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20/12/2021 18:22

SCIENCES : Un chercheur dijonnais récompensé par un Laurier d'INRAE

Le 29 novembre dernier, Laurent Philippot, spécialiste de l’écologie microbienne, a reçu le Laurier INRAE Défi Scientifique.
Laurent Philippot, l’excellence pour faire bouger les lignes

Laurent Philippot n’est pas un homme de longues phrases. Soucieux d’aller à l’essentiel, c’est avant tout un homme de mots. Clairs, nets, précis. « Curiosité », « soif d’apprendre », « transmettre de nouvelles connaissances »… Ce sont les mots-clés qui lui viennent au moment d’expliquer pourquoi il a choisi de devenir chercheur. Son parcours est récompensé par le Laurier 2021 Défi scientifique.

Le domaine de recherche de Laurent Philippot concerne l’écologie microbienne fonctionnelle pour la gestion des intrants agricoles. Plus précisément, il cherche à comprendre comment favoriser les processus microbiens pour que l’azote - qui constitue 80 % de l’air que nous respirons – soit au maximum utilisé par les plantes pour se nourrir. Enjeu ? Réduire les émissions de gaz à effet de serre liées à l’utilisation d’engrais azotés en agriculture.


Des recherches qu’il mène au sein de l’UMR Agroécologie, à Dijon, depuis 1997. « Dès le début de ma thèse, au milieu des années 90, j’ai eu la confirmation à 1 000 % que c’était ce que je voulais faire le reste de ma vie », sourit celui qui figure aujourd’hui parmi les 143 chercheurs en microbiologie les plus cités au monde !

Un spécialiste de l’écologie microbienne des sols, internationalement reconnu

Né près de Lyon voici 53 ans, Laurent a établi son « camp de base » à Dijon en 1997. Pourtant, il ne ressent pas d’attachement à un lieu en particulier. Avant la crise sanitaire, il passait en moyenne 15 jours par mois à l’étranger, se partageant entre sa vie de famille en Suède et ses déplacements professionnels en Europe et dans le monde. Sans compter des années sabbatiques dans des universités aux Etats-Unis et en Suède dans les années 2000. S’il y a bien un paradoxe dans cette vie de chercheur nomade, c’est d’avoir fait toute sa carrière au centre de recherche INRAE Bourgogne-Franche-Comté depuis un quart de siècle !

Que l’on n’en déduise pas une carrière linéaire. A l’origine, Laurent voulait étudier la botanique. Alors pourquoi s’être orienté vers l’écologie microbienne ? En travaux dirigés à la fac, on lui explique que c’est à cette discipline qu’il faut s’intéresser si l'on souhaite faire pousser des plantes, et pas à la biologie végétale… « Et je l’ai cru ! Je me suis fait avoir, mais je ne regrette pas d’avoir été « poussé » dans cette direction ! », s’esclaffe Laurent. « Il est reconnu internationalement pour son énorme apport à l’écologie microbienne des sols », précise Philippe Lemanceau, son ancien directeur d’unité qui le connaît depuis sa thèse. Les deux hommes ont collaboré sur plusieurs projets de recherche d’envergure et co-signé de nombreuses publications.

Le métier de chercheur, c’est en effet pour Laurent une série de rencontres qui façonnent une trajectoire. Comme avec Fabrice Martin-Laurent, chercheur en écotoxicologie microbienne de la même génération et arrivé à Dijon vers la même époque. Les deux hommes se connaissent bien. « Laurent comprend souvent plus vite que les autres. C’est ce qui lui fait parfois formuler les choses de façon très directe : Laurent est un leader qui fait bouger les lignes », décrit Fabrice, devenu directeur de l’UMR Agroécologie en 2021. « Il est très courageux », acquiesce Philippe Lemanceau.

Un leadership pour dépasser les limites

Un bon exemple de ce trait de personnalité remonte à 2002, à l’occasion d’un épisode marquant dont les anciens du Centre se souviennent encore. Des représentants des départements Agronomie et Santé des plantes et environnement étaient venus à Dijon pour évaluer l’unité Microbiologie des sols et le Laboratoire de recherche sur la flore pathogène du sol. A l’issue de la visite, dans une salle de conférence comble mais silencieuse, les évaluateurs concluent le débriefing par un « tout va bien alors ? » lancé à la cantonade par Laurent Bruckler, alors chef du département Agronomie. A la sidération générale, Laurent Philippot se lève alors et répond : « Non, tout ne va pas bien. »

Assis à côté de lui ce jour-là, Fabrice Martin-Laurent s’en souvient bien. « Il a expliqué que la recherche telle qu’elle était alors pratiquée dans le Laboratoire de microbiologie des sols était figée en raison d’équipes cloisonnées qui existaient depuis plus de 20 ans ». L’onde de choc a été considérable, faisant de ce jour un tournant dans la trajectoire du laboratoire et dans la carrière de Laurent Philippot.

