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20/10/2020 16:10

SÉCURITÉ : François Rebsamen décide d'armer les policiers municipaux à Dijon

Équipement d'armes à feu pour les patrouilles en soirée, augmentation de 1.000 euros par an, recrutements pour atteindre 100 policiers municipaux en 2023... François Rebsamen a détaillé ce mardi 20 octobre les mesures de «l'acte deux de la tranquillité publique». Actualisé.

L'acte deux de la tranquillité publique à Dijon a débuté ce mardi 20 octobre 2020 alors que les grandes lignes avaient été indiquées aux lecteurs d'Infos Dijon par Nathalie Koenders dès juillet dernier (retrouver notre interview). L'acte un courrait, lui, depuis 2015. Il avait consisté en une réorganisation de la police municipale pour pallier des départs en retraite. Déjà, l'équipement avait été complété en dotant les policiers municipaux de pistolets à impulsion électrique, des armes non-létales. Une équipe de soirée avait été mise en place et la vidéoprotection déployée.

Quatre élus sont présents ce mardi lors d'une conférence de presse abordant les nouvelles évolutions de la police municipale dijonnaise. Le maire François Rebsamen (PS) est accompagné de Nathalie Koenders (première adjointe en charge de la tranquillité publique), de Vincent Testori (conseiller municipal délégué à la tranquillité publique et à la médiation) ainsi que de Jean-Philippe Morel (vice-président de Dijon Métropole siégeant dans la commission de sécurité). Le directeur du service de la tranquillité publique et le chef de la police municipale sont là eux aussi.
Les mines sont graves, le moment est important. C'est une évolution du logiciel socialiste sur la question de la police municipale. La réflexion avait été ouverte dès la campagne en vue des élections municipales et le sujet figurait dans le programme de la liste conduite par François Rebsamen. Pourtant, l'armement létal de la police municipale ne fait pas encore l'unanimité au sein de la majorité renouvelée, notamment du côté de son aile gauche. D'où une approche par étape accompagnée de nombreuses précautions.

«Police de proximité»


Après la réorganisation et la professionnalisation en 2015, un renforcement est à venir au cours de cet «acte deux». «La police municipale est un service de première intervention» qui «lutte contre les troubles à la tranquillité publique» rappelle le maire de Dijon qui constate que, en tant que symbole de la République, les policiers sont aujourd'hui «plus exposés au risque d'agression» que par le passé.

Alors que «le quotidien est perturbé par des incivilités qui génèrent de l'exaspération», il s'agit de «renforcer les capacités d'action de la police municipale» annonce François Rebsamen. Le premier édile insiste pour différencier les actions de la police municipale de celles de la police nationale. «Police de proximité», la police municipale traite les troubles de la tranquillité publique. Activité régalienne, la police nationale s'occupe de la sécurité publique.

L'acte deux de la tranquillité publique amènera donc à «conforter les équipements déjà existants. Dijon est une ville qui compte 140 caméras de vidéoprotection toutes reliées entre elles à un centre de supervision» signale François Rebsamen.

«La dissuasion passe par la présence sur le terrain»


En matière de personnels, «la dissuasion est un élément important» ajoute-t-il. «La dissuasion passe par la présence sur le terrain, en continu, le plus longtemps possible, de policiers municipaux dans leurs tâches de tranquillité publique, de police de proximité» déclare le maire de Dijon.

La Ville de Dijon recrutera prochainement 30 nouveaux policiers municipaux avec l'objectif d'atteindre 100 effectifs d'ici 2023. Dès la semaine du 26 octobre 2020, les postes seront publiés. Les recrutements devraient intervenir durant le premier semestre 2021. Puisqu'il s'agit de fonctionnaires territoriaux qui ont passé un concours, François Rebsamen demande à ce que ce concours soit organisé chaque année et non plus «tous les deux ou trois ans».

Il y a, en effet, une concurrence entre les villes pour attirer le vivier de fonctionnaires. À l'heure actuellement, avec 0,47 agent pour 1.000 habitants, les effectifs de policiers municipaux à Dijon sont inférieurs à la moyenne nationale qui est de 0,60 selon les données de la Ville de Dijon. En 1980, la France recensait 1.700 policiers municipaux. Ils sont aujourd'hui 10.000. 53% des effectifs sont équipés d'armes à feu.

