
Ce lundi 22 décembre, l'équipe de campagne de la liste soutenue par La France insoumise a présenté sa candidate et précisé certaines mesures phares de son programme. «Le communalisme est l'occasion de commencer la révolution citoyenne», a revendiqué le numéro deux Olivier Minard.

Après avoir présenté les bases de son programme en juin dernier (
lire notre article), La France insoumise se met en ordre de bataille pour l'élection municipale dijonnaise : un nom de liste – «Dijon populaire» (
lire le communiqué) –, une équipe de campagne et une tête de liste en la personne de Dominique Guidoni-Stoltz, désignée «au consensus».
Ce lundi 22 décembre 2025, l'équipe de campagne a tenu une conférence de presse dans la salle polyvalente du quartier des Grésilles (ex-mairie annexe).
Actualisé le 9 février 2026 : Obligée
de se désister pour «raisons de santé», Dominique Guidoni-Stoltz a
passé le relais, le 31 janvier dernier, à Olivier Minard qui est ainsi
devenu tête de liste (
lire le communiqué).
Une spécialiste de l'enseignement et de la formation
Dominique Guidoni-Stoltz est âgée de 65 ans. Actuellement à la retraite, celle qui habite Dijon depuis son enfance a eu un riche parcours professionnel : institutrice, directrice d'école, formatrice d'enseignants, thésarde en sciences de l'éducation et de la formation, maîtresse de conférence avec une spécialité sur l'analyse du travail pour les apprentissages et de la formation et enseignante-chercheuse à Agrosup Dijon.
L'enseignante a effectué tout son parcours syndical au sein de la FSU : SNUIPP tout d'abord – en étant même secrétaire départementale du SNUIPP en Côte-d'Or – puis SNESUP.
«J'ai fait le choix de m'engager politiquement comme une suite de mon investissement syndical», indique Dominique Guidoni-Stolz qui a rejoint La France insoumise dès sa création, en 2016. En 2017 et en 2022, la FSU a appelé à voter pour Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle.
Erratum : La FSU Côte-d'Or précise que la fédération nationale n'a pas appelé à voter pour Jean-Luc Mélenchon au premier tour d'une élection présidentielle. Le syndicat rappelle qu'«il dénonce les politiques néolibérales portées par Emmanuel Macron ainsi que le danger de l'extrême-droite et qu'il a appelé régulièrement à se rendre aux urnes sans donner de consignes de vote en faveur d'un candidat particulier».
La liste Dijon populaire est soutenue par La France insoumise
Après des discussions engagées par La France insoumise Côte-d'Or avec des partenaires politiques potentiels au cours de l'année, Dominique Guidoni-Stoltz acte désormais l'échec de ces négociations avec le Parti communiste français et Les Écologistes. Ces deux partis se sont effectivement alliés par ailleurs (
lire notre article).
En revanche, si des échanges avec le mouvement citoyen Dijon avenir ont débuté puis se sont interrompus, l'Insoumise n'exclut pas qu'ils puissent reprendre de façon à «travailler à un programme qui sera commun pour le second tour».
En 2020, Arnaud Guvenatam (ex-LFI, désormais membre de L'APRÈS) avait conduit une liste associant Insoumis, Gilets jaunes et membres du Parti ouvrier indépendant. La coalition avait récolté 5,14% des suffrages, sans pouvoir atteindre le second tour.
«Nous sommes la première force de gauche sur Dijon», revendique Dominique Guidoni-Stolz. Pourtant, aux européennes, Raphaël Glucksmann (PP) avait recueilli 17,80% des suffrages, suivi par Manon Aubry (LFI) avec 13,11% puis par Marie Toussaint (LE) avec 7,78%. La désunion du Nouveau Front populaire ne permet pas de comparer avec les législatives de 2024.
Dans ce contexte, le premier enjeu est de pouvoir présenter une liste complète d'une soixantaine de noms et, le deuxième enjeu, d'atteindre 5% des suffrages au second tour afin d'envisager une éventuelle fusion de listes.
Au niveau métropolitain, en cas d'élection, les soutiens de Dijon populaire tablent sur le succès d'une tête de liste investie par La France insoumise – comme à Chenôve – ou de coalitions incluant des colistiers Insoumis – comme à Quetigny.
