
La protection judiciaire de la jeunesse a présenté, ce mardi 2 juin, à Quetigny, le profil des différents jeunes acteurs des réseaux criminels en France. Les partenaires de l’URIOPSS Bourgogne-Franche-Comté ont appelé à «mettre en valeur le modèle d’éducation des parents qui ont réussi à tenir leurs enfants éloignés du narcotrafic».
L'Union régionale interfédérale des oeuvres et organismes privés non lucratifs sanitaires et sociaux de Bourgogne-Franche-Comté (URIOPSS) et les services de la protection judiciaire de la jeunesse ont organisé, ce mardi 2 juin 2026, à Quetigny, une journée d’échanges ayant pour thème «Enjeux du narcotrafic sur les jeunes, les personnes vulnérables et les acteurs de la protection de l'enfance : comprendre pour mieux protéger».
Venues de toute la grande région, environ 60 personnes ont participé à cette journée avec la présence d’éducateurs spécialisés, de représentants de collectivités locales, d’associations et des partenaires de l’URIOPSS.
Des jeunes souvent issus de quartiers populaires et de familles fragmentées
En particulier, deux sociologues de la direction nationale de la protection judiciaire de la jeunesse ont chacune exposé leurs études sur le profil des jeunes impliqués dans le narcotrafic.
Selon Emmanuelle Yvert, les jeunes concernés trafiquent en majorité du cannabis, sans exclure la cocaïne. «Les jeunes qui s’engagent dans ces trafics proviennent très souvent de quartiers populaires, issus de familles fragmentées et nombreuses. Plus de la moitié de ces jeunes vit dans un logement précaire, parfois même un logement insalubre ou suroccupé. Et certains jeunes ont des problèmes physiques ou mentaux avérés», a précisé la sociologue.
Certains sont des «jobbers», c’est à dire des jeunes qui changent de ville ou même de région pour aller travailler dans d’autres réseaux. Dans l’agglomération dijonnaise, c’est par exemple le cas à Chenôve où des jeunes de Marseille sont venus s’installer ces dernières années.
Plusieurs catégories de trafiquants
Laura Nattiez s'est penchée sur les différentes catégories et les profils observés parmi les membres des réseaux de narcotrafic. Parmi les jeunes qui ont à la base un faible ancrage dans la délinquance, il y a «les transgresseurs» qui mènent une activité qui permet une consommation de drogue dite de «loisirs».
On trouve également «les capitalistes» qui travaillent dans les réseaux de narcotrafic dans le but de se constituer un capital pour financer un projet dans l’économie légale, comme créer un magasin par exemple.
De plus, la sociologue caractérise «les victimes» qui veulent améliorer leurs conditions économiques, cela concerne notamment des jeunes isolés.
Parmi les jeunes qui ont de base un fort ancrage dans la délinquance, figurent «les entrepreneurs», ceux qui montent un trafic et qui ont souvent bénéficié d’une bonne scolarité, étant souvent instruits, contrairement à d’autres catégories.
On recense également «les petits soldats» et «les têtes brûlées» qui se démarquent respectivement par des fonctions subalternes et violentes comme l’exécution de règlement de comptes.
«S’il n’y avait pas de consommateurs de drogue, nous n’en serions pas là»
Après cette présentation nationale, la parole a été donnée à des acteurs locaux pour effectuer des retours d'expérience.
Joséphine Micali, directrice de l'antenne dijonnaise de la Société d'entraide et d'action psychologique (SEDAP) Dijon, a rappelé la responsabilité des consommateurs dans l’évolution des réseaux de narcotrafic : «S’il n’y avait pas de consommateurs de drogue, nous n’en serions pas là. Il y a une offre parce qu’il y a une demande importante».
La directrice de la SEDAP a livré son regard sur la manière de sensibiliser les jeunes sur le narcotrafic : «Il faudrait que tous les acteurs associatifs et institutionnels soient sur les réseaux sociaux, les canaux d’information qu’utilisent les jeunes, pour pouvoir mieux leur parler».
«Mettre en valeur le modèle d’éducation des parents qui ont réussi à tenir leurs enfants éloignés du narcotrafic»
Directeur du service jeunesse de la Ville de Chenôve, Mounir Ez-Zoubi a pris la parole au sujet du cadre familial et du rôle des parents : «Il y a parfois dans un même immeuble deux jeunes qui vivent dans deux familles différentes avec le même genre de logement et le même niveau social. L’un a basculé dans le narcotrafic et la délinquance, et l’autre non. Ces deux itinéraires de vie différent s’expliquent souvent par le rôle crucial des parents».
Et Mounir Ez-Zoubi de conclure qu'«il faudrait mettre en valeur le modèle d’éducation des parents qui ont réussi à tenir leurs enfants éloignés du narcotrafic».
Fabrice Aubry




