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29/10/2025 17:58

PSYCHIATRIE : Yaël Braun-Pivet salue la «capacité à innover» du centre hospitalier La Chartreuse

«Un euro investit dans l'intervention précoce en économise quinze», ont argumenté les équipes de l'établissement public de santé mentale, ce jeudi 23 octobre, auprès de la présidente de l'Assemblée nationale qui s'est dite «extrêmement vigilante» sur la question de la psychiatrie.
Pour découvrir les innovations en santé mentale élaborées par le centre hospitalier La Chartreuse, la présidente de l'Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet (REN) a visité plusieurs unités, ce jeudi 23 octobre 2025, à Dijon.

L'établissement de santé a particulièrement mis en avant l'intervention précoce, dès le premier épisode psychotique, et l'organisation de l'hôpital de jour pour les enfants et adolescents où l'on constate «un avant et un après 2020».

Le centre hospitalier La Chartreuse dispose de 672 lits et places


Situé dans un domaine de 83 hectares – où se trouve notamment le Puits de Moïse – ouvert au public, le centre hospitalier La Chartreuse dispose de 357 lits et 315 places, répartis entre psychiatrie, médecine et médico-social. L'établissement dénombre 1.200 agents – dont 8% de personnels médicaux – et suit 13.000 patients.

Accueillie par la directrice Emmanuelle Juan, Yaël Braun-Pivet était accompagnée notamment de Paul Mourier, préfet de la Côte-d'Or, Pierre Pribetich (PS), député de la Côte-d'Or, Françoise Tenenbaum (PS, FP), vice-présidente de la Région Bourgogne-Franche-Comté, Emmanuelle Coint (LCOP), première vice-présidente du Département de la Côte-d'Or, Aline Guibelin, déléguée départementale de l'agence régionale de santé Bourgogne-Franche-Comté, et du Docteur Pierre Besse, psychiatre et président de la commission médicale d'établissement.
 

La psychiatrie, «une discipline qui innove énormément»


La visite débute par le Centre réfèrent de réhabilitation psychosociale de Bourgogne (C2RB) dont les locaux ont été rénovés en 2023. Il comprend notamment le Centre d’intervention précoce (CIP) et l’Équipe transition qui proposent aux patients âgés de 15 à 35 ans des consultations de prévention, d’évaluation et d’orientation.

«La psychiatrie est une discipline particulière qui n'est pas attractive et souvent mal comprise, souvent stigmatisée par le grand public, par les médias», analyse le Docteur Juliette Martin, «on dit souvent que c'est le parent pauvre de la médecine». «Pourtant, c'est une discipline importante qui  est au carrefour de plusieurs ministères : santé, éducation nationale, justice...»

«C'est une discipline qui innove énormément ces dernières années bien qu'elle souffre de certaines injonctions paradoxales», poursuit la cheffe de service, «la première, c'est parfois de soigner mieux avec moins de moyens». «Malgré ça, il y a des équipes restent hyper motivées, dans tous les corps de métier, et qui peuvent innover.»

«Un euro investit dans l'intervention précoce en économise quinze»


Depuis 2013, le service présenté est «pionnier dans la prise en charge des interventions précoces». L'objectif est d'«être garant de la santé mentale des jeunes en termes de réduire le risque de transiter vers un trouble psychique grave comme la schizophrénie ou la bipolarité» en repérant les signes avant-coureurs pour «être là de façon intensive» avec une réponse pluridisciplinaire.

«Un euro investit dans l'intervention précoce en économise quinze», glisse la médecin psychiatre à l'intention de la présidente de l'Assemblée nationale.

Une psychologue clinicienne pour l'intervention précoce


L'intervention précoce a fait émerger de nouveaux métiers – comme le case manager – et a développé l'accompagnement des patients par leurs pairs.

Autre innovation, l'intervention précoce fait intervenir la psychologue clinicienne Auriane André alors que, traditionnellement, la fonction est assurée par des médecins. Il s'agit là d'une première en France.

