
Le gouvernement a signé une charte d'engagement avec des applications de rencontre : les données des «faux profils» seront désormais conservées. «Ce qui est important, c'est que les auteurs potentiels sachent qu'il y aura pas d'impunité», a déclaré la ministre de la Lutte contre les discriminations, ce vendredi 27 mars, en réagissant aux agressions homophobes survenues au lac Kir.

Les agressions sur fond de préjugés ou de haine liés à l'orientation sexuelle des victimes sont en hausse. Constatant qu'il s'agit bien souvent de guets-apens organisés via des applications de rencontre, le gouvernement a impliqué certaines entreprises du secteur numérique pour «prévenir ces violences et renforcer la sécurité des personnes LGBT+».
Le 23 mars dernier, une charte d'engagement a été signée entre le gouvernement et Tinder, Grindr, Bumble, Happn, les forces de sécurité intérieure ainsi que les associations SOS homophobie, Stop homophobie, Le Refuge et FLAG.
Selon le gouvernement, les plateformes s’engagent à «renforcer l’information et la prévention auprès des utilisateurs, favoriser le recours aux profils vérifiés, améliorer les outils de signalement des situations de menace ou de guet-apens, conserver les données pour transmission aux forces de l’ordre après la suppression des faux profils et approfondir leur coopération avec les autorités afin de mieux identifier et poursuivre les auteurs».
Déplacement à Dijon d'Aurore Bergé
Pour exemplifier la démarche, Aurore Bergé, ministre de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations, s'est rendue à l'Hôtel de police de Dijon, ce vendredi 27 mars 2026, afin d'«échanger avec les enquêteurs sur les nouveaux dispositifs permis par cette charte»
La visite s'est effectuée en présence notamment Denis Bruel, secrétaire général de la préfecture de la Côte-d'Or, Christophe Berthier (PS), adjoint au maire sortant, Patricia Gourmand (LCOP), vice-présidente du Département de la Côte-d'Or, Frédéric Vincent-Genod, directeur interdépartemental de la Police nationale de Dijon, et Olivier Caracotch, procureur de la République de Dijon.
L'accueil des victimes de discrimination au commissariat
À l'Hôtel de police de Dijon, la ministre a suivi le parcours d'une victime de discrimination venant déposer une plainte, avec un focus particulier en cas d'agression d'homophobe ou transphobe relevant d'un guet-apens.
Une policière formée aux violences intrafamiliales et aux violences résultant de discrimination a présenté le dispositif à la ministre, depuis le box discret de l'accueil jusqu'aux différents bureaux.
En fonction des besoins de la victime, la policière a expliqué être en mesure de solliciter une psychologue ou une intervenante sociale. La victime a même la possibilité de réfléchir et de différer le dépôt de plainte pour revenir sur rendez-vous, sans avoir alors à patienter à l'accueil.
Les postes des intervenantes sociales en commissariat sont cofinancés par la commune et le Département ; en gendarmerie, il s'agit d'un cofinancement État-Département.
«Respecter les paroles des victimes et leur temporalité»
«Il ne doit jamais y avoir d'inversion de culpabilité», a martelé Aurore Bergé à l'issue de ce parcours, «ce n'est pas aux victimes de se sentir coupables, coupables parce qu'elles ont subi des insultes, des menaces, une agression physique, coupables parce qu'elles n'oseraient pas venir porter plainte».
«Ici, il y a tout un dispositif qui a été mis en place pour accueillir leurs paroles et respecter leurs paroles et respecter aussi leur temporalité», a développé la ministre, «si elles ne sont pas prêtes au premier rendez-vous à porter plainte, ce n'est pas grave». «Elles seront quand même accompagnées, elles seront quand même soutenues, orientées vers une psychologue qui est présente en commissariat, vers des intervenants sociales qui sont présentes en commissariat. Et si, dans un deuxième temps, un troisième temps, elles sont prêtes à porter plainte, la porte est, bien évidemment, toujours ouverte pour garantir que ce dépôt de plainte ait lieu.»
«L'homophobie et la transphobie tuent»
«L'homophobie et la transphobie tuent», a déclaré Aurore Bergé, «derrière les guets-apens homophobes et transphobes que nous avons eus à connaître ces derniers mois, il y a des personnes qui ont été délibérément piégées. Le guet-apens, ce n'est pas une rencontre qui aurait mal tournée. Ce n'est pas une mauvaise rencontre dans une ruelle. C'est quelqu'un qui a été délibérément ciblé. C'est un acte qui a donc été prémédité pour venir piéger une personne en jouant sur ce qu'il y a de plus important dans la société, la confiance. La confiance que l'on place dans l'autre et dans la capacité à pouvoir être ensemble et à se rencontrer quoi qu'on en attende ensuite».