Revalorisation salariale


L'ensemble des policiers municipaux bénéficieront d'une revalorisation salariale équivalente à près de 1.000 euros nets par an. L'indemnité d'administration et de technicité (IAT) sera ainsi augmentée. De plus, des postes de catégorie B seront créés pour permettre une évolution de carrière par le biais de concours internes.

«Pour recruter, il faut une bonne organisation, une revalorisation de leur métier, des moyens de fonctionnement de qualité» comme la vidéoprotection, les voitures et les locaux ainsi que le résume le maire de Dijon.

«On n'est plus à l'époque des gardes-champêtres»


«La décision a été prise de doter les équipes de soirée d'armes létales» déclare enfin le maire de Dijon en ajoutant que «c'est une décision qui est lourde de conséquence, il faut bien en mesurer l'impact, ça se fera après beaucoup de formation». «Il faut arriver à maîtriser totalement ses émotions» indique François Rebsamen puisque les policiers municipaux n'ont pas le même cursus ni le même entraînement que les effectifs de la Police nationale.

«La violence augmente dans notre société et les équipes de soirée réorganisées peuvent avoir ce sentiment de sécurité supplémentaire quand il sont armés» constate François Rebsamen qui reconnaît que l'armement létal est «un élément d'attractivité» pour arriver à recruter des policiers municipaux à Dijon. «Les temps ont changé. De plus en plus de villes arment leurs policiers municipaux. On n'est plus à l'époque des gardes-champêtres, on  est vraiment aujourd'hui sur des gens professionnels et qui ont déjà des moyens importants» tient à pondérer le maire de Dijon.

Il s'agira d'une équipe dédiée effectivement équipée d'armes à feu en soirée. Les horaires actuels des équipes de soirée correspondent à la plage horaire allant de 17h30 jusqu'à 1h20 du matin. «Il peut être opportun de faire travailler jusqu'à deux heures du matin» indique Nathalie Koenders afin de «faire correspondre les horaires de la police municipale avec les horaires de la vie nocturne».

Le budget affecté à l'ensemble de ces mesures sera connu lors du débat d'orientation budgétaire en décembre prochain.

Un futur contrat local de sécurité


Ce n'est pas une condition mais cela y ressemble fortement. La Ville de Dijon entend assortir cette évolution majeure d'un contrat local de sécurité passé avec la direction départementale de la sécurité publique, en concertation avec la préfecture de la Côte-d'Or, afin de garantir que les nouvelles missions de la police municipale n'entraîneront pas de désengagement de la police nationale.

Pour sa part, l’État demande aux villes qui s'engagent dans un contrat local de sécurité de développer la vidéoprotection, de procéder à des recrutements au sein de la police municipale et d'instaurer une police des transports.

Sur le sujet de la police nationale, les 20 effectifs supplémentaires promis par le Premier ministre Jean Castex sont en voie d'affectation à Dijon (lire notre article de juillet dernier). Quinze sont déjà nommés et cinq autres le seront d'ici la fin de l'année.

Une fois encore, l'élu socialiste cible Nicolas Sarkozy qui a supprimé 13.000 postes de policiers durant son quinquennat. L'ancien ministre rappelle que François Hollande a «recréé» 7.000 postes «affectés à la lutte contre le terrorisme» et salue le choix d'Emmanuel Macron qui «continue de recruter».

«La prévention autant que nécessaire»


Avant la dissuasion et la répression, François Rebsamen rappelle une autre étape : «tout commence par la prévention, la prévention autant que nécessaire, il y a beaucoup à faire encore». Et de déposer une pierre dans le jardin du président du conseil départemental de la Côte-d'Or : «j'ai dit qu'il était regrettable que le Département n'assume pas ses compétences en matière de prévention spécialisée».

Aujourd'hui, la prévention spécialisée fait partie des compétences transférées du Département à la Métropole et François Rebsamen envisage «de recréer un service complet» avec «la modeste somme qui nous a été transmise» afin de renouveler une coopération échelonnée entre la prévention spécialisée, l'éducation, la tranquillité publique et la justice.

Jean-Christophe Tardivon

Thierry Falconnet «franchit le pas de l’armement létal» pour les policiers municipaux à Chenôve