Pour sensibiliser à l'intervention précoce dès le premier épisode psychotique, l'équipe du C2RB a réalisé en interne une vidéo «Bref, j’ai fait un PEP», présentée à un congrès mondial, à Berlin, en septembre dernier (retrouver la vidéo).

Concernée par un trouble psychique et rétablie, une ancienne patiente témoigne de son engagement pour accompagner d'autres patients dans le cadre de la pair aidance : «je m'appuie sur mon vécu et sur mon expérience de la maladie, mon rôle est de les soutenir est d'être porteur d'espoir ; (…) il est possible de s'en sortir et de vivre avec la maladie». Pour cela, elle a suivi une formation durant sept mois.

Les composantes du C2RB


Le C2RB intègre notamment une plateforme d’évaluation des troubles du neuro-développement qui est un centre de niveau 2 pour le diagnostic du trouble du spectre de l’autisme, une filière réhabilitation qui s’adresse à des patients souffrant d’une pathologie psychiatrique constituée pour venir compléter le suivi déjà en place ainsi que l'unité CARE ou Centre pour l’accompagnement et le rétablissement des usagers présentant un état limite (border line en anglais).

De plus, le C2RB a une mission de formation et d’accompagnement des professionnels de santé du territoire sur le développement et la mise en place des soins de réhabilitation.

Découverte d'une unité fermée recevant des personnes détenues


La visite se poursuit au sein d'une unité fermée. L'unité Altaïr peut recevoir jusqu'à 25 patients, des adultes à partir de 18 ans présentant des troubles psychiques. Sont pris en charge principalement des patients en hospitalisation sous contrainte ainsi que des personnes détenues dont l'état est incompatible avec le milieu carcéral.

«Le centre hospitalier La Chartreuse est engagé depuis de nombreuses années à une réduction des pratiques coercitives», indique une cadre de santé alors que la présidente de l'Assemblée découvre une chambre de soins intensifs.  

Comme l'indique la loi, l'isolement et la contention sont «des pratiques de dernier recours, sur une prescription du psychiatre uniquement pour une durée limitée pour prévenir d'un dommage imminent pour le patient ou pour autrui».

En 2024, au centre hospitalier, 16% des patients ont été placés un temps en isolement et 5% ont connu une mesure de contention.

«On continue d'avoir une réflexion institutionnelle avec nos partenaires extérieurs pour un meilleur accueil des détenus», glisse la soignante en présentant des aménagements ayant fait suite à un rapport du contrôleur général des lieux de privation de liberté de 2023 comme un accès par une porte-fenêtre à un espace extérieur clos.

En 2024, l'établissement de santé a reçu une dizaine de personnes détenues totalisant 144 jours. Le temps de séjour hospitalier est comptabilisé dans la peine d'emprisonnement.

Une salle d'apaisement pour «éviter la prise de médicament»


La présidente de l'Assemblée nationale découvre également la salle d'apaisement Wavecare, ouverte en 2021. Cette salle associe des effets lumineux et des effets sonores à la projection de films pour stimuler les sens visuels et auditifs dans un but de relaxation. Le patient peut choisir un programme sur une tablette numérique.

«Cette salle nous aide dans les crises de tension psychique ou émotionnelle pour éviter la prise de médicament et la chambre d'isolement», explique une soignante. «L'idée est de se couper du monde et de s'ancrer dans l'instant présent.»

L'unité Altaïr propose également un espace d'activités avec une table de ping-pong, un baby-foot ou encore un  piano.

Un hôpital de jour pour les enfants


La présidente de l'Assemblée nationale enchaîne avec la visite de l'hôpital de jour dédié aux enfants de 18 mois à 18 ans.

L'unité de soins petits-pas propose des soins aux enfants présentant des troubles psychoaffectifs (troubles de l’humeur, dépressifs, anxieux, de l’adaptation ou du comportement...) ou neurodéveloppementaux (troubles du spectre de l’autisme, les troubles du déficit attentionnel/hyperactivité, les troubles de la communication...).

