
Le président de la Région Bourgogne-Franche-Comté est venu soutenir Nathalie Koenders, maire de Dijon sortante, ce jeudi 12 mars. Les flèches décochées par le socialiste ont particulièrement ciblé le Rassemblement national et Les Républicains.
Pas de présidentiable pour soutenir la socialiste Nathalie Koenders (PS). L'équipe de campagne a fait le choix de ne pas inviter de telles personnalités à venir épauler la tête de liste de Dijon écologique, sociale, attractive. L'équipe est pourtant emmenée par Antoine Hoareau (PS), référent de Bernard Cazeneuve, fondateur de La Convention.
Ce jeudi 12 mars 2026, Jérôme Durain (PS), ancien sénateur de la Saône-et-Loire et président de la Région Bourgogne-Franche-Comté depuis l'été 2025, a répondu présent à un meeting d'avant-premier tour (
lire notre article) pour appuyer la candidature de la maire sortante de la capitale régionale au gré d'un discours d'une quinzaine de minutes.
«C'est un combat politique, presque culturel, entre les responsables et les populistes»
«Cette salle Devosge nous rappelle les plus beaux succès, les plus belles campagnes», se souvient celui qui a amplement milité jusqu'à Dijon lors de précédentes élections et qui rôde désormais ses arguments en vue des régionales de 2028.
«Ce qui se joue dans ces municipales dépasse les municipales», alerte Jérôme Durain, «c'est un combat politique, presque culturel, entre les responsables d'un côté, et les populistes de l'autre, entre la rationalité scientifique et les vérités alternatives, entre une forme de fraternité républicaine et la haine l'autre». «Pour résumer, c'est un combat – qui se joue d'ailleurs à l'échelle planétaire – entre les responsables et les dingues. Avec les dingues, ça finit toujours par la guerre et nous y sommes précisément.»
Le ton est grave, les applaudissements qui fusaient régulièrement jusque là s'éteignent.
Les «exfiltrés», les «condamnés» et les «brebis galeuses» du RN
«On comprend pourquoi une partie de notre électorat, de notre population se tourne, démuni, inquiet, désorienté vers des parties extrémistes», déclare le socialiste qui critique alors le parcours de Jordan Bardella au sein du Rassemblement national, les «parachutages» de candidats ou les «enrôlements de force de colistiers».
«On nous disait pourri, corrompu et il y a maintenant, à l'extrême-droite, toute une kyrielle de catégories : les exfiltrés – David Rachline qui n'est plus en odeur de santé et qui n'a la plus grâce des photographies dans son propre parti –, les condamnés – je ne donne pas de nom, la liste est trop longue – et ceux qui sont en sursis – vous pensez aux mêmes que moi, on attend le jugement définitif», développe-t-il en retrouvant l'ovation de l'assistance.
«Voilà pour les pratiques politiques et puis, il y a le fond», poursuit l'orateur, «le Rassemblement national et ses avatars». «C'est comme une horloge cassée, qui donne l'heure d'une France qui n'existe plus, d'un pays qui n'a peut-être d'ailleurs jamais existé parce qu'il sont dans le déni du monde tel qu'il va. L'extrême-droite, c'est le déni climatique. Ils haïssent les éoliennes et c'est un combat maladif. Nous le constatons à la Région. (…) Ils abhorrent la politique de la ville parce que ceux que cela concerne n'ont pas la même confession qu'eux ou la même couleur de peau. Ils vomissent l'art contemporain – ça nous rappelle tristement les années 30 – et il y a l'exécration ultime pour la solidarité internationale – quoique, elle est à géométrie variable, puisqu'ils trouvent quand même à se financer auprès de Poutine et à admirer sans réserve Donald Trump.»
«Ces gens ne défendent ni les plus modestes – on voit leurs votes à l'Assemblée nationale –, [ni] les femmes – on a vu ce qui s'est passé sur la constitutionnalisation de l'IVG. Ils ne s'intéressent, en réalité, ni à Dijon, ni à la Bourgogne-Franche-Comté, ils veulent juste le pouvoir», assène-t-il.
«Je voudrais m'intéresser aux brebis galeuses», glisse Jérôme Durain, «je ne crois pas qu'il s'agisse seulement de quelques brebis galeuses». «Je vois un troupeau de candidatures problématiques : les racistes, les antisémites, les complotistes. Il y a là un vrai problème de génétique, pas des gens mais du parti puisqu'il manque à ce parti et à tous ses avatars, un fragment d'ADN et ce fragment d'ADN, c'est celui de la République.»
