
L'approvisionnement des cantines en produits locaux ou bio se déploie avec la démarche «Menu BFC». «C'est une force de frappe qui vient alimenter notre agriculture», a revendiqué le président de la Région Bourgogne-Franche-Comté en partageant le repas des élèves du lycée Hippolyte Fontaine, à Dijon, ce mardi 22 septembre.

La Région Bourgogne-Franche-Comté s'est fixé un objectif de 75% de produits locaux ou bio dans les repas des cantines des lycées publics d'ici 2028. Pour cela, la collectivité accompagne les producteurs et les chefs de restauration. Cela a d'abord pris la forme d'une expérimentation initiée en 2023 et menée dans 21 lycées des agglomérations bisontine et dijonnaise.
Ce mardi 22 septembre 2026, depuis le lycée polyvalent Hippolyte Fontaine, à Dijon, Jérôme Durain (PS), président de la collectivité, a annoncé la généralisation de la démarche désormais appelée «Menu BFC : produire ici, nourrir ici» qui repose sur le principe que «quand un lycéen déjeune dans un établissement de la Région, il doit pouvoir retrouver dans son assiette les produits de son territoire».
Une loi Egalim mal appliquée faute de sanctions
En 2018, le parlement a adopté la loi portée par le gouvernement d’Édouard Philippe relative à l'équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire et une alimentation saine, durable et accessible à tous, dite «loi Egalim».
En particulier, dans la restauration collective, la loi demande aux collectivités d'intégrer dans leurs approvisionnements 50% de produits sous signe de qualité et 20% de produits bio.
À ce jour, bon nombre de collectivités ne respectent pas ces obligations, faute de sanctions. Producteurs et consommateurs doivent donc compter sur le volontarisme des responsables politiques.
Une Journée européenne de la bio
À l'occasion de la Journée européenne du bio, 63 restaurants scolaires de lycées publics de Bourgogne-Franche-Comté ont proposé des repas bio et locaux à 30.000 élèves et personnels de façon, selon la collectivité, à «donner à voir, concrètement, l’engagement de la Région pour une alimentation de qualité, accessible à toutes et tous et ancrée dans les territoires».
L'Union européenne a instauré cette journée pour communiquer sur son objectif d'atteindre 25% des surfaces agricoles cultivées en agriculture biologique d'ici 2030. En 2024, la bio représentait à peine plus de 11% de la SAU de l'Union européenne (10% en France, 9,8% en Bourgogne-Franche-Comté, en 2025).
En France, selon les données de l'Agence bio de 2024, ce sont près de 90.000 opérateurs, à tous les stades de la filière, qui sont engagés dans l'agriculture biologique.
La Région Bourgogne-Franche-Comté a «dépassé» les 20% de produits bio
Chaque jour, 63.000 repas sont servis dans les 128 lycées publics de Bourgogne-Franche-Comté, fréquentés par 104.000 lycéens, pour un total annuel de 10 millions de repas. Le service de restauration scolaire est géré par le conseil régional et les agents sont employés par la collectivité. Le coût des denrées alimentaires représente 25 millions d'euros annuellement.
À ce jour, la Région Bourgogne-Franche-Comté indique «s'approcher» du seuil de 50% de produits sous signe de qualité et avoir déjà «dépassé» les 20% de produits bio.
Concernant son propre engagement, la collectivité atteint 44% de produits locaux ou bio dans les lycées ayant déjà rejoint sa centrale d'achats. Deux lycées, un bisontin et un dijonnais, culminent à 90% de produits locaux ou bio.
L'appétit des lycéens pour la cantine d'Hippolyte Fontaine
Toutes sections confondues, le lycée polyvalent Hippolyte Fontaine compte 1.288 apprenants. Parmi eux, 800 fréquentent régulièrement la cantine – contre 690 l'année précédente –, ce qui représente une proportion importante pour un établissement urbain.
Pour le proviseur Lionel Pinard, «l'introduction des circuits courts et du bio dans les assiettes de nos jeunes» s'intègre dans le cadre des Objectifs de développement durable prônés par les Nations-Unies. «Cette jeunesse, demain, sera aux commandes de notre nation et peut-être du monde.»
«On retrouve un métier en travaillant le bio et le local»
L'équipe de la restauration du lycée comprend six personnes en cuisine et six autres personnes pour le service. De 11 heures 30 à 13 heures 15, trois vagues de lycéens et de personnels se succèdent dans le réfectoire.
«Toute l'année, on a du bio et du local même si on ne met pas tout sur le même menu», a expliqué Laurent Vangi, chef de restauration du lycée, «on essaie de diversifier sur toute la semaine».
«On retrouve un métier en travaillant ces produits-là», s'est félicité le professionnel de la restauration collective, «on ne fabriquait plus, c'était beaucoup du surgelé, même la viande». «Aujourd'hui, on travaille avec de la viande fraîche, des légumes frais. On a remotive une équipe.»