«Les plateformes doivent rester des lieux et des leviers de liberté», a assuré la ministre, «elles ont permis à des milliers et des milliers de personnes, à travers le monde, d'avoir un espace qui leur paraissait sécurisé pour enfin avoir accès à des rencontres auxquelles n'auraient sans doute peut-être jamais eu accès sinon». «Il faut que cela reste des lieux et des espaces de liberté et jamais des pièges qui se retournent contre les personnes elles-mêmes.»
Les données des «faux profils» seront conservées
«Avec les plateformes, on a signé des engagements très clairs», a rappelé la membre du gouvernement, «par exemple, quand des faux profils ont été créés, supprimés évidemment quelques minutes après le guet-apens, que les données soient conservées pour garantir, ensuite, qu'on ait cette transmission police-justice et que les auteurs puissent être traduits, [pour] avoir de plus en plus de profils qui soient vérifiés : on s'inscrit avec son identité, on peut ensuite vivre sous pseudo sur la plateforme, mais on a donné au départ son identité, ce qui crée quand même des conditions de sécurité qui sont beaucoup plus importantes».
La ministre a salué «l'engagement total des forces de l'ordre» avec «une formation obligatoire systématique désormais des forces de l'ordre pour accompagner le dépôt de plainte, accompagner les victimes, la présence systématique d'intervenants sociaux en gendarmerie et en commissariat pour accompagner ce travail en lien avec la justice, avec des magistrats qui, eux-mêmes, évidemment, sont formés sur bien caractériser les faits pour ensuite être en capacité d'aller chercher les auteurs».
«La nécessité d'un accompagnement social»
«Il y a un enjeu culturel, éducatif massif dans la société», a relevé Aurore Bergé, «il y a un caractère parfois un peu désespérant de se dire qu'en 2026, on doit rappeler ce qui devrait être des évidences pour chacun, c'est-à-dire que personne n'a jamais choisi son orientation sexuelle et que dans notre pays, évidemment, on doit être libre de pouvoir la vivre et de pouvoir la vivre en toute sécurité, quel que soit l'endroit de la République».
Dans le cas de victimes de racisme, d'antisémitisme, d'homophobie, Aurore Bergé a souligné «la nécessité d'un accompagnement social» car «ce n'est pas une violence ordinaire que vous subissez, quand vous avez été ciblé en raison de votre origine, parce qu'on présuppose que vous seriez juif, parce que on présuppose que vous seriez homosexuel, il y a une violence supplémentaire». «C'est d'ailleurs une circonstance aggravante dans notre droit. Ça veut dire qu'il faut qu'il y ait un accompagnement supplémentaire qui soit mis en place au profit des victimes.»
Plusieurs mis en cause dans des agressions homophobes à Dijon, la plupart mineurs
Le début de l'année 2025 a été marqué par trois agressions homophobes aux abords du lac Kir. Sur l'ensemble de l'année, selon la préfecture de la Côte-d'Or, on atteint 18 faits à caractère homophobes ou anti-LGBT, en comptant les procédures pour des violences en réunion, pour injures en raison de l'orientation sexuelle, pour harcèlement et pour des dégradations par tag à caractère homophobe.
Si aucun fait n'a donné lieu à une procédure sur les deux premiers mois de l'année 2026, une information judiciaire ouverte par le parquet concerne toutefois huit personnes qui ont été mises en cause récemment dans huit agressions différentes présentant potentiellement un caractère homophobe. Selon le procureur de la République, la plupart des suspects sont mineurs.
Aurore Bergé réagit aux agressions homophobes survenues au lac Kir
«On a tendu des pièges à des personnes qui venaient à un endroit connu et réputé ou des personnes viennent à raison de leur orientation sexuelle», a souligné Aurore Bergé. «Donc, elles ont été attendues, elles ont été piégées, elles ont subi des agressions d'une violence inouïe, et, en plus, de l'agression des insultes, des menaces, des intimidations ? C'est ça qui est, évidemment, absolument insupportable. Encore une fois, personne n'a jamais choisi son orientation sexuelle. On ne la choisis pas. Par contre, on doit pouvoir être totalement libre de pouvoir la vivre et de pouvoir la vivre en toute sécurité.»
«Les victimes n'ont jamais à se sentir coupable d'avoir été des victimes», a rappelé la ministre. «Elles ne sont responsables de rien, elles ne sont coupables de rien. Ce sont les auteurs qui doivent être recherchés, pourchassés, condamnés.»
La membre du gouvernement a salué «l'engagement et l'effort qui est mis par nos services de police, de gendarmerie, par la justice de notre pays pour garantir qu'évidemment, on ne laisse jamais impunies ces violences». «Ce qui est important, c'est que les personnes se sentent en sécurité et en sécurité, partout, de vivre leur propre vie, et que les auteurs potentiels sachent qu'il y aura pas d'impunité».
Jean-Christophe Tardivon