La saillie fait mouche et déclenche un tonnerre d'applaudissements.
«Prenons garde à l'effet de contamination», alerte le socialiste. «Vous avez vu que ces espèces de galaxies néofascistes, ce trou noir qui absorbe tout ce qui pouvait être républicain, attire vers lui, dévore des énergies, des partis qui jusque-là pensait autrement. On l'a bien vu récemment dans le sud de la France où Liberté-Égalité-Fraternité a cédé à la place à Travail-Famille-Patrie.»
Le propos fait référence à une sortie de la candidate Martine Vassal (LR) lors d'un débat sur les municipales à Marseille pour laquelle elle a ensuite évoqué une maladresse.
Thierry Coudert et Emmanuel Bichot, vus comme des «Parisiens»
Alors que les attaques de François Rebsamen (FP), président de la Métropole de Dijon, et Nathalie Koenders se concentrent sur Emmanuel Bichot (LR, AD), candidat d'Agir pour Dijon, soutenu notamment par Les Républicains, Jérôme Durain cible également Thierry Coudert (UDR), tête de liste du Rassemblement dijonnais, soutenu par le Rassemblement national.
Les deux sont qualifié de «Parisiens» : «Monsieur Coudert, ciottiste qui a découvert un amour tardif pour Dijon et qui pose gentiment entre Marine Le Pen et Jordan Bardella, ou Monsieur Bichot, censé être LR et qui adopte les rhétoriques sécuritaires de l'extrême-droite».
«Nous voulons un laboratoire des politiques publiques humanistes, écologistes, progressistes»
«C'est un problème pour la région Bourgogne-Franche-Comté parce que Dijon, la Région, les progressistes, les humanistes que nous sommes, nous voulons de l'attractivité, du rayonnement, de l'ouverture au monde», enchaîne Jérôme Durain. «Nous voulons un laboratoire des politiques publiques humanistes, écologistes, progressistes, qui préparent l'avenir et on a, face à nous, des anti-ambassadeurs qui dénigrent, qui abîment, qui découragent tous ceux qui voudraient venir s'installer chez nous. Le président de la Région que je suis a besoin de cette locomotive dijonnaise. (… ) Nos destins sont liés entre Dijon et la Région parce que nous travaillons bien ensemble.»
«La Région ne peut rien faire sans une capitale forte et une capitale régionale n'est rien sans une région forte», insiste l'ancien parlementaire qui s'inscrit ainsi dans le débat portant sur le mille-feuille territorial qui animera les prochaines sénatoriales et pourrait bien s'inviter durant la prochaine présidentielle.
«Oui au développement économique, mais à n'importe quel prix, sans oublier l'écologie, qui n'est pas une coquetterie, c'est une urgence», alerte le socialiste. «L'écologie, ce sont des projets de long terme – je pense à Agronov – ou des projets du quotidien comme le cyclable et les mobilités propres. Nous sommes convaincus qu'une ville forte, c'est une ville attractive, attractive par ses projets, par ces équipements.»
Au passage, le responsable de l'exécutif régional rappelle les soutiens financiers apportés à des projets dijonnais comme le Campus Maret ou encore la rénovation du Grand Théâtre.
«Nous avons besoin d'une gauche responsable sur la question de la sécurité»
Puis l'orateur passe de la culture à l'éducation, de l'éducation à la prévention et de la prévention à la sécurité.
«La sécurité, c'est une des principales demandes de nos concitoyens ; la sécurité, c'est aussi une valeur de gauche», analyse le socialiste qui a développé ce thème dès son élection à la tête de la Région, à la suite de son travail parlementaire autour de la loi sur le narcotrafic (
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«Nous avons besoin – à Dijon, comme partout en France – d'une gauche responsable sur la question de la sécurité», exhorte-t-il, «une gauche qui assume une dimension répressive, (…) mais aussi une gauche qui est capable de faire ce que la droite – hémiplégique sur les questions de sécurité – ne sait pas faire, c'est-à-dire la prévention. Avec ces deux dimensions, on peut avoir une politique de sécurité qui répond aux besoins du quotidien et qui permette d'apporter le soin, l'accompagnement, la prévention à tous ceux qui en ont besoin.»
L'orateur conclut alors son propos en saluant le passage de relais entre François Rebsamen et Nathalie Koenders vu comme «une transition démocratique» et salue «[sa] vision claire pour l'avenir de ce territoire dijonnais et de notre région Bourgogne-Franche-Comté».
Jean-Christophe Tardivon