«On aura le soutien de toutes les forces de gauche qui veulent rompre avec le macronisme et la gestion libérale des villes», s'enthousiasme déjà Dominique Guidoni-Stoltz.
Le «nouveau communalisme» inspire les propositions de la liste Dijon populaire
«Je fais partie d'un collectif qui veut participer à construire une société, une commune, qui repose d'abord sur l'entraide, la solidarité, la lutte contre les inégalités sociales et non pas sur la division et sur l'égoïsme», déclare solennellement Dominique Guidoni-Stoltz.
«Je ne suis ici que parce qu'il faut une tête de liste», glisse-t-elle en présentant les membres de l'équipe dont Olivier Minard, numéro deux de la liste et véritable binôme de la candidate investie.
«Le programme n'est pas encore définitif», indique cependant l'oratrice qui compte continuer de construire le programme et la liste «avec les habitants et les associations» durant le mois de janvier.
«Le communalisme insoumis repose précisément sur l'idée que les habitantes et les habitants d'une ville sont les mieux placés pour être les experts de leur propre vie et des besoins qui sont les leurs», souligne Lucas Pistoia, codirecteur de campagne. Le propos fait référence au livre «Le nouveau communalisme», rédigé par des membres de l'Institut La Boétie, le
think tank de Jean-Luc Mélenchon.
«Les échéances locales ont une dimension nationale», abonde Olivier Minard qui souhaite l'avènement d'une VIème République, «le communalisme est l'occasion, pour nous, de commencer la révolution citoyenne qu'on appelle de nos vœux à l'échelle du pays tout entier».
Quatre axes thématiques
«Il a été décidé que les huit priorités programmatiques, présentées le 11 juin, soient affinées en quatre axes thématiques qui sont d'importance égale mais qui ont des enjeux différents», signale Éloïse Dubuet, codirectrice de campagne.
Ces axes sont : implication citoyenne et populaire, lutter contre la pauvreté et la précarité : prévention et émancipation, biens communs et planification écologique, une ville apaisée et engagée pour la paix.
Augmentation des budgets participatifs
Parmi les mesures phares, Olivier Minard insiste sur la dimension participative que pourrait prendre l'action municipale en proposant d'instaurer des «votations citoyennes», inspirées du «référendum d'initiative citoyenne» mis en avant lors du mouvement social des Gilets jaunes.
«Les budgets participatifs seront plus conséquents», ajoute la candidate.
Gel des loyers de logements sociaux
Dominique Guidoni-Stoltz considère qu'il y a «une certaine ségrégation sociale» à Dijon et souhaite que «tout le monde puisse se réapproprier la ville» pour que «tous et toutes puissent bien vivre dans Dijon et pas simplement au centre-ville de Dijon».
Parmi les mesures phares, l'équipe prévoit donc «un grand plan logement» qui comporte l'encadrement des loyers et le gel des loyers des logements sociaux.
«Nous produirons donc des logements sociaux mais nous défendons l'idée d'une ville stationnaire», assure celle qui souhaite réviser le plan local d'urbanisme qui encadre la production de logements.
Vers la gratuité des transports publics urbains
L'équipe propose de rendre progressivement gratuits les transports par âge et par périodes de l'année avant d'envisager de renégocier la délégation de service public accordée à Keolis Dijon multimodalité, opérateur du réseau sous la marque Divia mobilités.
Le coût des premières mesures de gratuité – concernant «les plus précaires», les moins de 25 ans, les demandeurs d'emploi et les seniors – est estimé «entre 3 et 5 millions [d'euros]».
«Le droit à la circulation, c'est aussi le droit à la ville», lance Olivier Minard, «nous voudrions pouvoir faire en sorte que toutes les populations puissent circuler de manière facile et gratuite dans toute la ville».
Le militant anticapitaliste conteste le fait que le financement du réseau de transports urbains publics génère des «dividendes» pour les actionnaires de l'opérateur.
«Remettre à plat» le réseau Divia
Les Insoumis envisagent désormais de «remettre à plat» l'organisation du réseau des bus et tramways avant de s'atteler à la réalisation d'une éventuelle troisième ligne de tramway telle que portée par l'exécutif métropolitain sortant.
