
La députée Les Écologistes des Hauts-de-Seine est venue, ce mardi 10 mars, à Dijon, soutenir Michel Haberstrau. Le candidat a implicitement ciblé le Modem, allié de Nathalie Koenders.

Les Écologistes se mobilisent pour soutenir la liste Dijon change d'ère, menée par Michel Haberstrau (LE). Après Alexis Corbière (LA) pour L'Après, Sabrina Sebaihi (LE), députée Les Écologistes des Hauts-de-Seine, membre de la commission des Affaires étrangères et secrétaire de l'Assemblée nationale, est venue participer au meeting d'avant-premier tour, ce mardi 10 mars 2026.
Dans un format réduit de la salle Devosge, la réunion a rassemblé plus de 140 personnes dont 40 colistiers. Selon l'équipe de campagne qui veut voir là une «dynamique», il s'agit de la plus importante participation aux réunions de la liste organisée ces dernières semaines. À noter que Dijon change d'ère est également soutenue par le Parti communiste français et Générations.
«Notre ville n'est pas un produit à vendre»
«Partout nous entendons la même chose : l'envie d'une ville plus juste, plus écologique, plus démocratique, une ville qui s'occupe vraiment de la vie quotidienne de celles et ceux qui y vivent», déclare Michel Haberstrau pour débuter son discours avec une certaine gravité.
Quand le ton se fera plus hésitant, l'orateur pourra compter sur le soutien de ses colistiers qui lanceront les applaudissements de l'assistance afin de le soutenir.
Le militant écologiste fustige la recherche d'«attractivité» de l'exécutif sortant : «notre ville n'est pas un produit à vendre, on ne fait pas de marketing». «Ce qui nous intéresse, c'est notre ville lieu de vie, lieu où on souhaite vivre correctement et vivre tous ensemble.»
Les principales propositions
Le candidat résume alors les mesures fortes du projet qu'il porte : «instaurer la gratuité des premiers mètres cubes», «instaurer la gratuité des transports commun» des moins de 26 ans, des personnes en situation de handicap et les bénéficiaires des minimas sociaux, «expérimenter la sécurité sociale de l'alimentation», «renforcer massivement le soutien aux associations», «mettre en place l'encadrement des loyers», «réguler les locations de courte durée», «mettre en place une rénovation massive des logements», «mettre plus d'espaces verts», «mettre en place une ville plus féministe et plus inclusive», «agir contre les violences sexistes et sexuelles», «généraliser la mise à disposition des protections périodiques dans les équipements publics», «lancer des assemblées citoyennes décisionnaires» ou encore «mettre en place une convention citoyenne Dijon cap 2050».
Michel Haberstrau ménage Nathalie Koenders et tacle le Modem
«Face la droite extrême et à l'extrême-droite, (…) nous voulons rassembler», lance Michel Haberstrau qui, dans ce tout dernier meeting avant le premier tour, ménage relativement la candidate Nathalie Koenders (PS), se contentant de considérer que «la majorité sortante s'est éloignée de ses engagements de gauche».
«Elle conduit une politique qui n'est pas suffisamment en accord avec les valeurs de gauche et avec une alliance centriste. Je ne sais pas ce qu'est être centriste mais je sais ce qu'est être de gauche et être écologiste ensemble», développe-t-il en ciblant préférentiellement le Modem plutôt que le Parti socialiste, ainsi que l'avait Marine Tondelier (LE), quelques jours auparavant (
lire notre article).
«Nous voulons une ville solidaire, démocratique et humaine»
«L'urgence écologique est là», martèle le candidat, «nous voulons une ville solidaire, (...) démocratique (…) et humaine». «Nous avons créé une dynamique incroyable, il est temps de changer d'ère et de changer de gouvernance.»
Après ce discours d'une quinzaine de minutes, traduit en langue des signes, une vidéo est diffusée avec des propos de soutien venant de différentes personnalités régionales et nationales comme Claire Mallard (LE), Fabien Gay (PCF), Catherine Hervieu (LE), Benoît Biteau (LE), Clémentine Autain (LA), Benjamin Lucas (GS) ou encore Cyrielle Chatelain (LE).
Sabrina Sebaihi vise Emmanuel Macron
Catherine Hervieu (LE), députée de la Côte-d'Or, monte alors à la tribune avec Sabrina Sebaihi pour une intervention à deux voix mettant en avant le bilan du groupe Écologiste et social à l'Assemblée nationale.
La députée des Hauts-de-Seine nationalise rapidement son propos, défendant l'orientation idéologique des Écologistes dans la perspective de l'élection présidentielle.
«Si on avait un doute sur le fait d'être du centre, de quel côté on penchait, je crois que Macron nous a vaccinés», cingle Sabrina Sebaihi, «après les deux mandats macronistes, on sait qu'être du centre, c'est surtout être de droite voire très à droite». «Je crois que ça règle la question pour la municipalité actuelle.»
La députée plaide alors pour une coalition associant «la gauche et les écologistes».
