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18/07/2022 03:17

RAFLE DU VÉL' D’HIV : «Avoir ce souvenir en mémoire nous aide aujourd’hui à tenir debout» selon Pierre Chaillet

Fils d’une mère de confession juive emmenée à Pithiviers en 1942 mais ayant échappé au camp d’extermination d’Auschwitz grâce au courage de son père, Pierre Chaillet nous parle de l’impératif de transmettre la Mémoire à l’occasion des 80 ans de la rafle du Vél’ d’Hiv qu’il a commémorée à Dijon ce 17 juillet.
Parti à Auxerre pour des raisons professionnelles il y a plusieurs années, Pierre Chaillet, conseiller emploi-formation à la retraite, prévoit de revenir durablement dans sa ville de coeur, Dijon, où il est né d’une mère juive et d’un père catholique, là aussi où son histoire familiale lui rappelle sans cesse que le devoir de Mémoire n’est pas que symbolique.

Il ne rate pas la commémoration du 17 juillet à Dijon, cour de la gare SNCF. Comme celle de ce dimanche à l’issue de laquelle nous avons échangé sur le sens d’une telle cérémonie et la résonance à lui donner encore aujourd’hui. Entretien.


«Montrer qu’on est ensemble»


Selon vous, pourquoi est-il toujours très important de respecter la journée du 17 juillet, dédiée notamment à la Mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites de l’État francais ?


« Il est non seulement important de la commémorer mais aussi de la partager le plus possible, d’autant plus dans les temps que nous vivons où les tensions sont exacerbées et les remises en cause de l’Histoire reviennent. Mesurer la barbarie de ces actes aide à comprendre aussi qu’ils peuvent arriver assez facilement dans un enchaînement historique ou politique. Cette commémoration du 17 juillet reste un moment pour montrer qu’on est ensemble et le partager à celles et ceux qui ne sont pas là. Avoir ce souvenir en mémoire nous aide aujourd’hui à tenir debout. »

Comment réussir à sensibiliser les plus jeunes générations n’ayant pas forcément conscience de l’extermination qui s’est produite ?

« La difficulté est que l’on vit désormais dans un quotidien de l’instantané. Ce qui est demain n’a pas encore d’importance et ce qui est hier, c’est vieux et c’est terminé. Dans le même temps, on n’aime pas forcément remuer les choses sur ce que l’État français a fait ou n’a pas fait, volontairement ou non. Je pense que l’Histoire peut le mieux se transmettre à l’intérieur des familles pour essaimer, transmettre, sans oublier le rôle des établissements d’enseignement. La transmission repose sur l’Éducation nationale mais aussi sur les enfants et petits-enfants de déportés qui peuvent aller parler pour que la flamme du souvenir ne s’éteigne jamais. »

Retenir les leçons du passé


La rafle du Vél’ d’Hiv est associée à cette journée de commémoration. Quel sentiment fait-elle perdurer en vous ?

« Je crois que l’État français de Pétain est malheureusement allé au-delà de ce que lui demandaient les autorités nazies, sur la rafle des enfants. Et il y a eu une négation de ce fait. C’est cela qui doit nous inciter à garder cette Mémoire et à la transmettre. C’est arrivé par nous, chez nous, et nous ne sommes jamais à l’abri que ça se reproduise. La reconnaissance sous la présidence de Jacques Chirac de la responsabilité de l’État français dans ces crimes a aidé à faire tout un travail d’émergence de la parole, qui dit que ça peut arriver et qu’il faut faire en sorte que ça n’arrive plus. »

Pouvez-nous parler de votre histoire personnelle liée à cette rafle ?

« Ma maman, de son nom Jacqueline Ribstein, 19 ans à l’époque, était la dernière survivante il y a encore 18 mois du convoi qui est parti le 14 juillet 1942 de Dijon. Mon père, 21 ans à l’époque, son fiancé à l’époque, n’a écouté que son coeur pour la faire retenir à Pithiviers avant de la faire évader fin août de la même année en allant la chercher tout en se faisant passer pour un policier de la Gestapo de Dijon.

70 ans plus tard, nous avons retrouvé des documents de la préfecture d’Orléans attestant du coup de bluff de mon père que n’a pas décelé la Gestapo de Dijon. Sur l’ordre de celle-ci, il avait été envoyé à Pithiviers ces mots : " retenez l’Israélite Jacqueline Ribstein jusqu’à ce qu’elle soit reprise par nos forces ".

Mes parents ont ensuite participé à la Résistance avant de se retrouver rue des Forges à Dijon. Sans tout cela, je ne serai pas ici en train de vous parler et je n’aurais pas la chance de pouvoir en parler à mes enfants et petits-enfants. »

«Le rôle de chacun est de se lever même sur les faits quotidiens les plus simples»


Plus généralement, dans la société d’aujourd’hui, ne manque-t-on pas parfois de courage pour dénoncer les actes racistes et antisémites pouvant êtes commis ?

« Au-delà de la colère et de l’indignation de voir ces actes être commis, soyons conscients qu’il est impératif, chacun à sa mesure, à sa manière, de lutter encore contre ça. Mais il peut aussi y avoir une retenue, celle de voir des actes racistes et antisémites et dire que ça ne nous concerne pas directement. Ou alors c’est noyé dans une somme d’agressions à laquelle on s’habitue.

Or, ces actes, inquiétants et en recrudescence, mettent à bas le tissu social et je dirais philosophique de la République. Le rôle de chacun est de se lever même sur les faits quotidiens les plus simples. Que l’on dise " ces gens-là " avec du mépris ou que l’on parle d’une communauté qui serait une sous-communauté parce qu’elle a telle religion, telle couleur de peau, telle origine culturelle, la question est d’éviter que d’autres se voient amener à des extrémités que l’on commémore aujourd’hui. »

Propos recueillis par Alix Berthier
Photos : Alix Berthier

Cérémonie à la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites de l’État français






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