Cette unité comprend  même une salle de classe correspondant à ce que l'on pourrait trouver dans une école primaire.

Les échanges s'orientent rapidement autour du lien mère-enfant. Le Docteur Pierre Besse rappelle que «le suicide est la première cause de mortalité chez les mamans dans la première année post-partum». Françoise Tenebaum signale que dans le Plan mille premiers jours, «a été inclus un conseiller familial».

L'unité Le Prisme accueille les patients de 12 à 18 ans et dispense des soins spécialisés pour adolescents souffrant de troubles psychiatriques entravant le processus de l’adolescence, leur vie de famille, affective, relationnelle, scolaire ou professionnelle.

Une ergothérapeute organise la médiation thérapeutique lors d'ateliers individuels ou collectifs avec d'autres soignants. Les supports de médiation dépendent de l'appétence de chaque jeune de façon à créer «un espace d'échanges où la confiance peut naître, où l'alliance thérapeutique naît petit à petit».

«Un avant et un après 2020»


«Le parent reste un axe de soins entier», relève le Docteur Audrey Pingaud, «un parent qui ne va pas bien ne pourra pas accompagner son adolescent ou son enfant en soin». «On va travailler aussi à renforcer le parent dans sa position parentale – parfois à l'accompagner vers des soins quand il y en a besoin – pour que lui aussi soit compétent dans cette position et nous aide dans le travail thérapeutique que l'adolescent doit faire sur lui-même.»

Interrogé sur son regard rétrospectif par la présidente de l'Assemblée nationale, la pédopsychiatre note «un avant et un après 2020» en raison de la crise sanitaire et des confinements. 

«Ces enfants-là sont actuellement en maternelle et on sait que ce sont des enfants qui vont mal : ils ont des retards de parole, de langage, la socialisation est difficile, ils n'ont pas appris à gérer la frustration», développe-t-elle. «On travaille avec l’Éducation nationale.»

La soignante mentionne également les effets «catastrophiques» des médias sociaux : «notre travail est de faire de la prévention». «Nos patients doivent laisser le smartphone à l'entrée des soins mais ils créent aussi des réseaux entre eux. (…) On fait aussi un énorme travail de sensibilisation des parents à l'usage des écrans ; on a des familles qui ne se parlent plus, qui ne sont plus en lien. (…) On a des parents déboussolés.»

«Il faut qu'on mette le paquet sur la psychiatrie»


«Je suis assez impressionnée par l'engagement des équipes», réagit Yaël Braun-Pivet à l'issue de la visite, «c'est toujours bluffant, en fait, de voir à quel point la direction, les soignants sont mobilisés pour apporter le meilleur soin possible». «On voit aussi qu'il y a une capacité à innover, à apporter des solutions qui sont faites, finalement, sur mesure pour un établissement, en fonction de l'équipe, en fonction des problématiques.»

«On sait tous que la question de la prise en charge psychiatrique, c'est un problème majeur, que ce soit pour les adultes, ou pour les plus jeunes», relève la président de l'Assemblée nationale, «il faut qu'on mette le paquet sur la psychiatrie.»

«On a besoin de financement, on a besoin de formation, on a besoin de médecins», développe l'élue social-libérale, «il y a, en fait, une explosion des cas à prendre en charge, et donc il faut accompagner cela parce qu'on sait que plus vite on va prendre en charge les personnes quel que soit leur âge, ça sera mieux, on les accompagnera dans leur parcours et donc c'est important d'être mobilisé des débuts», ajoute-t-elle.