«Le tracé a été imaginé pour connecter les centres commerciaux», analyse Olivier Minard, «on voit bien que l'imaginaire qui habite l'équipe municipale sortante, c'est une logique complètement marchande». «On veut que Dijon soit plus populaire qu'elle ne l'est maintenant et pas que le centre-ville soit une ségrégation sociale avec des loyers et que ce soit qu'une certaine sociologie qui puisse jouir des lieux du centre-ville.»
«On va revoir le parcours en discutant avec les habitants pour recueillir les besoins des habitants pour les rapprocher de leur travail et de leurs habitations», indique Guidoni-Stoltz qui songe plutôt à «rallonger la ligne desservant Quetigny» pour commencer.
Restauration scolaire «gratuite et bio»
L'équipe propose de rendre la restauration dans les écoles publiques progressivement «gratuite et bio».
«C'est une mesure universelle qui permet de recréer de la justice sociale et un lien social», revendique Dominique Guidoni-Stoltz.
Du côté des premiers bénéficiaires – là encore, les habitants «les plus précaires» –, le gain de pouvoir d'achat est évalué à «400 euros par enfant et par an» et le coût pouvant aller jusqu'à 3,3 millions d'euros.
Désarmer la police municipale
Alors que le thème de la sécurité n'avait pas été abordé en juin, les Insoumis le développent cette fois-ci, quelques jours après des «représailles» à la lutte contre le narcotrafic qui ont conduit à l'incendie du collège Champollion.
«On souhaite remettre en place une police de proximité, en étant désarmée, (…) avec des éducateurs de jour comme de nuit», déclare Dominique Guidoni-Stoltz pour qui «la mission première de la police municipale n'est pas d'assurer la même mission que celle de la police nationale».
«Le plan Place nette XXL où on a vu ministres et tout descendre sur Dijon n'a pas empêché que le collège Champollion brûle. C'est quelque chose qui est engagé sur plusieurs années et on en est encore là ! Il faut prendre les choses de manière systémique», insiste la militante de gauche radicale.
«On peut se demander qu'elle est l'efficacité de toutes les lois sécuritaires qui ont été empilées depuis Nicolas Sarkozy», abonde Olivier Minard. «L'éducation, c'est aussi la réponse, que l'éducation des enfants puisse être un bouclier.»
«S'il y a une économie parallèle qui se développe, c'est que l'autre économie ne répond pas à la satisfaction des populations», appuie le militant anticapitaliste.
«On n'a pas prévu d'augmenter la taxe foncière»
Interrogé par
Infos Dijon sur le financement des propositions, Dominique Guidoni-Stoltz concède que, à ce stade, le programme n'est «pas encore complètement budgété».
L'équipe rappelle que le budget municipal – tel que l'exécutif sortant l'a défini – a présenté des excédents ces dernières années. Plutôt que de chercher à équilibrer le budget, les Insoumis optent pour flécher de nouveaux excédents vers le financement d'«infrastructures qui sont utiles» comme la construction de logements sociaux.
À l'ère du changement climatique, Dominique Guidoni-Stoltz fait un parallèle avec la reconstruction après la Seconde Guerre mondiale, financée par le Plan Marshall : «on peut investir à long terme pour pouvoir faire face aux crises écologiques, sociales et démocratiques».
«Que sera la ville dans les années à venir si on ne se préoccupe pas, tout de suite, d'une planification écologique, des biens communs, de la pauvreté ?» fait mine de demander la candidate, «pour ça il faut aussi savoir s'endetter, pourquoi pas». «Dans tous les cas, on n'a pas prévu d'augmenter la taxe foncière.»
Le propos tranche avec la tonalité de la réunion de juin où l'équipe imaginait d'«augmenter l'imposition locale».
Neuf réunions de quartier à Dijon
À la suite de la conférence de presse, les Insoumis ont poursuivi par une réunion publique en présence d'une dizaine de personnes.
L'équipe a prévu d'organiser une réunion dans chacun des neuf quartiers de Dijon – au sens de la démocratie participative de la Ville – et donne rendez-vous pour la prochaine, le 5 janvier, dans le quartier de la Fontaine-d'Ouche.
Au cours de cette campagne électorale, une soirée «autour du nouveau communalisme» est en cours de préparation et la venue de députés de La France insoumise est espérée par les colistiers pour un meeting.
Jean-Christophe Tardivon