Il est alors pris au mot par la direction de l’Inra et des autres tutelles du laboratoire et confronté à sa volonté de faire bouger les lignes. Philippe Lemanceau et lui se voient confier la réflexion sur la fusion de leurs deux équipes, ce qui aboutit en 2003 à la création de l’UMR Microbiologie et géochimie des sols.

« Nous étions une génération de jeunes chercheurs arrivés à l’époque de la microbiologie pasteurienne pour apporter de nouveaux outils. Partager entre équipes et thématiques le développement et l‘utilisation de ces outils comme l’extraction d’ADN de sol ou la PCR en temps réel pour étudier les microorganismes paraît évident aujourd’hui, mais à l’époque nous étions regardés avec suspicion. Il a fallu convaincre, mais on a fini par nous faire confiance. », se remémore Laurent.

Cette étape est une des premières racines qui mèneront à la création, presque 10 ans plus tard, de « l’arbre » UMR Agroécologie, comme l’analyse aujourd’hui Nathalie Munier-Jolain, présidente du Centre et anciennement chercheuse au sein de l’UMR.

« Cela a été un défi car il a fallu rassembler des chercheurs issus de disciplines parfois éloignées : agronomes, microbiologistes, biochimistes, généticiens, écophysiologistes des plantes », se souvient le chercheur, qui prend alors encore un peu plus de responsabilités managériales.

On l’a dit, Laurent Philippot n’est pas très porté sur les longs discours : « Je ne sais pas broder. Faire de longues phrases, raconter une histoire dans laquelle les faits scientifiques sont dilués, ça me demande beaucoup d’efforts. » Au contraire, le chercheur se sent beaucoup plus à l’aise à l’écrit et rédige ses articles avec un sentiment de fluidité. Il en a d’ailleurs publié plus de 150 dans des revues internationales à facteur d’impact élevé telles que Nature Reviews Microbiology, Nature Climate Change ou The ISME Journal pour lequel il fut également éditeur.

Un mentor apprécié

« Laurent n’aime pas s’exprimer à l’oral. Pourtant, il accepte d’aller en Chine ou aux Etats-Unis et ailleurs aussi, pour donner des conférences devant plusieurs centaines de personnes ! Il a compris qu’il fallait répondre aux sollicitations pour assurer le « service après-vente » de sa propre recherche, et non se contenter de la publier », apprécie Fabrice Martin-Laurent. « Il va toujours au-delà de ses limites », abonde David Bru, l’un des piliers de son équipe depuis plus de 15 ans. « Il est bien plus exigeant avec lui-même qu’avec les autres ».

La volonté d’ouvrir le labo aux étrangers et de le faire rayonner à l’international

Philippe Lemanceau confirme son côté rigoureux : « Quand il dit quelque chose, c’est du solide : structuré, pesé, vérifié. C’est aussi pour cela qu’il est reconnu comme un chercheur de très haut niveau. »

Tous ces proches collaborateurs s’accordent sur le fait que Laurent Philippot a toujours voulu faire une recherche d’excellence, de niveau mondial. « Cela se sent dans ses recrutements. Il a la volonté d’ouvrir le labo aux étrangers et de le faire rayonner à l’international », renchérit David Bru. « Laurent a beau être un moteur scientifique à Dijon, c’est d’abord quelqu’un d’attentif et de bienveillant vis-à-vis des autres, et en particulier de ses doctorants. »

Depuis le début de sa carrière à INRAE, Laurent Philippot a beaucoup de bons souvenirs, qu’il a bien du mal à hiérarchise : « C’est plein de petites choses qui sont toutes importantes au moment où elles arrivent : un doctorant ou une doctorante qui soutient sa thèse, un papier accepté, un projet financé, un laurier obtenu (rires)… »

ET APRÈS ?

« Eh bien on continue comme ça, en essayant de faire encore mieux ! » Par « faire mieux », Laurent Philippot veut dire mettre l’accent sur le mentoring, autrement dit aider les collègues à avancer scientifiquement, quel que soit le stade où ils en sont dans leur carrière. Il ne le dit pas lui-même, mais ses plus proches collaborateurs racontent qu’il a déjà accompagné plusieurs collègues dans leur changement de trajectoire réussi au sein d’INRAE… dont au moins deux lauréates dijonnaises des Lauriers ! Autre projet qui lui tient à cœur : contribuer faire avancer l’égalité femme-homme dans les labos.

Communiqué


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