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08/12/2021 03:28

PRÉSIDENTIELLE : L'Insoumis Adrien Quatennens ne se résigne pas «à l'alternative entre des nuances de macronie et le fascisme rampant»

Il fut beaucoup question d'Éric Zemmour lors de la réunion publique d'Adrien Quatennens, ce mardi 7 décembre à Talant. Cependant, le coordinateur de La France Insoumise a alerté les militants sur le fait que Jean-Luc Mélenchon avait à peine plus de la moitié des parrainages requis.
À l'ouest de Paris, Jean-Luc Mélenchon, à l'est, Éric Zemmour. Le 5 décembre dernier, deux candidats tenaient chacun un meeting dans le cadre de la campagne pour l'élection présidentielle d'avril 2022.

Après ce premier grand discours de campagne, Jean-Luc Mélenchon a envoyé les cadres de La France Insoumise présenter l'Union populaire que le candidat entend fédérer autour de lui ainsi que son programme, l'Avenir en commun.

Ainsi, ce mardi 7 décembre 2021, Adrien Quatennens, député du Nord et coordinateur du parti, était en réunion publique à Talant, en périphérie de Dijon. Durant son propos, il fut un peu question de Valérie Pécresse, encore moins de la gauche et des écologistes, l'orateur gardant ses principales flèches contre Emmanuel Macron et Éric Zemmour.

Le comportement animal nourrit le débat démocratique


Ancien candidat aux élections municipales à Dijon, Arnaud Guvenatam ouvre les débats devant plus de 80 personnes installées salle Robert Schuman et présente le premier intervenant : Loïc Bollache, professeur d'écologie à l'université de Bourgogne, spécialiste du comportement animal.

«Le monde universitaire souffre depuis 20 ans et Monsieur Macron n'a pas beaucoup arrangé les choses», lance Loïc Bollache pour débuter son propos sur l'état de la recherche en France.

«Le budget de mon laboratoire diminue de 10 à 20% chaque année alors qu'on nous rajoute des étudiants, charmants et sympathiques, mais pas toujours bien formés», poursuit-il.

Une baisse des financements qu'il analyse comme dérivant de «l'idée libérale très forte» postulant que «la compétition ne peut mener que vers le bien». Dans la foulée, il fustige le darwinisme social prôné au plus haut niveau du CNRS et pourfend la caricature qui «réduit le darwinisme à la survie du plus fort» : «la coopération, l'entraide, Darwin en parle beaucoup».

En termes de coopération, Loïc Bollache prend pour exemple «La démocratie des abeilles» – du nom d'un essai du biologiste américain Thomas Dyer Seeley publié en 2010 – et rappelle comment les abeilles font des choix collectifs – comme la localisation d'un nouvel essaim – en délégant à des abeilles expérimentées la possibilité de faire des propositions validées par la pratique d'un nombre d'individus.

Autre exemple avec les macaques du Japon et la transmission au sein d'une partie d'un groupe d'une pratique individuelle – inventée par une jeune femelle dénommée Imo – observée par le primatologue Kinji Imanishi en 1953. Loïc Bellache insiste sur le fait que les «vieux mâles dominants» ne font pas cet apprentissage car éloignés des interactions des plus jeunes.

«Ils vivent déconnectés de la société, un peu comme chez nous, quand on considère que dans une assemblée, des vieux mâles de plus de 70 ans doivent prendre des décisions pour des jeunes femmes pour leur dire quand elles doivent avorter, doivent prendre des décisions sur nos flux migratoires et doivent prendre des décisions sur notre modèle de société», lance-t-il. «Ils ont leur rôle mais il est important d'équilibrer avec des assemblées plus jeunes».

Une prochaine action contre Amazon


Le micro est ensuite passé à Martine Lepeule, ancienne militante syndicale, ancienne porte-parole d'ATTAC 21. L'intervenante défend l'«horizontalité» des associations qui se différencie de la «violence» et de la «verticalité» des partis.