«Il faut avoir confiance dans les équipes de professionnels qui savent prendre en charge»


«Il y a beaucoup de de tabous, c'est difficile, c'est aussi un aveu de fragilité, parfois de faiblesse, puis parfois on ne sait tout juste pas qu'il y a un problème de santé mentale et qu'il pourrait être pris en charge», commente Yaël Braun-Pivet, «ça peut être effectivement honteux, il faut pas que ça le soit». «Il faut vraiment se dire que, quand on a une difficulté, quelle qu'elle soit, il vaut mieux aller consulter, avoir un diagnostic posé. (…) Il faut surmonter sa peur, sa défiance pour y aller et avoir confiance dans les équipes de professionnels qui savent prendre en charge. C'est important cette confiance envers les professionnels de la psychiatrie.» 

L'Assemblée nationale est «extrêmement vigilante» sur la question de la psychiatrie


La santé mentale a été déclaré Grande Cause nationale de l'année 2025 par le président de la République. Lors de l'échange avec la présidente de l'Assemblée nationale à l'entrée de l'établissement, les représentants de la CGT ont assuré qu'il n'y avait «aucun effet» au centre hospitalier La Chartreuse (lire notre article). Cela pose donc la question de l'évaluation de cette Grande Cause.

«On a effectivement différents processus d'évaluation des politiques publiques – c'est une des missions constitutionnelle de l'Assemblée nationale : le vote de la loi, le contrôle de l'action du gouvernement et l'évaluation des politiques publiques – et, donc, on a un comité d'évaluation qui peut effectuer ce type de travaux», rappelle la présidente de la chambre basse du parlement.

«On n'évalue pas vraiment les Grandes Causes, sauf si la Grande Cause va être déclinée avec un certain nombre de mesures qu'on peut évaluer. Une Grande Cause, à elle toute seule, ça ne s'évalue pas», précise-t-elle. «En revanche, l'Assemblée nationale, la commission des affaires sociales, ce comité d'évaluation, sont très attentifs à la question de la psychiatrie. À chaque fois, le gouvernement a annoncé un plan, des consultations, etc. et ça marche plutôt pas mal. Il faut que ça continue à monter en puissance. En tout cas, ce qui est sûr, c'est que l'Assemblée nationale est extrêmement vigilante.»

«On voit bien que, quand il s'agit nos jeunes – c'est tous nos enfants qui sont touchés et il n'y a pas de territoires qui soient épargnés, ni de classes sociales, non plus, on retrouve dans toutes les familles ces problématiques psychiatriques –, il faut absolument que cette Grande Cause nationale puisse être continuée, perdurée. C'est une politique de très long terme qu'il faut conduire en la matière.»

«Il faut faire confiance aux corps intermédiaires»


Ayant programmée une étape au méthaniseur de Cérilly, dans le Châtillonnais, en amont de la visite au centre hospitalier La Chartreuse puis, en aval, une étape à la Maison France services de Lavoncourt, dans la Haute-Saône, la présidente de l'Assemblée nationale a placé son déplacement sous le thème de «la République de proximité» où «chaque citoyen, quel que soit son territoire, doit pouvoir accéder aux soins et aux services essentiels».

Cette «République de proximité» semble se distinguer de la tendance de l'exécutif national depuis 2017 à contourner les corps intermédiaires comme, par exemple, les organisations syndicales.

«Personne ne doit contourner les corps intermédiaire, le président de la République ne le fait pas, le Premier ministre non plus», assure Yaël Braun-Pivet, «je pense que c'est extrêmement important». «On voit qu'il y a des grandes discussions qui ont été menées avec les syndicats sur les retraites, avec le conclave. Là, de nouvelles discussions vont être menées sur un certain nombre de sujets. Il y a une lettre du Premier ministre en la matière.»

«Je crois que c'est fondamental», assure l'élue social-libérale, «il faut absolument avoir cette concertation et faire confiance aux corps intermédiaires, aux partenaires syndicaux». «On est tous dans le même bateau et c'est ensemble qu'on réussira à régler les problèmes de notre pays.»

Jean-Christophe Tardivon

Emmanuelle Juan, nouvelle directrice de La Chartreuse, entend «donner du sens, fédérer, construire l'avenir»