle et organoleptique excellente» cultivés en permaculture sur un terrain du Cercle laïc à Corcelles-les-Monts, en périphérie de Dijon. La municipalité est vue comme «un levier» qui apporte une garantie de débouchés économiques aux agriculteurs souhaitant se convertir aux méthodes biologiques.

Le coût se maîtriserait aussi en consommant «moins de viande» et «de la viande de bien meilleure qualité, locale, bio... (…) avec un cahier des charges extrêmement scrupuleux sur la façon dont sont abattues les bêtes». «Les élevages intensifs de bétail, c'est une catastrophe écologique» dénonce la candidate en pensant tout particulièrement au pays du sud producteurs de soja pour l'alimentation animale. L'adjointe sortante souligne que les cantines dijonnaises connaîtraient des «pics de fréquentation» lors des menus «alternatifs», autrement dit «végétariens».

Parmi ces viandes dite «de qualité», la candidate écologique considère que l'élevage du Charolais, très présent dans la région Bourgogne-Franche-Comté, «est un élevage avec un cahier des charges extrêmement précis donc c'est déjà très intéressant».

«L'agriculture, c'est un métier extrêmement noble»


Stéphanie Modde se défend de tout agribashing : «l'agriculture, les agriculteurs, c'est un métier extrêmement noble, c'est quelque chose que l'on a toujours dit. Ce n'est pas du tout ce métier-là que nous remettons en cause. Les agriculteurs ont toujours nourri les populations, ils nous ont aussi nourris après la Seconde Guerre Mondiale. À un moment donné, on leur a demandé de monter en production. Sauf que ce sont des personnes qui ont été captées par une grande organisation syndicale et surtout par des gens qui ont continué – alors que la production était là – à leur dire qu'il fallait mettre plus d'engrais, plus d'intrants chimiques et d'entrer dans un système où il fallait grossir et qui se retrouvent finalement pieds et mains liés, trop souvent, sur un système qui leur échappe trop souvent».

Face à cela, la candidate préconise de «revenir à une agriculture plus paysanne, à une agriculture respectueuse de l'environnement, c'est permettre aussi, à cette population-là, de vivre bien mieux de leur métier. C'est une transition qu'il faut que l'on accompagne. C'est pour ça qu'il faut que l’État, les Régions, l'Europe avec la PAC, qu'il y ait une transformation réelle de cette PAC qui aide très concrètement des agriculteurs à pouvoir vivre dignement de leur métier».

Jean-Christophe Tardivon