La militante anticapitaliste annonce alors la prochaine tenue d'une action autour d'Amazon qui doit prochainement implanter une agence de livraison de proximité à Longvic. L'action abordera les thèmes de la souffrance au travail, l'intérim et la discrimination syndicale, la fraude à la TVA, l'évasion fiscale et les conséquences environnementales de l'e-commerce.

«Il y a une gauche de rupture !»


Vient le tour d'Adrien Quatennens qui livrera un discours mené tambour battant, déroulant aisément son argumentaire durant une heure, régulièrement ponctué d'applaudissements.

Première cible : Valérie Pécresse. À peine désignée candidate des Républicaines, elle annonçait que «la droite républicaine est de retour». Mais Adrien Quetennens, lui, se demande «ce qu'elle a encore de 'républicaine'» – en référence au «cordon sanitaire» placé par Jacques Chirac entre «la droite et l'extrême-droite» – et lance que «nous ne sommes pas condamnés à des nuances de macronisme interchangeables pour cinq ans de plus, il y a une gauche de rupture !»

Le coordinateur Insoumis critique ensuite la méthodologie des sondages et considère que «l'abstention vote Macron, notre principal adversaire, c'est la résignation».

Le «danger» de l'extrême-droite


L'agression physique de militants de SOS Racisme par des sympathisants d’Éric Zemmour lors de son meeting du 5 décembre dernier – «des scènes de violence ahurissantes» – fait dire à Adrien Quatennens qu'«il y a un réel danger» et que «cette violence est doublée par le discours du candidat lui-même».

«Nous avons avec Monsieur Zemmour et l'extrême-droite un discours de choc de civilisations assumée», estime l'Insoumis qui appelle néanmoins à «à ne jamais renoncer à appeler à la raison».

«Ce ne sont pas les migrants qui ont fermé les usines dans ce pays»


«2 exilés pour 1.000 habitants à l'échelle de l'Union européenne, ça n'a rien d'un grand remplacement», enchaîne-t-il. «Si vous croyez qu'une vague et submersion migratoire serait en cours dans notre pays maintenant, accrochez vos ceintures, car il suffit de lire les rapports du GIEC pour voir que, dans les années à venir, les choses vont s'accélérer : (…) le changement climatique d'ici à 2050 va contraindre des gens à quitter leurs terres d'origine : 250 millions.»

«Madame Le Pen, qu'est-ce qu'elle va faire ? Un référendum sur l'immigration», ironise Adrien Quatennens. «Jamais on ne leur pose la question essentielle : comment on permet aux gens de ne pas avoir à quitter leur pays d'origine». Guerres, accords commerciaux qui «ruinent les capacités de développement» et le changement climatique sont soulignés par l'orateur comme facteurs déclenchant des mouvements migratoires.

«Ce ne sont pas les migrants qui ont fermé les usines dans ce pays et délocalisé notre industrie dans ce pays», martèle l'Insoumis, «nous ne pouvons pas laisser s'installer dans notre grand pays des formations politiques qui ont toutes les caractéristiques du fascisme le plus traditionnel».

«Si vous extirpez des discours de Monsieur Zemmour et de Madame Le Pen, toutes leurs obsessions et leurs habitudes sur le thème de l'immigration et de l'identité et de la sécurité et que vous gardez l'économique, eh bien, mes amis, vous avez un portrait qui apparaît : Emmanuel Macron», analyse Adrien Quatennens.

Allongement de l'âge de départ à la retraite, non partage des richesses, non revalorisation des salaires sont donnés en exemple par l'orateur : «sous ce vernis, il y a un autre macronisme».

Sarkozy, Hollande, Macron... «trois alternances politique» mais «rien fondamentalement n'a changé», indique-t-il en se faisant l'écho des «quartiers populaires».

«L’éradication de la pauvreté»


Après la critique, les propositions : «la priorité, c'est le pouvoir d'achat» car «ça ruisselle dans le sens inverse de la gravité». Adriens Quatennens renvoie aux «500 familles» dont la fortune aurait doublé en cinq ans tandis que «nous sommes passés de 8 à 10 millions de personnes sous le seuil de pauvreté».