«Il y a des lobbies qui résistent à la protection des aires de captage d'eau»
Revendiquant des «combats» en matière de «justice sociale» et de santé publique – en particulier concernant l'obésité ainsi que les pollutions environnementales –, Sabrina Sebaihi insiste sur la lutte contre les discriminations, notamment concernant l'accès au logement.
Pour sa part, Catherine Hervieu critique le moratoire sur les énergies renouvelables – approuvé par l'Assemblée nationale et rejeté par le Sénat, en 2025 – vu rétrospectivement comme une «bêtise politique» en particulier à l'heure où le prix du pétrole augmente dans un contexte de guerre en Iran.
«Le maire est garant de la santé de ses administrés», poursuit la députée de la Côte-d'Or, «la santé, c'est aussi l'exposition à l'ensemble des polluants qu'on rejette dans l'atmosphère, dans les sols, dans l'eau».
Rappelant la loi sur les polluants éternels, celle qui est également conseillère départementale d'opposition de la Côte-d'Or signale qu'«il y a des lobbies qui résistent à la protection des aires de captage d'eau».
Logement, sécurité, changement climatique...
Reprenant le micro, Sabrina Sebaihi revient sur la question du logement : «à quoi sert l'attractivité d'une ville si ses habitants ne peuvent plus y vivre ?»
«Les prix du logement ont explosé», analyse l'élue écologiste. «Le logement social reste insuffisant pour répondre aux besoins», estime-t-elle alors que Dijon a dépassé 20% de logements sociaux. Elle considère néanmoins que les habitants de Dijon vivent «une injustice sociale» et que «la puissance publique doit intervenir».
«La sécurité, c'est d'abord la protection du quotidien», enchaîne Sabrina Sebaihi pour qui, «opposer prévention et sécurité, c'est une erreur». L'élue écologiste critique donc «la course au tout-sécuritaire».
«La vraie sécurité, c'est une ville qui protège, une ville qui investit dans l'éducation, la médiation, la présence humaine, dans les politiques publiques et qui répare le lien social», développe-t-elle.
«Le changement climatique, ce n'est pas une utopie», assure l'oratrice, «on le vit déjà tous jours das notre pays». «L'écologie municipale, c'est aussi une politique sociale».
Une vision de la situation au Proche-Orient
Se servant du thème des «valeurs», Sabrina Sebaihi enchaîne pour en venir à évoquer la situation internationale, bien éloignée des compétences municipales.
«L'escalade militaire au Moyen-Orient nous rappelle à quel point la paix est fragile», analyse l'élue écologiste «les frappes israéliennes qui se poursuivent à Gaza – tout comme l'extension de la colonisation en Cisjordanie –, les tensions qui s'étendent avec les bombardements au Liban, l'implication croissante des États-Unis dans la région font peser le risque d'un embrasement beaucoup plus large».
Une liste qui n'inclut pas les tirs de roquettes et de drones du Hezbollah libanais contre la population israélienne ni les bombardements des Houthis yéménites contre des cargos en mer Rouge, deux factions qui sont les bras armés du régime des mollahs.
Dans ce contexte, la députée appelle la France à porter la voix «du respect du droit international», «d'un cessez-le-feu immédiat et durable», «de la protection des populations civiles et du refus de la guerre des puissants» et à «soutenir celles et ceux qui, en Iran, continuent de se battre courageusement pour leur liberté et leurs droits sans les instrumentaliser».
«L'extrême-droite n'apporte jamais de solutions aux injustices sociales»
«Partout en Europe, l'extrême-droite progresse en exploitant les colères et les angoisses sociales», poursuit Sabrina Sebaihi, toujours sur le thème des «valeurs».
«L'extrême-droite n'apporte jamais de solutions aux injustices sociales», analyse l'élue écologiste, «elle détourne simplement la colère vers les boucs émissaires».
Revenant au sujet du jour, la députée considère le projet porté par Michel Haberstrau comme «une alternative crédible, ambitieuse et sérieuse». «Demain, [les villes] seront peut-être le dernier rempart face à l'extrême-droite s'ils accèdent au pouvoir.»
Une minute d'applaudissements en mémoire de Lucienne Haese
«Changer Dijon, c'est possible», scande Sabrina Sebaihi avant que les colistiers présents ne montent à la tribune pour clore le meeting.
Là, Stéphanie Modde (LE), vice-présidente du conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté, annonce le décès, à l'âge de 84 ans, de Lucienne Haese, militante autunoise de la défense des forêts de feuillus du Morvan. Suit alors une minute d'applaudissements pour saluer la mémoire d'«une femme puissante, une femme inspirante».
L'équipe de campagne convient ensuite d'avancer le temps de convivialité autour du buffet préparé par le restaurant La Fourmillère puis de proposer un temps «coopératif» destiné à échanger, dans l'autre moitié de la salle Devosge, autour des propositions de la liste.
Jean-Christophe Tardivon


