Les producteurs sont formés pour répondre aux marchés publics
Les produits laitiers de l'opération étaient fournis par la Ferme de Suzie, implantée à Cosges, entre Bresse et Jura, et la Fromagerie Delin, installée à Gilly-lès-Cîteaux, entre côte de Nuits et forêt de Cîteaux.
En particulier, la Ferme de Suzie travaille avec dix lycées à Dijon et neuf à Besançon. L'approvisionnement d'établissements scolaires représentent 35% du chiffre d'affaires du producteur avec une visibilité sur quatre ans. Le reste de la production est écoulée en magasin.
Olivier Lamard a bénéficié d'«une formation d'une journée sur la réponse aux marchés publics». «Notre objectif est de servir les élèves de la Région avec de bons produits», a assuré le producteur qui se mobilise également pour «rencontrer les lycées et mettre l'eau à la bouche des chefs» en faisant découvrir ses yaourts aromatisés. «Les chefs ont un vrai rôle d'éducation auprès des élèves.»
«Quand un lycée achète local, on peut consolider un modèle économique»
En février dernier, à Paris, lors du Salon international de l'agriculture 2026, Jérôme Durain avait revendiqué le mot d'ordre «Produire ici, décider ici et valoriser ici» pour accompagner les différentes filières agricoles (
lire notre article).
À l'aune de ce mot d'ordre, la démarche expérimentale de relocalisation des achats de denrées alimentaires (RADA) est donc devenue «Menu BFC : produire ici, nourrir ici». Un «BFC» qui peut se décliner également par «Bon, frais et de chez nous».
«Nous sommes une grande région agricole», a déclaré Jérôme Durain tout en regrettant que «ce que nous produisons ici ne nourrit pas nécessairement nos habitants et pas nécessairement nos lycéens».
«Quand un lycée achète local, on peut consolider un modèle économique en sécurisant des volumes, des prix et des débouchés et en assurant une dynamique commerciale ambitieuse», a développé le socialiste. «C'est une force de frappe qui vient alimenter notre agriculture, il y a une dimension de souveraineté qui est vraiment importante.»
«Au vu du repas partagé avec les lycéens, l'accueil est très bon avec une vraie sensibilisation des jeunes au goût, au retour vers des produits qui ont de la saveur», a-t-il ajouté.
«On a des équipes de cuisine qui sont heureuses de retrouver une ambition professionnelle renouvelée, des gamins qui sont contents d'avoir de bonnes choses dans leur assiette et des agriculteurs qui voient leurs débouchés sécurisés», a synthétisé le président de la Région.
«On aide les agriculteurs à répondre aux marchés pour travailler avec la Région»
«On a commencé par une phase d'expérimentation avec les lycées bisontins et dijonnais pendant plus d'une année pour consolider notre centrale d'achat et asseoir notre méthode de travail», a expliqué Amandine Rapenne (Cap 21), conseillère régionale déléguée aux transitions énergétiques et alimentaires dans les lycées.
En particulier, les services de la collectivité ont créé des marchés publics et ont dû «trouver des agriculteurs localement qui répondent aux appels d'offre». «Une collectivité est soumise aux marchés publics, ça demande de l'ingénierie pour le mettre en place. (…) On aide les agriculteurs à répondre aux marchés pour travailler avec la Région.»
La Région procède donc par phases. La généralisation débute en ouvrant l'accès de la centrale d'achat aux lycées de la Côte-d'Or, à une partie des lycées du Doubs et à une partie des lycées de la Saône-et-Loire. L'élargissement à l'ensemble de la Bourgogne-Franche-Comté se fera progressivement, jusqu'en septembre 2027.
«L'objectif à terme est de pouvoir ouvrir la centrale d'achats à l'ensemble des collectivités qui le souhaitent», a indiqué Amandine Rapenne en soulignant que «les projets alimentaires territoriaux permettent de faire le lien entre les différentes collectivités».
Jérôme Durain demande que les gestionnaires d'établissement soient affectés à la Région
Si les chefs des restaurants scolaires sont des agents territoriaux, les gestionnaires d'établissement qui supervisent l'organisation du service et passent les commandes sont des personnels administratifs de l’Éducation nationale.
«C'est compliqué d'avoir de l'influence sur une personne qui n'est pas un agent de la collectivité», a souligné Amandine Rapenne. En fonction de quoi, le président du conseil régional demande au gouvernement que «les gestionnaires deviennent agents de la Région».
Selon la conseillère régionale, «ce serait plus cohérent pour tout le monde et plus facile en termes de communication et de management».
Jean-Christophe Tardivon




















