«Voilà la France d'Emmanuel Macron, un océan de pauvreté au milieu duquel il y a des îlots de richesse toujours plus concentrée», considère-t-il en renvoyant au programme qui prévoie «l’éradication de la pauvreté» : porter les minimas sociaux au niveau du seuil de pauvreté, augmenter le SMIC à 1.400 euros nets et limiter l'écart des salaires de 1 à 20 dans les entreprises.

«Il faut organiser ce partage de la richesse produite», résume-t-il et compare l'augmentation de 60% des dividendes aux 5% de diminution de l'investissement productif et aux 10% d'augmentation des salaires.

Autre proposition : «les contrat à durée indéterminée doit être la règle» avec l'instauration des quotas de CDD de 10% dans les petites entreprises et 5% dans les grandes.

Plutôt que de flexibiliser le marché du travail, Adrien Quatennens propose de partager le temps de travail en appliquant les 35 heures, aller vers les 32 heures et instaurer une sixième semaine de congés payés.

En ce qui concerne les retraites, l'Insoumis envisage d'augmenter de deux points la part du PIB dédiée au financement des retraites.

«Oui l'inaction climatique est coupable»


«Oui le changement climatique est commencé, oui l'inaction climatique est coupable», déclare l'orateur en ouvrant le thème de la «planification écologique». «Nous allons organiser la planification écologique pour limiter le problème mais le changement climatique a déjà dépassé des seuils d'irréversibilité. Nous allons être rappelés à notre commune humanité par de là notre différence dans un temps très court.»

Le programme prévoie de «mettre toute l'économie de ce pays autour de ce défi». il s'agit pour cela de réorganiser des filières, de développer la rénovation énergétique, d'opérer des transitions énergétique, agricole et dans les transports. «De véritables vecteurs de la relance et de l'emploi», selon l'Insoumis.

«Si vous n'allez pas voter, vous faites le tapis rouge d'Emmanuel Macron»


«Notre constitution de la Vème République est à bout de course», lance Adrien Quatennens en considérant que l'abstention représente «une grève civique». Pour autant, «si vous n'allez pas voter, vous faites le tapis rouge d'Emmanuel Macron», alerte-t-il en incitant les militants à «aller porter les mesures concrètes» du programme.

Dans le prolongement, Adrien Quatennens se sent obligé de défendre le choix de Jean-Luc Mélenchon pour une troisième candidature avec ses 7 millions de voix de 2017. Tout en évitant de citer d'autres noms de candidats de gauche, Adrien Quatennens estime que «les gens ne les connaissent même pas» dans les quartiers populaires.

Les parrainages, «c'est difficile»


La carte Jean-Luc Mélenchon apparaît donc comme «un point fort pour mener la campagne» et l'Insoumis s'attend à voir reproduire les dynamiques de 2017 avec des sondages bondissant de 11% à 19%. À ce jour, Jean-Luc Mélenchon plafonne autour de 10% d'intentions de vote.

Après une heure de discours, Adrien Quatennens décoche une flèche en direction d'Europe Écologie Les Verts en revenant sur une «concession», une proposition d'accord aux régionales où LFI aurait été prête à soutenir EELV dans cinq régions contre une seule région LFI soutenue par EELV. Un accord qui ne se sera fait que dans les Hauts de France.

Puis, Adrien Quatennens confie que les parrainages, «c'est difficile». À ce jour, Jean-Luc Mélenchon n'aurait qu'un peu plus de la moitié des 500 parrainages nécessaires. En conséquence, l'Insoumis incite les militants à prendre rendez-vous avec des maires dans les prochains jours plutôt que de tracter.

«Nous ne pouvons pas nous laisser aller à cette résignation et à l'alternative entre des nuances de macronie d'une part et le fascisme rampant qui guette de l'autre. (…) C'est cette France de l'harmonie, c'est cette France de tout bois qui se serre les coudes pour relever ses défis communs, qui s'implique dans ses causes communes, c'est cette France-là que l'Union populaire se propose de bâtir», conclut Adrien Quatennens avant de chanter «La Marseillaise» le poing dressé.

Jean-Christophe Tardivon

Le député Ugo Bernalicis fait la «campagne militante» de Jean-Luc Mélenchon en mode stand up